«Neuilly, le 25 octobre 1832.
»Je reçois à l'instant votre excellente lettre du 23 et je m'empresse,
mon cher prince, de vous en remercier, et d'autant plus que vous
m'avez tirée d'une véritable inquiétude et d'un grand tourment, car
c'est vous qui m'avez appris que la grande affaire était terminée et
que la convention était signée. Il paraît que le secret avait été si
fortement recommandé que notre cher roi s'était cru obligé de n'en
rien dire ni à sa femme ni à sa sœur, ce qu'il avait exigé de M. de
Broglie, et ce que, je certifie, il a bien tenu. Je suis arrivée chez
lui triomphante, avec votre précieuse lettre et alors il s'est mis à
rire et m'a répondu: «Ce n'est pas moi qui l'ai dit.» Je vous en
remercie de tout mon cœur, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'il
n'y aura pas d'indiscrétion faite par moi, quoique, je vous avoue, je
ne comprends pas trop pourquoi le secret. Enfin, c'est égal, cela ne
me regarde pas; mais ce que je sais, c'est que vous m'avez fait un
grand bien en me donnant cette bonne et grande nouvelle et que c'est
de bien bon cœur que je m'en félicite avec vous. Vous avez coupé le
nœud gordien, comme je vous le demandais. C'est un bien grand
événement qui assure la prospérité de notre chère France et du règne
de notre bien-aimé roi. Tout ira bien maintenant, j'espère. Notre cher
roi me charge de vous dire combien il est satisfait de la bonne
réussite de vos efforts; qu'il espère et qu'il compte que vous
achèverez aussi heureusement la grande œuvre qu'il dit que vous seul
pouviez faire...»