Le dix-septième siècle.--Coméni.--Les Jésuites.--Port-Royal.
Fénelon.--Locke.
Les types étaient posés, les deux éducations en face, toutes deux
insuffisantes. Comment les associer?
Science, conscience! qui vous accordera? Par quels moyens pratiques
pourrait-on vous concilier? C'est ce qu'il fallait deviner. Le nerf de
l'une, la richesse de l'autre, il fallait l'art nouveau de les mêler
ensemble. La tâche du dix-septième siècle était de trouver les
méthodes de simplicité lumineuse, qui, concentrant, abrégeant tout,
auraient donné à la science des ailes puissantes et légères pour
l'enlever de terre, en supprimer le poids.
Descartes et Galilée, ces vigoureux génies, semblaient ouvrir la voie
(et l'algèbre déjà donna l'aile aux mathématiques). Comment donc se
traîne-t-il ce siècle avec des moteurs si puissants, d'abord
horriblement malade, puis faible en sa vaine élégance et dans
sa fausse splendeur?
Rien dans toute l'histoire qu'on puisse comparer à la Guerre de
Trente-Ans. C'est la plus laide qui ait souillé ce globe. «Quoi!
est-ce que les armées mercenaires de Carthage ou de Charles-Quint
n'avaient pas montré ici-bas tout ce qu'on peut imaginer d'horreur?»
Oui. Mais l'originalité de la Guerre de Trente-Ans, c'est d'être un
long calcul, d'être très préparée par une éducation, un art de faire
des monstres. Dès la Saint-Barthélemi, «coup d'État incomplet», on
avait travaillé ardemment et patiemment. S'emparant peu à peu des
mères et des enfants, on arriva à faire des êtres spéciaux sans
coeur ni tête, des automates destructeurs, admirables machines de
mort (comme un Ferdinand II). De là, tant qu'on voulut, on eut, au
second âge, des exécuteurs, des tueurs. Au troisième âge, on eut des
produits inouïs en histoire naturelle, un engendrement effroyable de
pourritures sanglantes, impossible à nommer. Rome enfanta Gomorrhe,
qui enfanta Sodome, qui enfanta... Mais comment dire cela? Ici
l'ulcère grouillant. Là la morte gangrène. Des villes devenues
cimetières, que restait-il? Le rebut des soldats, des troupeaux
misérables d'enfants, qu'on rencontrait, sauvages, devenus animaux et
bêtes à quatre pattes, qui dévoraient l'herbe des champs.
L'excès des maux, venu à un tel degré, décourage. Les coeurs sont
contractés, l'esprit même affaibli devant de tels spectacles. Des
femmes, de divine tendresse, comme la pauvre Bourignon, qui
s'y jetaient, devenaient folles. Nul n'aurait soupçonné que de là
sortirait un génie de lumière, un puissant inventeur, Galilée de
l'éducation.
Ce beau génie, grand, doux, fécond, savant universel, comme plus tard
a été Leibnitz, était du pays de Mozart, de ces pays toujours écrasés
par la guerre ou par la lourde Autriche, les pays demi-slaves. Coméni,
c'est son nom, chassé de Moravie par les féroces Espagnols, y perdit
la patrie, et y gagna... le monde. J'entends un sens unique
d'universalité. D'un coeur et d'un esprit immense, il embrassa et
toute science et toute nation. Par tout pays, Pologne, Hongrie, Suède,
Angleterre, Hollande, il alla enseignant, premièrement _la Paix_,
deuxièmement le moyen de la Paix, l'_Universalité_ fraternelle.
Il a fait cent ouvrages, enseigné dans cent villes. Tôt ou tard, on
réunira les membres dispersés de ce grand homme qu'il laissa sur tous
les chemins. Entre ces livres d'abord, nommons-en deux qui sont deux
larmes: _le Martyr de Bohême_, écrit sur la ruine d'un monde. Et
_l'Éloge funèbre du grand Gustave_, cette épée de la paix, ce juste
juge qui l'eût faite ici-bas.
Mais l'infatigable écrivain, dans presque tous ses livres, cherche ce
qui pouvait, mieux encore que l'épée, terminer toute guerre: un
système d'éducation, qui, appliqué aux nations diverses, diminuant
leur diversité, effaçant des oppositions plus apparentes que réelles,
préparerait la grande harmonie.
Sorti des doux Moraves, imbu de leur esprit, il s'adresse aux
chrétiens d'abord, à l'Europe chrétienne. À l'homme ensuite, «_à
tous!_»
_À tous!_ Ici commence le vrai catholicisme, réelle universalité. La
petite secte romaine (imperceptible sur la terre), par son
exclusivisme, est anti-catholique.
_À tous!_ Et plus de guerre des Turcs. Arrivez, Musulmans! Supprimons
le Danube; nous vous tendons la main.--_À tous!_ Arrivez, pauvres
Juifs, échappés aux bûchers. _À tous!_ aux courageux penseurs, si
cruellement calomniés. Protestants, catholiques, vont s'embrasser
enfin au tombeau de Gustave-Adolphe.
L'élan universel d'_énergie_ (pan-ergeia), l'universalité de _lumière_
(pan-agia), vont préparer celle d'_éducation_ (pan-pædia).
Apprendre moins, et savoir davantage, c'est le but. Comment y va-t-on?
Là c'est le vrai génie. Le même homme, supérieur à sa science, planant
sur son érudition, sort le premier de la verbalité. Il faut montrer,
dit-il, _la chose avant le mot_.
La faire voir, la nommer ensuite.
Pour sentir ce coup de génie, il faut se rappeler qu'en deux mille ans
l'école n'enseigna _que le mot_.
Il faut savoir aussi que celui qui disait cela, était en même temps le
grand maître des langues, créateur de la linguistique, qui dans sa
_Janua linguarum_ donnait l'exemple des synglosses, et montrait que,
les langues s'enfantant l'une l'autre, on en apprendrait dix
bien plus aisément qu'une.
Eh bien, toute sa science, il la met sous ses pieds. Il l'ajourne et
la subordonne. Il se refait enfant, s'adresse _aux sens_ d'abord;
après viendra le jugement. Il sait être grossier. Il présente à
l'enfant, lui fait voir et toucher les choses. D'abord le réel et le
fait, l'exemple et la règle plus tard.
Présenter ces exemples, ces actes, ces objets, dans l'ordre heureux,
facile, qu'indique la nature. Ne pas l'intervertir, si bien que chacun
d'eux prépare la voie pour avancer plus loin.
Mais le maître, un maître quelconque, saura-t-il trouver l'ordre? Pour
y aider, il donne une encyclopédie d'images, un livre de gravures bien
ordonnées qui puissent et diriger le maître et charmer, captiver
l'enfant: _Orbis pictus sensualium_, 1658.
L'éducation _intuitive_ est créée. Ce grand savant a déjà le génie
naïf et réalisateur des Basedow, des Pestalozzi. Il dit les mots
profonds qui les ont faits peut-être. En voici un: «Le maître doit
semer des semences, et non des plantes toutes faites, des arbres tout
venus.» Il doit se bien garder d'ingérer à l'enfant, par masses, un
gros système qui étouffe et ne nourrit pas, mais délicatement lui
insinuer les germes qui, dans sa chaleur et sa vie, vont gonfler,
grandir, fleurir.
* * * * *
La paix de Westphalie, la paix des Pyrénées, étaient venues trop
tard. On avait trop souffert. L'esprit en restait affaissé.
Cela seul fait comprendre l'étonnant, le honteux succès de l'éducation
mécanique, de l'enseignement bâtard et puéril d'_elegantia latinæ_ que
donnèrent les Jésuites, et que la cour, la bourgeoisie acceptèrent si
avidement. J'ai décrit (je crois dans ma _Fronde_) l'organisation
singulière du collège de Louis-le-Grand, pour quatre cents petits
seigneurs, ayant (outre les maîtres) quatre cents bons _amis_, jeunes
Jésuites, qui tendrement berçaient, gâtaient, mollement punissaient
ces mignons.
Il est déplorable de voir des protestants et des libres penseurs
(Bacon, Ranke, Sismondi, Auguste Comte, etc.) louer les Jésuites comme
maîtres, excellents latinistes. Ils ont donc une connaissance bien
légère de l'Antiquité. Ils n'ont évidemment jamais lu, ni connu les
vrais, les grands savants du seizième siècle. Dans les mains des
Jésuites tout devint faible et faux. Ces langues mâles et fières, que
sont-elles dans leurs collèges? Combien molles et féminisées? Leur
règne d'humanistes peut s'appeler, au vrai, l'avènement de la
platitude.
Jamais, jamais le Diable ne fait l'oeuvre de Dieu. Il en fait des
contrefaçons ignobles et des caricatures.
Le fruit jésuite, issu de l'Italie pourrie, de la grotesque idylle de
Tircis et de Corydon, empoisonna l'Europe. Ce fruit, ce fut le funeste
idéal tout à coup à la mode, l'agréable petit seigneur, _le petit
homme de cour_. Très digne adoration des mères que dirige
Escobar. Cet enfant-là est le fléau du siècle. On le retrouve partout
avec cette belle éducation. Des nations entières en furent
transformées et gâtées. Exemple la Pologne que les Jésuites ont
perdue.
* * * * *
Le fait saillant du dix-septième siècle vers son milieu et surtout
vers sa fin, c'est une diminution étonnante de la taille humaine.
Aux géants Rabelais, Shakespeare et Michel-Ange, avaient dignement
succédé Galilée, Descartes, Rembrandt. Mais voici que tout baisse.
Corneille est un effort; il s'élance, il retombe. Molière, génie
robuste, est fort plutôt que grand; et le délicieux La Fontaine n'est
pour le fond qu'un fils exquis de Rabelais. Le reste, je l'avoue,
m'assomme.
Le récitatif éternel de Bossuet, sur des thèmes épuisés où les grands
mystiques avaient mis cent fois plus de coeur, ne peut se soutenir
qu'avec ceux qui ignorent profondément le Moyen-âge. Non, la pompe
n'est pas la grandeur.
Pascal, un bien autre écrivain, esprit si inquiet, a derrière lui
quelqu'un qui ne le quitte pas. Qui? Le sire de Montaigne, et la
nature humaine. C'est là l'abîme où il se sent glisser lui et son
sombre orgueil et toutes ses bravades de dogme.
C'est un trait curieux du dix-septième siècle, et général. Il injurie
Montaigne, mais toujours le regarde, le suit d'un pied boiteux, sous
les formes flottantes de la réaction dévote.
Tantôt Montaigne, et tantôt Molinos. Voilà ce qui pour moi
fait l'ennui de ce siècle, malgré tout son beau style. Il marche par
deux routes, des compromis bâtards, équivoques, impuissants.
La résultante quelle est-elle? L'horreur du grand, l'amour d'une
certaine médiocrité. On ne veut rien que de moyen, _de raisonnable_.
Et on ne l'atteint pas. Car, quoi de plus grand que la Raison?
Cette pauvre moyenne qu'on trouve, est-ce au moins l'homme naturel?
Non, c'est l'homme arrangé, l'_honnête homme_, Cléante ou Philinte,
tellement modéré, équilibré, qu'il en est nul,--ni héros, ni savant,
encore moins créateur, que dis-je? _pas même l'amateur!_--homme de
goût peut-être, mais se piquant de savoir peu, de vouloir peu, d'agir
peu,--bref, de n'être rien.
Cet _honnête homme_ est-il suffisamment honnête? Oui, mais dans la
mesure que comporte la Cour. C'est un demi-chrétien. Il pratique
autant que le Roi, mais pas plus.
Le pis de tout cela, c'est que dans un monde tellement relatif, où
rien de vraiment neuf, de fécond, n'est possible, l'effort, même
sérieux, les caractères solides et sincères ne produiront rien.
Demi-lumières, demi-vertus, demi-réformes; au total, pauvreté.
Quel retard que le Jansénisme, et quelle perte de temps! Les petites
Écoles qui avaient du mérite, sont étouffées avant de porter fruit.
L'éducation de Port-Royal (pour cinq ou six petits garçons) offre
certainement dans la forme des améliorations réelles, mais
elle n'atteint en rien le fond. Jusqu'à douze ans, l'étude en
divertissements; quelle étude? un peu d'histoire sainte, de
géographie, de calcul. Après douze ans, les langues, facilitées par de
meilleures méthodes, mais nullement avec le souffle des grands savants
du siècle précédent, des Scaliger, des Cujas, des Budé. L'Antiquité,
au dix-septième siècle, n'est plus chose d'amour ni d'enthousiasme
fécond.
Même le gentilhomme énergique que voulait Montaigne, avec les
exercices violents et les voyages, eût dépassé le type honnête et
modéré du siècle de Louis XIV. Cette fière figure aurait fait
dissonance, n'eût pas eu la douceur du bon _sujet_ et du _chrétien_.
* * * * *
Si Port-Royal est tel, que dire des amis des Jésuites, des éleveurs
des princes? Le dégoût vient surtout de les trouver si peu chrétiens.
Ils ont oublié tout à fait l'austérité de ces dogmes terribles. Ils en
ont peur, et, je crois, quelque honte. On ne peut pas montrer en Cour
ce rude Dieu. Ce serait manquer de respect au véritable Dieu, le Roi.
Voyez le bon Fleury lui-même, le meilleur à coup sûr. Comme il craint
de déplaire à son petit bonhomme, comme il veut l'amuser, le captiver
et le faire rire. «Je voudrais que la première église où il irait fût
la plus belle, qu'on l'instruisît dans un beau jardin par un beau
temps, quand il serait de la plus belle humeur; que ses
premiers livres fussent bien imprimés, bien reliés; que le maître fût
bien fait, d'un beau son de voix, d'un visage ouvert, agréable en
toutes ses manières.»
Quelque peu chrétien qu'on puisse être, la rougeur monte aux joues
quand on lit (_Éducation des filles_) Fénelon, qui indique comme
histoire _agréable_ la descente du Saint-Esprit.--_Agréable_, dit-il,
ainsi que les légendes de saint Paul et de saint Étienne.--On voit là
combien peu il sent la gravité des choses, leur importance relative.
Triste siècle, celui où un tel homme montre une telle pauvreté de
coeur! Il ne sent rien du tout de ce moment unique, où la flamme
descend, où les langues de feu viennent pour délier la parole. Moment
tel qu'il excède de grandeur le christianisme, l'a précédé, le suit,
lui survivra.
Chez cet aimable abbé, chargé, à vingt-cinq ans(!) de convertir,
diriger, confesser les pauvres jeunes protestantes, une chose fait
froid, c'est que nulle part son livre ne nous montre la mère. C'est
lui qui est la mère, une fausse mère, ni femme, ni homme, chargé de
mener l'enfant tout doucement à l'enterrement monacal qui est son sort
probable. Les temps sont durs, et les maris sont rares, surtout le
mari riche qu'il souhaite et conseille. Elle sera religieuse. Pour
cela, il vaut mieux qu'elle ne sache pas grand'chose. Il lui demande
fort peu d'instruction, pourtant _un peu de procédure_, pour le cas où
elle aurait des biens à administrer.
Ah! _Jesule! Jesule!_ mon pauvre ami, que tu es rétréci,
timide ici devant le monde, décent, poli et convenable!
Il dit des filles: «Elles naissent artificieuses.» Lui-même il est
bien fille dans ces petites ruses qu'il conseille pour diriger
l'enfant, le tromper dans son intérêt.
Avec cela, le livre est fort joli, plein de choses fines et de bon
goût, de petite sagesse mondaine et féminine, mais triste,
profondément triste. Et derrière un fonds sec. Que serait-ce si la
pauvre fille avait un riche coeur? un coeur à la madame Guyon, comme
eut l'infortunée La Maisonfort, victime de Saint-Cyr? J'ai parlé
dans le _Prêtre_ de cette maussade maison, et de sa sèche
directrice, bien plus homme que Fénelon. Il est de mode aujourd'hui
(chez les protestants même) de vanter fort cette Maintenon. On
trouve judicieuse l'éducation faible et fausse qui apprenait très
peu (moins que nos écoles primaires), et qui, sous une affectation
mensongère de simplicité, créait des comédiennes. Elles faisaient un
peu de ménage; je le veux bien et je l'approuve fort. Elles
travaillaient de l'aiguille, fort mal, si j'en juge par ce qu'on en
voit aujourd'hui même à Versailles dans la chambre de Louis XIV. Ne
dissimulons rien, Saint-Cyr ne fut créé que pour l'amusement du Roi.
L'éducation par le théâtre y gâtait tout. La plus sage disait: «Si
je joue bien, le Roi me mariera.» Ces gentilles Esther, occupées à
apprendre toujours des fictions (tragédies ou proverbes, dialogues
de la directrice), devenaient aisément de fines et fausses
créatures. Exemple celle qui, dit-on, prenait toujours le plus beau
fruit, et le meilleur morceau, innocemment, «par pure simplicité».
Mme de Maintenon les connaît bien, prend contre elles d'étonnantes
précautions. Elle leur apprend à écrire, et leur défend d'écrire.
L'amie même est suspecte; on ne peut causer deux à deux. Le prêtre
est-il sûr? Non. «Allez au confesseur; faites ce qu'il dira, si vous
n'y voyez de péché.» Le père même, le frère, ne peuvent voir l'élève
que quatre fois par an, et devant une dame qui écoute et surveille! On
sent bien qu'une élève, si peu nourrie d'esprit, si suspecte de
moeurs, va être tout à l'heure (brillant fruit de Saint-Cyr) une
dame de la Régence.
* * * * *
Cet aplatissement de la France, épuisée et usée, ne se comprend que
trop. Mais l'Angleterre victorieuse, qui fait alors la paix du monde,
dans ce haut rôle politique, quel est l'état de son esprit? Très
pauvre, imitateur, médiocre et judicieusement ennuyeux. J'ai dit fort
clairement, en 1688 (_Histoire de France_), à quel point les partis
étaient faibles à l'avènement de Guillaume, impuissants et inertes,
sans l'élan, le coup de collier que nos réfugiés leur donnèrent. L'âge
imaginatif et l'âge fanatique ont passé. La grandeur de Shakespeare,
la force de Milton, la robuste Angleterre de Cromwell, où sont-elles?
L'homme du temps, c'est Locke, et sa foi _raisonnable_, son
gouvernement _raisonnable_, sa _raisonnable_ éducation.
Ce dernier livre avait le mérite d'être le seul ouvrage en règle et
étendu sur la matière. L'auteur, qui est médecin, insiste avec raison
sur l'éducation physique; mais en général, pour le reste, qu'il est
faible, sec, pauvre, loin, et de l'ampleur de Rabelais, et de la
vigueur de Montaigne! De ces grands hommes à lui, quelle chute!
Combien peu celui-ci a besoin des fortes vertus! Sa morale est plutôt
prudence, sa vertu négative, abstinence de vices plus que vertu.
Rendre l'enfant sensible aux éloges et à la considération, l'avertir
des grands avantages qu'elle donne à celui qui l'obtient, le rendre
doux, civil, c'est l'essentiel. Dans un coin cependant, il dit
négligemment (je crois en une ligne) «qu'il faut lui enseigner la
Justice».
Il veut l'instruction très modique et pratique, limitée à l'utile. Du
français, un peu de latin, de calcul et d'histoire. Quelques mots
d'histoire naturelle (spécialement pour les arbres fruitiers). De la
religion, mais pas trop, quelque peu de Bible.
Il y a par moments de fort belles lueurs qui feraient croire qu'il a
vu loin. Mais point. Tout d'abord il s'arrête. Par exemple, il
conseille «que l'enfant fasse ses jouets». Là il est bien près de
Froebel. Il ne va pas plus loin; il fait un gentleman, et non un
ouvrier. Il dit très sagement que, pour raison de santé, le jeune
gentleman doit avoir un métier, tourneur ou jardinier. Mais, avec
moins de sens, il ajoute les métiers de luxe, apparemment
plus propres à un homme comme il faut. Qu'il soit parfumeur,
vernisseur, graveur, qu'il polisse du verre ou bien des pierres
précieuses.
Est-ce lui, ou son traducteur, qui ajoute à la fin une Notice
détaillée sur L'_Éducation des enfants de France_? Pauvre sujet dont
pourtant les Anglais, nos copistes d'alors, sous Guillaume et sous la
reine Anne, étaient fort curieux, faut-il le dire? admirateurs.