Il était tard maintenant, l'heure du dîner était passée depuis
longtemps... nous ne nous décidions point à quitter ces lieux habités
par une si mystérieuse douleur... On devait nous croire partis...
Notre dessein n'était point de nous dissimuler: cela eût été indigne
de nous, mais en de telles circonstances on pouvait peut-être avoir
besoin de notre secours; en tout cas, c'est ce que nous pouvions
répondre à qui s'étonnerait de nous trouver encore là...
Dans notre cabinet de travail, nous avions allumé la petite lampe
électrique portative dont la lueur dessinait un carré clair dans la
nuit du jardin.
Un grand silence s'était fait soudain dans l'hôtel, silence qui nous
pesait peut-être encore plus que le gémissement lugubre et monotone
qui nous tenait dans une angoisse si aiguë tout à l'heure...
Une demi-heure se passa ainsi; nous travaillions vaguement à je ne sais
quoi, livrés, Christine et moi, à des pensées que nous n'osions sans
doute pas nous communiquer... Enfin je lui demandai:
--Et vous, Christine, le marquis vous laisse-t-il tranquille maintenant?