La comtesse Larisch arriva à Vienne quarante-huit heures après avoir eu
la lettre de sa petite amie. Elle en avait reçu une, le lendemain, fort
pressante du prince impérial. Elle tenait à obliger son cousin, elle
décida donc de partir sur-le-champ et débarqua dans la capitale le jour
de la Toussaint. Elle descendit, comme à son habitude, au Grand Hôtel.
Un mot de Rodolphe, pour la journée à la chasse, la priait passer chez
lui le lendemain vers midi. Elle sourit en trouvant une seconde lettre
de Marie à son hôtel. On l’attendait à la Salezianergasse où Marie
pensait être seule ce même matin après la messe de onze heures. Elle s’y
rendit à pied.
Marié ne tenait plus en place. La certitude de voir enfin l’homme qui
emplissait son âme depuis six mois était devant elle à chaque minute.
Elle ne se demandait pas ce que serait leur entretien. Elle le verrait,
elle entendrait sa voix, elle toucherait sa main. Qu’imaginer au delà de
ce bonheur suprême? Elle sauta au cou de la comtesse, elle parlait sans
lui laisser placer un mot. Que dire lorsqu’elle apprit que Rodolphe
aussi avait écrit et qu’il avait donné rendez-vous à sa cousine pour le
lendemain à midi?
--Vous accompagnerai-je? se hasarda-t-elle à demander.
La comtesse rit.
--Vous n’y pensez pas, Marie, vous, à la Hofburg! c’est trop dangereux.
Peut-être une allée écartée du Prater. Et encore!
Lorsqu’elle quitta Marie, il était bien entendu qu’elle tâcherait
d’avoir un rendez-vous vers midi, car Mme Vetsera lui confierait plus
facilement sa fille à cette heure-là.
Le lendemain, elle ne vit son cousin qu’entre deux portes. Il la
remercia de s’être dérangée ainsi pour lui. Il parlait sur un ton
ironique qu’il employait souvent avec elle.
--La campagne ne vous vaut rien, Marie, vous êtes une femme de la ville.
Avouez que je vous tire de l’ennui. Moi, au contraire, la ville ne me va
pas. Mais je suis obligé d’y vivre... Rien de plus fatigant.
Il s’étira, alluma une cigarette et continua:
--J’aimerais faire la connaissance de votre petite amie. Je l’ai croisée
l’autre jour au Prater. Elle m’a paru très jolie, et si jeune! Un oiseau
rare, vraiment... Je veux la voir de plus près. Elle en vaut la peine...
Vous allez me l’amener ici, Marie.
La comtesse se mit à rire.
--Ici, tout simplement, une jeune fille! Vous n’y pensez pas, mon cher
cousin. Les risques sont trop grands d’être vues.
Rodolphe nota en lui-même qu’elle ne parlait que des risques d’une
rencontre. Il vit qu’il avait partie gagnée et qu’il suffisait de
rassurer sa cousine.
--Préférez-vous que ce soit dans votre appartement au Grand Hôtel?
Autant choisir une place publique en plein midi! La Hofburg, quand on
sait s’en servir, est l’endroit le plus discret de Vienne. Vous n’y
verrez que moi. Venez toutes deux demain matin. Rien de plus simple.
Bratfisch vous attendra un peu avant midi dans la rue derrière le Grand
Hôtel, il vous mettra à l’entrée de la Josephs Platz, vous passerez sous
la voûte et, en deux pas, vous êtes, sur la droite, à une petite porte
de fer qui sera entr’ouverte. Vous la pousserez et vous trouverez
Loschek qui vous amènera ici par un chemin sûr.
La comtesse crut nécessaire de protester encore. Rodolphe l’arrêta.
--Ne vous faites pas prier, Marie. Je sais que vous êtes la plus aimable
des femmes et que vous serez heureuse de m’être agréable.
Le ton était ni figue ni raisin. Il fallut qu’elle s’en contentât.
* * * * *
Elle retourna chez Mme Vetsera le même soir et lui demanda de lui
confier sa fille Marie pour faire des courses le lendemain. Il se
trouvait que Marie avait, depuis la veille, déjà, pris rendez-vous chez
un photographe le samedi matin. Elle s’était aperçue qu’elle n’avait pas
un bon portrait à donner à Rodolphe! La baronne Vetsera, grosse et
courte personne, accueillit avec plaisir l’idée de ne pas monter les
quatre étages de l’atelier.
--Vous êtes bien bonne, dit-elle à la comtesse, de m’éviter cette
corvée. Voyez que Marie ne prenne pas un air trop nigaud devant
l’objectif. Faites-la rire. Surtout ne la quittez pas une minute, c’est
ce que j’ai de plus précieux.
Le samedi matin, la comtesse était à la Salezianergasse avant dix heures
et demie. Marie rayonnait de fraîcheur et d’éclat. La comtesse lui en
fit compliment devant Mme Vetsera qui regardait sa fille avec orgueil.
Dans la voiture, Marie parla peu. Chez le photographe, la séance fut
longue: trois poses différentes, une en chapeau de feutre vert et
jaquette de fourrure, l’autre décolletée, une troisième les cheveux
dénoués.
--Comme c’est fatigant! disait-elle à Mme Larisch. Il me trouvera
laide...
A d’autres moments, elle se réjouissait à l’idée de pouvoir bientôt lui
donner une photographie.
--Faites-moi très belle, disait-elle à l’opérateur.
Et elle ajoutait en riant:
--Il faut pourtant qu’on me reconnaisse.
Elle regardait sa montre à chaque minute; on ne pouvait faire attendre
le prince impérial. Enfin, elles furent à l’hôtel un peu avant midi.
Elles en sortirent, sans éveiller l’attention, par l’entrée de service.
Bratfisch, bien campé sur le siège de son équipage, les attendait. Au
fond du sombre landau, bien qu’elles eussent peu de chances d’être vues,
elles se cachaient la figure dans leurs boas.
En moins de cinq minutes, Bratfisch les mit à l’entrée indiquée de la
Hofburg. Vingt pas plus loin sur la droite, une petite porte de fer
bâillait. Elles la poussèrent. Dans le vestibule, Loschek les
accueillit. Elles le suivirent le long de couloirs étroits, montèrent
des escaliers, traversèrent des salons déserts. «C’est un palais
abandonné, pensait Marie, le palais du prince charmant.» Sa confiance en
Rodolphe était si grande que pas un instant elle ne craignit de faire
une rencontre désagréable. S’il avait indiqué ce chemin, ce chemin était
sûr.
Enfin, elles arrivèrent à une porte que Loschek ouvrit. Elles se
trouvaient dans un salon de réception meublé dans le froid style des
salons de la Hofburg. D’une pièce voisine, une voix vint, sa voix,
disant:
--Encore quelques pas, mesdames, je suis ici.
Et soudain Marie se trouva devant le prince qui lui tendait la main.
Elle le salua d’une belle révérence.
La comtesse se mit à rire.
--Vous n’auriez pas plongé plus bas pour l’impératrice, Marie.
Mais le prince sans s’occuper de sa cousine entraînait Marie vers un
fauteuil, près du canapé.
--Mettez-vous là, mademoiselle, dit-il. Vous êtes si jeune que vous
pouvez supporter la pleine lumière. Il y a assez longtemps que je vous
admire de loin; laissez-moi aujourd’hui vous regarder de tout près.
Chaque mot arrivait à Marie comme une caresse. Elle osa regarder le
prince dans les yeux. Ils lui parurent tendrement moqueurs.
Une conversation à trois s’engagea. Marie, à sa grande surprise,
n’éprouvait aucune gêne. En fait, depuis six mois, elle avait vécu en
tête à tête avec le prince, elle lui avait adressé mille confidences, il
avait été seul admis dans son intimité. Maintenant qu’elle se trouvait
face de lui, le dialogue continuait. Même la présence de la comtesse
n’était pas un obstacle. Ne lui avait-elle pas parlé souvent de
Rodolphe?
Il y avait pourtant quelque chose qu’elle n’avait pas imaginé et qui la
troublait. C’était les yeux du prince si souvent sur elle. Elle sentait
ce regard qui ne la quittait pas, qui se promenait sur sa personne.
Maintenant, il était sur son front, maintenant sur sa joue, maintenant
sur ses lèvres, descendait jusqu’à ses seins. Et toujours c’était un
contact réel comme une brûlure très légère qui persistait un instant à
peine, puis s’effaçait. Cette espèce de malaise délicieux était par
moment assez fort pour empêcher Marie de suivre la conversation. Quand
cela lui était possible, elle le regardait. Il était plus beau encore
qu’elle ne l’avait cru, et plus séduisant. Elle jugeait son sourire
irrésistible. Mais elle s’inquiétait à lui trouver la figure fatiguée,
et, bien qu’il s’efforçât de le cacher, l’air préoccupé. Un pli parfois
se formait entre les sourcils.
Il remerciait la comtesse d’avoir amené cette belle jeune fille à la
Hofburg.
--C’est le seul endroit sûr, dit Marie innocemment.
--L’antre du lion fit Rodolphe avec ironie.
La comtesse intervint.
--Marie s’imagine qu’elle peut dompter les bêtes fauves.
--Ne vous moquez pas de moi, reprit Marie. Je voulais dire seulement que
partout ailleurs nous risquions de faire une fâcheuse rencontre, tandis
qu’ici je me sens en parfaite sécurité.
La comtesse lança:
--Voilà les jeunes filles d’aujourd’hui, mon cher cousin.
Comme elle disait ces mots, le prince se leva. Marie l’imita.
--Non, non, dit-il, restez assise. Ici, entre vous et moi, aucune
étiquette. Mais je vous prie de m’excuser une minute, j’ai à causer un
instant avec ma cousine. Voulez-vous venir? dit-il en se tournant vers
la comtesse.
Il la fit sortir par une petite porte dans la boiserie que Marie n’avait
pas vue. Marie, restée seule, eut enfin le loisir d’examiner la pièce.
C’était le petit salon particulier attenant à la chambre où le prince
couchait depuis assez longtemps déjà. Elle se leva et alla jusqu’à la
fenêtre. Elle fut surprise de voir que la fenêtre donnait sur l’Amalien
Hof juste en face des appartements de l’impératrice. A ce moment, pour
la première fois, l’idée qu’elle se trouvait dans le palais impérial,
dans la maison même de l’empereur et de l’impératrice, lui apparut.
Jusqu’alors elle était chez un homme qui, pour elle, s’appelait
Rodolphe... Elle revint à la table. La grimaçante tête de mort l’arrêta.
«Comment vivre en face d’une tête de mort?» pensa-t-elle. Et soudain le
souvenir la traversa de la scène où Hamlet joue avec le crâne d’Yorick.
Rodolphe assistait à la représentation. Un instant il lui était apparu
sous les traits du malheureux prince de Danemark. Elle avait eu pitié,
elle avait encore pitié de lui... Elle fit un pas. Elle aperçut le
revolver. Elle avait une peur instinctive des armes à feu. Elle n’en
supportait pas le bruit. Pourquoi laisser une arme si dangereuse sur un
bureau? Elle se recula vivement... A ce moment Rodolphe rentra, seul.
--Où est la comtesse? demanda Marie.
Rodolphe remarqua qu’il n’y avait pas d’inquiétude, mais de l’étonnement
dans la voix de Marie.
--J’ai eu un peu de peine à me défaire d’elle, dit-il en riant. Mais je
sais la prendre. Elle finit toujours par faire ce que je veux.
Il s’approcha de Marie d’une démarche souple.
--Puisque vous avez eu le courage de venir ici...
Marie l’interrompit:
--Je n’ai pas eu besoin de courage, je vous l’assure.
Elle parlait avec tant de simplicité qu’une seconde Rodolphe hésita.
--J’ai tort. Puisque vous m’avez fait la grâce de venir ici, je ne veux
pas vous partager. Vous connaissez le proverbe anglais: _Two is company,
three is none._
--Oh! oui, dit Marie vivement, il est beaucoup plus agréable d’être à
deux. S’il faut vous dire toute la vérité--et je suis décidée à vous la
dire toujours quoi qu’il arrive--j’espérais bien vous voir seul...
Seulement je ne pensais pas que ce serait possible. Et voilà qu’en un
clin d’œil vous arrangez toutes choses suivant mes souhaits comme dans
un conte de fées.
L’accent de Marie autant que ses paroles frappa le prince. Jamais voix,
jamais cœur n’avaient eu pureté si cristalline. Il se félicita d’avoir
obéi au caprice qui l’avait poussé à écrire un jour, sans rime ni
raison, croyait-il, à Marie Vetsera. A l’ordinaire, la désillusion
suivait immédiate des visites de ce genre. Celles qu’il avait désirées
de loin, de près lui paraissaient banales. Il avait envie de les
renvoyer d’où elles étaient venues avant même de les prendre. Mais cette
jeune fille, à peine arrivée, gagnait du terrain. Elle ne jouait pas un
rôle, elle ne cherchait pas à produire un effet. Elle n’avait rien à
cacher, elle était elle-même, tout simplement; il ne lui en fallait pas
davantage pour plaire. Elle créait autour d’elle une atmosphère où il
respirait plus librement. Et comme elle était jolie!...
Il avait tant de plaisir à la regarder et à l’entendre que, pour le
moment, il se bornait à lui envoyer de temps en temps une répartie. Elle
parlait de «leur» passé.
--La première fois que je vous ai vu, dit-elle, c’était le 12 avril.
Comme il faisait beau! Vous savez que cela porte bonheur.
--Croyez-vous? dit-il avec un sourire de doute.
--Vous n’êtes pas heureux? demanda Marie vivement.
--Oh! ne parlons pas de moi, répondit Rodolphe, vous êtes beaucoup plus
intéressante. Avez-vous été heureuse au moins?
--Parfois, dit Marie, je pensais que j’étais la fille la plus
malheureuse de la terre, parfois je ne me tenais plus de joie. Comment
s’y reconnaître?
Elle racontait ses jours heurtés, changeants, et Rodolphe voyait avec
surprise que, dans la vie fêtée de cette belle jeune fille, seule
comptait depuis six mois une rencontre au théâtre ou au Prater, son plus
grand désespoir étant ce funeste voyage en Angleterre.
--Funeste? dit-il, mais pourquoi donc? On passe l’été très agréablement
en Angleterre, les jeunes filles surtout.
Ici Marie hésita. Finalement, elle dit:
--Vous vous moquerez de moi. Tant pis. Je ne voulais pas m’éloigner
de...
Elle s’arrêta et, pour la première fois depuis qu’elle était en face du
prince, elle rougit et se détourna...
Il y eut un instant de silence aussi agréable à Rodolphe que la
conversation qui lui plaisait tant. Il s’en étonna. Était-ce pour
écouter les récits d’une jolie fille qu’il l’avait fait venir, avec
quelques risques tout de même, à la Hofburg? Ils étaient seuls; elle
l’aimait; il la trouvait désirable, et ils restaient à causer comme deux
amis! Il pensa au comte Hoyos qui, cyniquement, demandait aux femmes
l’unique chose que, selon lui, elles ont à donner. Ses heures libres et
celles de Mlle Vetsera étaient rares, et le temps précieux de cette
visite passait. Était-ce du temps perdu?
Il regarda Marie. La confusion ajoutait un charme de plus à son jeune
visage. Il eut une envie irrésistible de la prendre dans ses bras, de
baiser ces lèvres fraîches, de sentir la pression de ce corps vierge
contre le sien. Poussé par le désir il se leva et, employant les mots
qu’il avait dits à d’autres dans un même moment:
--A quoi est-ce que je pense? Je ne vous ai même pas demandé d’enlever
votre fourrure. Il fait chaud pourtant ici. Et puis, ne me
montrerez-vous pas vos cheveux? Ils sont, à ce qu’on assure, admirables.
--Bien volontiers, dit Marie en se levant.
Elle cherchait une glace.
--Il n’y a pas de glace ici, dit-elle en riant. Manquez-vous à ce point
de coquetterie?
--Passez à côté, répondit Rodolphe en lui montrant la porte ouverte sur
sa chambre à coucher.
Marie entra. La chambre était petite et simple; dans un angle, un lit
étroit.
--C’est là que vous couchez? O l’imagination des jeunes filles! Je me
représentais une grande chambre avec un beau lit de milieu, un lit
princier, un lit de parade.
Le prince se mit à rire.
--Vous ne vous trompez pas. Une telle chambre existe, mais j’aime mille
fois mieux celle-ci, peu confortable, où je suis seul depuis plus d’un
an.
Marie vint à la glace. Rodolphe la suivait, pas à pas, tout près d’elle.
--Je vais avoir des mèches, dit-elle, je ne vous plairai pas.
Elle ôta son chapeau. La masse de ses cheveux noirs aux reflets bleutés
apparut. Ils étaient tordus sur la nuque.
Elle défit son manteau. Il s’approcha encore pour l’aider; il
l’effleurait des épaules aux genoux. La glace leur renvoyait leur image;
les yeux de Rodolphe brûlaient; les yeux clairs de Marie souriaient. Il
lisait dans les regards de cette enfant qu’il tenait presque dans ses
bras la confiance, une innocente joie. Elle ne craignait rien; il ne lui
ferait aucun mal... A ce moment elle s’appuya légèrement sur le prince
dans un mouvement si chaste qu’il frissonna et que ses traits se
contractèrent. Un bref combat se livrait en lui. Il se dégagea avec
brusquerie et fit deux ou trois pas.
Marie le regardait. Inquiète, elle courut à lui.
--Que se passe-t-il? Qu’avez-vous?
--Le plus insignifiant malaise... C’est absurde... Mais c’est fini...
Tout cela est de votre faute.
Déjà il souriait, le ton rassura Marie, vite alarmée. Il marcha encore
un instant à travers la pièce, revint vivement à la jeune fille,
s’empara de ses mains et, la regardant au fond des yeux, lui demanda:
--Est-ce que vous faites souvent des miracles?
Marie, interdite, ne savait que répondre. Mais la figure de Rodolphe
était joyeuse, animée, d’un autre homme.
Il l’entraîna au salon, l’installa sur le canapé, lui donna un verre de
porto et s’assit à ses pieds. C’était lui qui parlait maintenant de tout
et de rien, avec une bonne humeur qui charma Marie. Il était plus jeune,
le pli entre les sourcils avait disparu. Soudain, il s’arrêta et dit:
--Est-ce que vous n’avez pas quelque chose à me demander?
Marie le regarda, étonnée.
--Oui, reprit-il, tous les gens qui m’approchent ont quelque chose à
demander: les uns une place, les autres de l’avancement, un troisième
une décoration, le dernier de l’argent, tout bonnement. Alors, je veux
savoir ce que demande la plus jolie solliciteuse qui soit jamais venue
chez moi.
--Mais je ne veux rien, dit Marie, n’ai-je pas aujourd’hui tout ce que
je désire?
--Eh bien, moi, j’ai pensé à vous, continua-t-il.
Il alla au bureau, ouvrit un tiroir et revint à Marie avec un petit
écrin qu’il lui tendit.
Interdite, elle regardait tour à tour l’écrin et Rodolphe.
--Ouvrez donc, vous n’êtes pas curieuse.
Elle ouvrit l’écrin.
--Oh! la belle bague, dit-elle, un saphir et des diamants, mais je ne
puis l’accepter... Oh! j’aimerais bien l’avoir, reprit-elle tout de
suite confuse à l’idée que Rodolphe se méprendrait sur ses sentiments,
mais si maman la voyait!...
--Avant de la refuser, voulez-vous regarder ce qui est inscrit dans
l’anneau? dit Rodolphe.