--Un mois après notre départ.
--Mais, mon père? interrogea timidement Séléna.
--Ah! votre père, fit Gontran d'un ton plein de désinvolture,... nous
lui ferons croire qu'on file sur Jupiter, Saturne et compagnie, tout en
leur tournant le dos. Il se consolera de n'avoir pas vu les Mondes
Géants, en contemplant le bonheur de ses enfants.
* * *
Aussitôt que M. de Flammermont l'eût quitté, Fricoulet tira son carnet
et se mit à le noircir de chiffres et de croquis, pendant près d'une
demi-journée; après avoir recommencé plus de vingt fois ses calculs et
ses plans, il s'en fut trouver le complaisant Aotahâ avec lequel il eut
une conférence qui dura jusqu'au soir.
[Illustration]
Le lendemain, au point du jour, nouvel entretien entre l'ingénieur et le
Martien, dont la conséquence fut le plan de construction d'une sorte de
navire destiné à transporter, sur le fleuve astéroïdal, Fricoulet et ses
compagnons de voyage.
Suivant les conseils d'Aotahâ, le jeune ingénieur avait adopté, comme
propulseur, l'hélice, et comme force motrice l'électricité, dont
l'application était des plus communes à la surface de la planète Mars.
Mais l'hélice n'était pas destinée à agir directement sur les
corpuscules cosmiques, c'est-à-dire à prendre sur eux son point d'appui,
suivant le rôle joué par l'hélice dans un véritable navire.
Dans l'appareil de Fricoulet, elle devait agir seulement comme
intermédiaire: c'est-à-dire qu'elle aspirait les astéroïdes par un tube
de faible diamètre et les refoulait à l'arrière par une ouverture plus
large.
La forme extérieure adoptée était celle d'un cylindre de cinq mètres de
diamètre et de six mètres de long; ce cylindre était intérieurement
traversé, dans le sens de sa longueur, par un tuyau concentrique d'un
mètre et demi de diamètre et de longueur triple, dans lequel se mouvait
la vis d'Archimède à trois filets, jouant le rôle d'hélice propulsive.
À l'extrémité antérieure, ce tuyau se terminait en tronc de cône;
l'autre extrémité affectait la forme évasée d'un tuyau de cheminée de
locomotive.
Le logement des voyageurs devait être formé par l'espace annulaire
séparant le tuyau intérieur du grand cylindre qui constituait la coque
même du navire. Cet espace fut divisé, en deux parties égales, dans le
sens de la hauteur, par une cloison horizontale tenant lieu de plancher,
et aussi dans le sens de la longueur, par une autre cloison percée d'une
porte; de cette façon, l'appareil se trouvait composé de quatre cabines,
accouplées deux par deux et superposées.
Celles du premier étage furent consacrées, l'une au _carré_,
c'est-à-dire à la salle commune, et l'autre, divisée en deux parties, à
Ossipoff et à sa fille; l'une des deux de l'étage inférieur devait être
partagée entre Farenheit et Gontran; l'autre devait servir tout à la
fois de cuisine, de logement pour le moteur, de réserve, de soute; en
outre, Fricoulet se proposait de s'organiser une petite encoignure, tout
contre le moteur, afin de le surveiller de plus près.
Une fois ce plan bien examiné et bien discuté entre Fricoulet et Aotahâ,
ce dernier ce chargea de la mise en oeuvre, et le jeune ingénieur eut le
loisir de s'extasier à son aise sur les merveilles de l'industrie
martienne.
Il avait été décidé que tout l'appareil serait en métal.
Le cylindre extérieur, d'abord fait en bois, fut moulé dans le sable,
suivant les procédés métallurgiques en usage sur la Terre; puis, le
moule une fois terminé, et l'_âme_ mise en place, on fondit du même coup
tout le cylindre.
Pendant que le métal refroidissait, une autre équipe de Martiens
fabriquait, au moyen d'un immense tour fonctionnant à l'électricité, le
tuyau du milieu destiné à servir d'enveloppe à la vis; quant à l'hélice,
on la construisait en enfonçant, dans une rainure hélicoïdale tracée sur
l'arbre du moteur, de minces tiges métalliques réunies ensuite les unes
aux autres par des plaques également métalliques.
[Illustration]
Cependant, le cylindre refroidi avait été démoulé et tourné.
Alors, il fallut procéder à l'_ajustage_.
Plus de neuf jours avaient été employés à ces différents travaux; ce
qui, avec trois jours consacrés à l'étude préparatoire de l'appareil, ne
laissait plus que trois jours de répit avant l'arrivée, dans la région
de Mars, de la grande armée d'astéroïdes avec laquelle devait coïncider
le départ des Terriens.
Trois jours! et Fricoulet calculait qu'il faudrait au moins ce laps de
temps rien que pour boulonner les planchers et les cloisons.
Mais cette méthode primitive n'était point celle en usage chez les
Martiens, et la surprise du jeune ingénieur fut aussi grande que sa
joie, lorsqu'il put se rendre compte du moyen expéditif employé par les
habitants de la planète pour ajuster les pièces entre elles.
Aussitôt tournées, les pièces à rejoindre furent mises en contact,
chauffées à blanc par un chalumeau voltaïque d'une puissance énorme et
soudées, sans le secours d'aucune _brasure_; en moins de quelques
heures, les différentes parties de l'appareil furent mises en place.
Plus de deux jours restaient pour l'installation du moteur électrique,
et c'était largement suffisant.
Alors, on s'occupa de transporter l'appareil dans une des grandes sales
de l'observatoire de la Ville-Lumière; c'est de là que les hardis
voyageurs devaient s'élancer de nouveau à la conquête de l'espace, en
présence de toutes les sommités scientifiques de la planète, convoquées
à cette occasion.
D'un avis unanime, Ossipoff avait été laissé dans une ignorance absolue
des projets de ses compagnons; on craignait de sa part une résistance
basée sur ses observations astronomiques non terminées et que ce départ
allait brusquement interrompre.
[Illustration]
En le prévenant seulement au dernier moment, on avait cet avantage
d'empêcher d'abord que la lutte s'éternisât, ensuite, d'enlever le vieux
savant en faisant miroiter à ses yeux la perspective de Jupiter, de
Saturne, d'Uranus, de Neptune, qu'une occasion unique s'offrait de
pouvoir visiter.
[Illustration]
Il était comme toujours, plongé dans ses études télescopiques, lorsque
Gontran, lui touchant l'épaule, le força à quitter son instrument et à
le regarder.
--Eh bien! mon cher monsieur, demanda le jeune homme, avancez-vous un
peu et pensez-vous avoir fini bientôt vos observations?
Ossipoff secoua la tête d'un air désespéré.
--C'est véritablement effrayant, mon cher ami, répondit-il, plus je vais
et plus je me rends compte de la tâche gigantesque que j'ai entreprise.
Il se fit un silence après lequel M. de Flammermont reprit:
--Mais, savez-vous bien que de ce train-là, nous risquons fort de nous
éterniser ici.
--Vous y trouvez-vous donc mal? demanda le vieillard surpris.
--Non pas,... mais la vie est un peu monotone,... et puis...
--Et puis? questionna Ossipoff.
--Il avait été convenu que nous ne nous arrêterions, sur chaque planète,
que le temps de reprendre haleine,... et dame, je ne serais pas fâché
d'aller voir sur Jupiter ce qui s'y passe,... Vous n'oubliez pas que
d'ici à Jupiter, nous avons un nombre respectable de lieues à parcourir.
Le vieux savant leva les bras en l'air.
--Jupiter! s'écria-t-il avec un éclair dans les yeux, le géant des
mondes! oh! voir!... contempler!... étudier de près l'ossature de ce
monstre!...
Mais l'éclair de son regard s'éteignit, et il murmura tristement:
--Malheureusement,... c'est un rêve, et Mars est bien notre dernière
étape dans ce grand voyage que nous avons entrepris.
--Notre dernière étape! s'exclama M. de Flammermont, plaisantez-vous,
monsieur Ossipoff? Vous nous avez promis de nous faire visiter tout le
système solaire,... il faut tenir votre promesse... Voir Jupiter!...
mais c'est notre rêve à tous, à Mlle Séléna, à Fricoulet, jusqu'à
Farenheit lui-même...
Et il ajouta:
--Vous ne pouvez vous dérober ainsi à vos engagements...
--Mais le moyen de les tenir?... vous l'avez dit vous-même tout à
l'heure,... ce sont des millions et des millions de lieues qui nous
séparent de Jupiter!... comment franchir une si effroyable distance?...
--Retournons sur la Terre, en ce cas, insinua Gontran.
Le vieux savant tressaillit et répliqua d'une voix nette:
--Pour cela, rien ne presse,... nous avons, pour y songer, tout le temps
qu'il nous plaira.
Le jeune comte dissimula le sourire qui, malgré lui, venait plisser ses
lèvres, et répondit:
--Je plaisantais, mon cher monsieur Ossipoff;... ma devise, vous le
savez bien, depuis que j'ai entrepris ce grand voyage, est «en avant
toujours en avant»,... eh bien! je viens vous dire aujourd'hui, fidèle à
cette devise: «monsieur Ossipoff, ne nous immobilisons pas ici,... en
avant!»
Le jeune homme avait prononcé ces mots d'une voix vibrante qui parut
faire sur Ossipoff une profonde impression; ses lèvres s'agitèrent dans
un tremblement nerveux, et ses regards s'attachèrent avec curiosité sur
Gontran.
Celui-ci ajouta:
--Savez-vous quel jour marque le calendrier terrestre, monsieur
Ossipoff?
Le vieillard secoua la tête négativement.
--La Saint-Michel, repondit Gontran; c'est-à-dire, monsieur Ossipoff,
que c'est aujourd'hui votre fête...
[Illustration]
--C'est ma foi vrai, murmura le savant, c'est ma fête; absorbé dans ces
intéressantes études, je l'avais complètement oublié!
Puis, après un moment, il demanda, tout étonné:
--Pourquoi me dites-vous cela?
--Parce que, si vous l'aviez oublié, vous, nous nous en sommes
souvenus... pour vous la souhaiter...
Un air de contentement se répandit sur le visage du vieillard.
--Ça, c'est gentil, dit-il.
Et il serra cordialement la main du jeune comte.
--Devinez un peu, fit celui-ci d'un ton mystérieux, ce que nous vous
offrons?
--Vous êtes donc plusieurs?
--Pour le cadeau dont il s'agit, il a fallu nous cotiser; Mlle Séléna
s'est rappelé que c'était aujourd'hui votre fête.
--Chère enfant, murmura le vieillard attendri.
--Farenheit a déclaré qu'il fallait vous la souhaiter.
--C'est un brave homme, au fond, cet Américain, quoique violent.
--Moi, j'ai trouvé le cadeau qu'il fallait vous faire.
Une nouvelle poignée de main remercia le jeune homme de ses paroles.
--Quant à Fricoulet, termina Gontran, il m'a aidé.
--Peuh!... aidé à quoi?
--À vous faire le cadeau en question.
Le vieillard hocha la tête d'un air qui montrait en quelle piètre estime
il avait l'aide de Fricoulet; puis il demanda:
--Et ce cadeau, qu'est-ce que c'est?
--Jupiter!
Ossipoff fit un bond en arrière, fixant sur son futur gendre un regard
un peu inquiet.
--Vous dites? s'écria-t-il.
--Je dis: Jupiter.
--Vous m'offrez Jupiter en cadeau?
--Mais oui,... Jupiter lui-même,... _et ipse_, comme disait le bon
proviseur du lycée Henri IV.
--Vous perdez la tête, riposta le vieillard dont l'inquiétude allait
croissant.
Comme Gontran allait répondre, une nuée de Martiens envahit
l'observatoire au milieu d'un bruit d'ailes assourdissants: c'était
l'appareil que l'on apportait sous la direction de Fricoulet.
Ossipoff examinait d'un oeil ébahi ce singulier instrument.
--Qu'est-ce que cela? murmura-t-il.
--Le véhicule qui va nous transporter dans Jupiter.
--Est-ce possible? balbutia Ossipoff,... mais par quel moyen?
--Par le moyen du courant parabolique d'astéroïdes qui forme un fleuve
naturel sur lequel nous allons naviguer...
Le vieillard poussa une exclamation indéfinissable et, se précipitant
sur M. de Flammermont, le saisit dans ses bras et le tint longtemps
serré sur sa poitrine.
--Ah! mon enfant!... mon cher enfant! balbutia-t-il tout ému, il y en a
dont les statues de bronze se dressent sur les places publiques, qui
l'ont moins mérité que vous.
Pendant que le jeune comte faisait visiter en détail l'appareil au vieux
savant, Farenheit exprimait à Fricoulet la stupéfaction profonde en
laquelle venait de le jeter la légèreté de l'appareil.
--Il est pourtant construit tout entier en métal? observa-t-il.
--Tout entier...
--Si je ne me trompe,... il y a là au moins quinze cents kilos de fonte?
Fricoulet se mit à rire.
--À peine six cents... sur terre; car ici, en vertu des lois
particulières de la pesanteur, ces six cents kilos sont réduits à deux
cents seulement.
L'Américain tournait et retournait autour de l'appareil, ne pouvant se
convaincre que l'ingénieur lui disait la vérité.
--Quel est donc le métal dont le poids est si faible?
--Le lithium.
--Le lithium, répéta l'Américain,... je ne connais pas ça.
--Il y a bien d'autres choses que vous ne connaissez pas, répliqua
plaisamment Fricoulet.
Puis, tout à coup, il se mit à rire.
--Qu'avez-vous donc? demanda Farenheit d'un ton sec, car il croyait que
l'autre se moquait de lui.
--Je pense à votre quartier de diamant que j'ai été obligé de jeter
comme un vulgaire sac de lest, lors de mon brusque départ de Phobos,...
et dont la perte vous a tant désespéré.
--Et c'est cela qui vous fait rire? grommela l'Américain, il n'y a
vraiment pas de quoi...
--Quand vous saurez ce qui m'égaye ainsi, vous partagerez mon
hilarité,... j'en suis certain.
--En ce cas, hâtez-vous de parler...
[Illustration]
--Vous croyiez remporter une fortune, n'est-ce pas, avec votre morceau
de carbone cristallisé?
--Dame! un million environ.
Les lèvres de Fricoulet s'allongèrent dans une moue dédaigneuse.
--Peuh! fit-il, un million, la belle affaire!
--Cela vaut toujours mieux que de revenir gueux comme Job.
D'un hochement de tête, l'ingénieur indiqua l'appareil.
--Savez-vous, dit-il, ce que vaut ceci?
--Ça... ça n'a pas d'autre valeur que le prix de la fonte.
--Quel prix, selon vous?
--Eh! comment voulez-vous que je sache cela? Je n'ai jamais été dans la
ferraille, moi... je ne me connais que dans les suifs...
[Illustration]
Fricoulet insista, en riant.
--Mais, enfin, à votre avis, quelle valeur cela peut-il avoir?
Farenheit réfléchit quelques secondes.
--Je crois, dit-il, être au-dessus de la vérité en estimant le kilog.
à... à...
Et, se grattant le bout du nez, hésitant à citer un chiffre.
--Allons, s'écria l'ingénieur, dites-le donc... à soixante-dix-sept
mille francs.
L'Américain fit un bond formidable.
--Soixante-dix-sept mille francs! répéta-t-il... le kilog!
--Oui,... le kilog... c'est le prix du lithium en Europe.
--Mais alors, il y a là une fortune gigantesque!
--Oui... à peu près quarante-six millions.
Farenheit n'en pouvait croire ses oreilles.
--Vous êtes bien sûr de ce que vous dites? demanda-t-il.
--Vous verrez là-bas à notre arrivée, répondit l'ingénieur que
l'ahurissement de son compagnon amusait beaucoup.
L'Américain tournait autour de l'appareil, l'enveloppant d'un regard
attendri, passant, avec la volupté d'un avare, sa main sur le métal poli
et brillant.
Soudain une ombre inquiète assombrit son front.
--Savez-vous, dit-il en s'arrêtant devant Fricoulet, que c'est une belle
chose que d'être savant.
--Pourquoi cela?
--Dame! c'est une véritable fortune que vous allez remporter en
France...
--Je parie que, dans toute votre vie, répondit l'ingénieur en
plaisantant, vous n'avez pas fait une seule opération sur les suifs
aussi avantageuse.
--Quarante-six millions! répéta l'Américain sur un ton de regret.
[Illustration]
Fricoulet crut comprendre le sentiment qui attristait son compagnon, et
il dit en lui frappant amicalement sur l'épaule.
--Bien que partagé en cinq morceaux, l'_Éclair_,--car c'est ainsi que
j'ai baptisé l'appareil--l'_Éclair_ représentera encore, pour chacun de
nous, une jolie somme.
--En cinq morceaux! s'écria Farenheit... quoi! vous seriez assez
généreux pour...
--Il n'y a, de ma part, aucune générosité, mais de la justice
simplement... nous sommes ici cinq individus qui avons partagé et
partagerons encore--c'est à craindre--bien de la mauvaise fortune; ne
devons-nous pas partager la bonne?
L'Américain se précipita sur les mains de l'ingénieur.
--Mais quarante-six millions, divisés par cinq, cela donne pour chaque
part un peu plus de neuf millions, dit-il d'une voix vibrante.
--Mon cher sir Jonathan, vous calculez à merveille, déclara Fricoulet.
Et se débarrassant de l'étreinte de son compagnon, il se dirigea vers
Ossipoff qui sortait de l'_Éclair_ suivi de Gontran et de Séléna.
--Eh bien! demanda l'ingénieur, êtes-vous satisfait, monsieur Ossipoff.
Le vieillard jeta sur son futur gendre un regard plein d'orgueil.
--Avouez, dit-il à Fricoulet, que c'est là un des cerveaux les plus
admirablement organisés de notre époque... Cet appareil est un pur
chef-d'oeuvre.
Puis, tout à coup, se souvenant d'un détail qu'il avait négligé de
demander.
--Pendant combien de temps, mon cher enfant, dit-il, ce moteur peut-il
fonctionner?
Gontran, qui avait parfaitement bien entendu, mais qui était incapable
de répondre à cette question, fit mine de redoubler d'animation dans sa
conversation avec Séléna.
Fricoulet comprit l'embarras de son ami, et aussitôt:
--Le moteur peut fonctionner pendant six mois, sans interruption,
dit-il; il y a également, dans les soutes, pour six mois d'air
respirable et de vivres.
Le visage du vieux savant était radieux.
--Dans combien de temps le départ? interrogea-t-il.
Fricoulet se tourna vers Farenheit.
--Quelle heure a votre chronomètre, sir Jonathan? demanda-t-il.
--Onze heures quarante-cinq minutes.
--Monsieur Ossipoff, dit alors l'ingénieur, nous avons encore un quart
d'heure à rester ici,... le départ est pour midi précis...
Depuis quelque temps l'espace était rayé en tous sens de longues
traînées de Martiens qui, prévenus du départ des étranges voyageurs,
accouraient de tous les points de la région de l'Équateur.
Déjà, la grande salle de l'Observatoire était pleine de notabilités
scientifiques réunies en congrès et, au dehors, on entendait le
bruissement d'ailes de la foule qui s'impatientait.
À un signal d'Aotahâ, la coupole de l'Observatoire se sépara en deux et
se rabattit de chaque côté, formant ainsi une large baie par laquelle
l'_Éclair_ pût prendre son essor.
--Midi moins cinq, monsieur Fricoulet, dit Farenheit qui avait conservé
son chronomètre à la main.
--Mes amis, dit l'ingénieur en se tournant vers ses compagnons, il est
temps d'embarquer.
L'appareil avait été dressé verticalement, son extrémité conique pointée
vers le ciel, en sorte que c'étaient les cloisons séparant les cabines
qui servaient de plancher.
--Y sommes-nous? demanda Fricoulet après avoir jeté autour de lui un
regard rapide pour s'assurer que tout était paré.
--_All right!_ répondit Farenheit d'une voix vibrante.
Et il ajouta, sans songer à Ossipoff qui pouvait l'entendre.
--_Go ahead for the United States!_
En route, pour les États-Unis!
[Illustration]