LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 19 novembre 1832.

»Mon prince,

»J'ai à peine le temps de vous écrire quelques lignes. L'attentat de

ce matin ajoute au trouble de cette journée. L'indignation est grande

dans les Chambres et dans tout Paris. Probablement, cela

profitera à la bonne cause; je dis probablement, car nous sommes ici

bien mobiles. Le roi a été, comme il est toujours dans de telles

occasions, très bien, très calme, et de grand courage. Il n'a pas

voulu que le bruit de l'événement fût porté à la Chambre avant son

arrivée, et personne n'a pu s'en douter à la tranquillité de sa voix

et de sa contenance. L'effet du discours a été bon; j'espère que vous

en approuverez le ton général, la fermeté et la réserve. J'avais

ajouté un dernier paragraphe sur les négociations qui se poursuivent

en Angleterre, les postes, les vins, les livres... mais à la dernière

lecture ce paragraphe a été retranché, comme ajoutant à la longueur du

discours; j'aurai soin d'en parler dans la discussion.

»Adieu, mon prince; l'assassin n'est pas encore connu[28]...»

[28] On ne trouva jamais l'assassin, ce qui fit dire à

l'opposition que cet attentat n'était qu'un coup de police. On

finit par arrêter un nommé Bergeron qui fut acquitté.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 45 / 313 题