«Paris, le 22 novembre 1832.
»Mon prince,
»Lord Granville m'a communiqué la lettre de lord Palmerston au sujet
des commérages du gouvernement belge. Lord Palmerston a attaché à tout
ceci plus d'importance que je n'en mettais. Comme les Belges s'étaient
servis de son nom pour disputer contre nous sur l'indemnité, sur
l'affaire de M. Pescatore[29], et sur plusieurs autres points, j'étais
bien aise de savoir ce qu'il y avait de vrai dans leurs propos. Du
reste, tous ces petits tracas ne valent guère la peine qu'on s'en
occupe.
»C'est aujourd'hui que la sommation doit être faite au général Chassé.
Se défendra-t-il? Jusqu'à quel point se défendra-t-il? C'est ce que
nous saurons bientôt, mais ce qu'il est impossible de conjecturer.
Quant à la résolution d'évacuer la Belgique après la prise de la
citadelle, et de tenir à la lettre l'engagement contracté le 22
octobre, vous n'avez pas besoin de m'en faire souvenir. Je ne
resterais pas aux affaires une demi-heure, si ceci pouvait être pour
quelqu'un l'objet d'un doute.
»Lord Lansdowne vous dira que nos affaires ministérielles prennent ici
le meilleur tour, que la majorité semble tout à fait ralliée. Nos amis
ne doutent pas du succès. Je ne suis pas aussi confiant...»
[29] M. Pescatore était un membre du gouvernement civil du
Luxembourg que la gendarmerie belge avait arrêté en octobre 1831
en représailles de l'arrestation de M. Thorn. Les deux
prisonniers furent échangés à la fin de 1832.