HISTORIQUE.

Ce n'est point le hasard qui a conduit M. Rouillet à imaginer son

procédé. Professeur de dessin, il songeait sans cesse aux moyens de

faciliter cette étude à ses élèves. Il gémissait, comme tous les vrais

artistes, de cette cruelle nécessité de faire copier pendant des années

entières des yeux, des bouches et des oreilles pour arriver, en dernière

analyse, à reproduire mécaniquement, d'abord un dessin, puis une tête,

enfin une académie. Il comprit bientôt que toute la difficulté était

dans l'ensemble et les proportions, et que l'homme le mieux doué pour

les arts plastiques était souvent arrêté pendant de longues années par

des difficultés matérielles, vaincues souvent avec plus de facilité par

un individu sans intelligence et sans poésie. Il pensa qu'en imaginant

un procède mécanique pour vaincre les difficultés mécaniques du dessin,

il rendrait service à l'art véritable, qui n'est point la reproduction

servile de ce qui est, mais la représentation de ce qui devrait être.

Son premier mouvement fut de soumettre son procédé à l'Académie des

Beaux-Arts. Une commission fut nommée pour examiner ses résultats. On

soumit l'inventeur aux épreuves les plus variées; il tint toutes ses

promesses. Les commissaires étaient émerveillés de l'exactitude du

dessin et de la perspective; chacun le félicitait. Mais quand on sut que

son intention formelle était de faire jouir le public de sa découverte,

le secrétaire de la commission, obéissant à cet esprit rétrograde qui

est le mauvais génie des Académies, écrivit au ministre de ne pas

encourager une invention qui _enlevait à l'art une partir de ses

difficultés_. Le parti des _bornés_ raisonne toujours de même en fait de

peinture comme on fait de politique; il confond les procédés matériels

de l'art avec l'art véritable, de même qu'il confond la prospérité

matérielle d'une nation avec sa grandeur réelle.

[Illustration.]

M. Rouillet ne fut pas découragé; il en appela au ministre _mieux

informé_. M. Duchatel ne considéra pas l'opinion de messieurs de

l'Académie comme devant lui tracer irrévocablement sa ligne de conduite

et nomma une seconde commission composée de MM. Allaux, Cavé, Léon

Coignet, Mandrin, Lassus, Lenormand, Lesueur, Mérimée et Vilet. Ce choix

était heureux: en joignant des peintres à des archéologues et à des

architectes, on réunissait les représentants de toutes les branches de

l'art auxquelles le procédé pouvait s'appliquer utilement. Cette

commission se livra à un long et minutieux examen. Le procédé fut soumis

à toutes les épreuves imaginables; on reconnut ses avantages, on signala

les perfectionnements dont il était susceptible, et la conclusion du

rapport de cette nouvelle commission fut que le ministre devait

encourager une invention destinée à rendre des services réels à l'art et

à la science. Le ministre jugea comme la commission et accorda à M.

Rouillet une pension viagère de 1200 fr. par an, afin que le public

entrât en possession de ses procédés.

L'on a dit qu'à l'aide de l'étoffe transparente tendue sur un châssis,

tout le monde saurait également bien dessiner. C'est une erreur.

L'individu qui n'a jamais appris le dessin pourra reproduire le contour

d'un objet et obtenir un calque fidèle; mais on reconnaîtra toujours une

main inexpérimentée à l'incertitude du trait et au peu de fermeté des

contours. Toutefois, à l'aide de cette esquisse, un peintre pourra

peindre le portrait d'une personne qu'il n'aura jamais vue, ou dessiner

un édifice dont un voyageur lui rapportera le croquis fidèle. Mais le

dessinateur seul sera en état de faire les ombres, ou d'indiquer, par

l'accentuation des traits, les parties saillantes on rentrantes. Pour

l'artiste, le procédé Rouillet est un gain de temps immense: en un

instant il fixe sur la toile des attitudes difficiles, des raccourcis,

des effets de lumière passagers; il grandit sûrement ses figures dans

une proportion déterminée; en un mot, les difficultés matérielles étant

écartées, il consacre tout son temps, toutes ses forces, à la

composition, l'expression et la couleur; il se livre avec sécurité à

l'inspiration, sûr de n'être pas arrêté par des calculs arides de

proportions. Les dessinateurs peuvent voir avec déplaisir la

vulgarisation de ce procédé; les peintres s'applaudiront de ce nouveau

moyen de multiplier leurs oeuvres et de leur donner un plus haut degré

de perfection. Croit-on que les artistes si expressifs de l'école

florentine ou les grands coloristes vénitiens se fussent préoccupés de

l'apparition d'un semblable moyen? Le procédé Rouillet apprendra-t-il à

donner à la Vierge les expressions sublimes et variées que Fra Angelico,

le Pérugin et Raphaël, ont su créer tour à tour? Est-ce avec un fusain

et sur une tarlatane que vous rendrez la couleur du Titien ou de

Rembrandt? Saurez-vous à l'aide de cette machine composer un tableau

comme Paul Véronèse, André del Sarto ou Fra Bartolomeo? Selon nous, le

procédé dont nous parlons fera rentrer l'art dans sa véritable voie,

parce que la pensée de l'artiste dominera dans son oeuvre. L'imitation

servile étant sans difficultés, elle deviendra sans objet. Les formes de

convention ne seront plus acceptées, parce que les yeux de tous se

seront accoutumés à l'imitation des formes réelles. On se rapprochera de

la nature tout en l'idéalisant: on sera vrai tout en reproduisant le

beau; et la peinture retrouvera peut-être ces grandes traditions du

seizième siècle où l'art s'est élevé si haut, qu'il semble se reposer

encore de cet effort gigantesque.

Ch. M.

Publications illustrées.

_Faits mémorables de l'Histoire de France_, par M. MICHELANT, précédés

d'une introduction de M. A. SÉGUR, et illustrés de 120 tableaux de M.

VICTOR ADAM.(2)

[Note 2: Un vol. grand in-8. Paris, 1844. Didier. 15 fr.]

M. Victor Adam conçut un jour l'heureuse pensée de composer 120 tableaux

sur les faits les plus mémorables de l'histoire de France, depuis la

lutte de sainte Geneviève et d'Attila jusqu'aux adieux de Fontainebleau.

Pour donner une idée à nos lecteurs de la manière dont il a exécuté ce

travail, nous mettrons sous leurs yeux un de ses dessins représentant

_l'entrevue de François 1er et de Henri VIII au camp du Drap-d'Or._ Les

120 tableaux achevés et gravés sur bois par nos meilleurs artistes, un

jeune écrivain de talent se chargea de les expliquer avec un texte

élégant et concis. Telle est l'histoire de ce beau volume, qui pouvait

avoir et qui a une véritable importance artistique et littéraire, et

qui, aussi intéressant à lire qu'à regarder, prendra rang cependant

parmi les plus utiles ouvrages illustrés que l'année 1843 aura vus

naître tout exprès pour les jeunes pensionnaires des deux sexes.

_Nouvelles et seules véritables aventures de Tom Pouce_, imitées de

l'anglais, par P. J. STAHL, 150 vignettes par BERTAL (2).

[Note 2: Un vol. in-18. Hetzel. 3 fr.]

La typographie et la gravure ont fait, depuis vingt années, de

merveilleux progrès. Quand nous étions enfants, on nous donnait comme

étrennes quelques gros volumes in-l2 en papier gris, mal imprimés, et

ornés--les éditeurs avaient l'audace de l'annoncer--de rares images dont

la gravure était aussi grossière que le dessin en était incorrect et

ridicule; du style, je n'en parle pas, et pour cause. Si ces deux arts,

qui semblent destinés désormais à se prêter un secours mutuel,

continuent à se perfectionner, l'imagination la plus vive et la plus

ingénieuse essaierait vainement de se représenter dès aujourd'hui les

étonnantes publications illustrées que nos petits-enfants auront le

bonheur d'offrir à leur jeune postérité, le premier jour de l'an de

grâce 1900.

Concevez-vous, en effet, un petit volume mieux écrit, mieux imprimé et

mieux illustré que les _Nouvelles et seules véritables aventures de Tom

Pouce_? Tom Pouce, ou _Tom Thumb_ en anglais, est, personne ne l'ignore,

le petit Poucet de l'Angleterre. Il jouit, chez nos voisins d'outre-mer,

d'une réputation digne de ses infortunes, de ses talents et de ses

vertus.

[Illustration.]

La France entière éprouvait depuis longtemps le besoin de connaître

l'histoire véritable de ce grand petit homme britannique dont elle avait

tant de fois entendu prononcer le nom. Grâces en soient rendues à MM.

Stahl et Bertal, ses désirs vont être satisfaits. Sous ce rapport, comme

sous tant d'autres, elle n'a plus rien à envier à sa riche et fière

rivale. Maintenant, Tom Thumb a deux patries.

Je ne vous révélerai pas, quant à moi, les Secrets de sa naissance;

sachez seulement que sa mère avait souhaite un enfant, ne fut-il pas

plus grand que le doigt.

[Illustration.]

Je vous le montrerai tout d'abord dans son berceau, un sabot neuf, au

fond duquel on avait mis un peu de ouate bien douce et bien chaude, pour

qu'il pût y dormir tout à son aise. Ce fut dans ce sabot qu'il grandit,

ou plutôt qu'il ne grandit pas. Mais si sa taille resta la même, son

intelligence fut si précoce que ses parents ne souhaitèrent jamais qu'il

fût plus grand.

Dès son bas âge, il se montra fort sage; sa mère le grondait rarement,

et encore était-ce bien doucement.

[Illustration.]

Il apprit de bonne heure à lire et à écrire. On eut quelque peine, il

est vrai, à lui trouver une plume assez petite pour qu'il put s'en

servir; enfin ou en vint à bout. Un jour, pendant qu'il écrivait un

compliment à sa maman, une puce vint l'attaquer. Il se vit obligé de

dégainer, car il avait une épée, et de tenir son ennemi en respect

jusqu'à ce que sa bonne mère accourût à son secours.

[Illustration.]

[Illustration.]

Pendant ses récréations, il s'amusait souvent à contempler un papillon

sur une rose.--Mais, hélas! il devint, connue beaucoup d'enfants envieux

et gourmand, et il paya cher ces défauts.--On verra dans son histoire

comment il tomba au milieu d'un pudding, puis au fond du gosier d'un

[Illustration.]

meunier, puis dans le ventre d'un poisson, et par quelle série

d'aventures il arriva enfin à la cour du roi Arthur, où il vécut

longtemps, tantôt favori, tantôt prisonnier. La fortune ne corrompit

point son coeur.--Il vint mourir aux lieux où il était né. Protégé par

une fée puissante, il obtint sa liberté, et un jour il apporta à ses

nous parents, qui le croyaient mort,

[Cinq illustrations.]

un louis d'or dont il avait eu le courage de se charger. Quand M. et

madame Pouce furent revenus de leur étonnement, leur bon et illustre

fils leur raconta ses aventures, que je ne saurais trop vous engager à

lire et à donner en cadeau à tous les petits enfants de votre

connaissance.

[Illustration.]

_La Chine ouverte_, aventures d'un Fan Kouei dans le pays de Tsin, texte

par OLD NICK, gravures par AUGUSTE BORGET (3).

[Note 3: Cinquante livraisons à 30 centimes.--Paris 1844. _Fournier_.

--Trois livraisons sont en vente.]

Ce titre a quelque chose d'effrayant... pour la Chine. Le grand empereur

dont _l'Illustration_ a récemment publié un portrait si ressemblant ne

pourra plus désormais empêcher les Barbares de dépasser la ligne de ses

frontières. De quelle utilité lui sont maintenant sa grande muraille et

ses 100,000 sentinelles tartares? MM. Old Nick et Auguste Borget nous

ouvrent à deux battants toutes les portes de son vaste royaume. Une

grande invasion se prépare. A cette immense et incroyable histoire, une

partie de la population de Paris s'est précipitée.... rue Saint-Benoît,

7, chez M. Fournier, où se distribuent, au faible pris de 15 fr., les

billets d'admission au Céleste-Empire. Déjà les faubourgs, s'agitent et

la province se met en marche. Avant la fin de l'année qui n'est pas

encore commencée, dix millions de Français auront pénétré dans le

Céleste-Empire, sous la conduite de MM. Old Nick et Auguste Borget.

[Illustration.]

Où trouverait-on d'ailleurs deux guides plus aimables, plus sûrs et plus

instruits? Le spirituel critique du _National_, l'habile rédacteur de la

la _Revue Britannique_, l'ingénieux auteur des _Petites Misères de la

vie humaine_, a fait ses preuves; vous le connaissez tous. Quant à son

collaborateur, M Auguste Borget, jeté par une tempête sur les rivages de

la Chine, il a passé six mois à Macao et en divers villages du littoral;

il a rapporté de ce voyage des collections, des dessins qui ont fait à

Paris l'admiration de tous les amateurs, et dont

[Illustration.]

MM. Rittner et Goupil ont publié une partie sous le titre de: _la Chine

et les Chinois_, enfin, il a exposé aux salons de 1842 et 1843 des

tableaux que sa majesté le roi Louis-Philippe s'est empressé d'acheter,

pour en orner les plus belles salles de son palais de Neuilly.--Ne

sont-ce pas là des garanties suffisantes? N'avons-nous pas le droit de

vous recommander, avant même qu'il ait paru, le livre illustré que

publieront par livraisons hebdomadaires, en 1844, MM. Old Nick et A.

Borget. En outre, leur intelligent éditeur ne mérite-t-il pas pleine et

entière confiance, et ne devons-nous pas croire ce que dit son

prospectus: «Ni les titres, ni les manuscrits, ni les renseignements

personnels n'auront manqué, par conséquent, à la composition d'un volume

qui, sous une forme légère, résumera une masse énorme de document

sérieux. Marco Polo, Mendoça, le père Alexandre, Spizelius, Kircher, les

Missionnaires, de Guignes, Harrow. Staunton, Clarke Abel, Timbowski,

Abel Rémusat, Davis, Stanislas Julien, Ad. Barrot, Downing, Kidd,

Gutzlaff, lord Jocelyn, et les rédacteurs du _Chinese Repository_, en

auront tourné chacun quelques pages; l'auteur les leur restitue comme il

le doit. L'éditeur, à son tour, promet que de tous ces livres, dont

quelques-uns sont bien vieux, sortira un livre vraiment nouveau.

Peut-être jugera-t-on que la Chine ouverte, la Chine renouvelée, ajoute

à un travail de ce genre tout l'attrait d'une publication de

circonstance; mais, avant comme après la paix de Nan-King, l'_Anacharsis

chinois_ était à faire. C'est ce qui va être tenté..

Comme spécimen des gravités de ce curieux ouvrage, nous donnons le

portrait d'un [illisible] et le vue extérieure d'un [illisible]--Que nos

abonnés ne nous demande aucun renseignements sur les habitants et les

chinoiseries que nous leur représentons, nous leur répondrons «La chine

est ouverte, allez vous embarquer rue Saint-Benoît, nº 7. Le voyage sera

long (il durera cinquante semaines), mais peu coûteux (trente centimes

par semaine), aussi agréable qu'instructif (MM. Old Nick et A. Borget

tiendront toutes leurs promesses), sûr (M. Fournier a-t-il jamais laissé

un ouvrage inachevé?), et, chose étrange, vous le ferez entièrement sans

quitter votre fauteuil, votre maison, votre femme et vos enfants. A de

telles conditions, qui ne partirait.... pour la Chine _ouverte_?

_Impressions de voyage de M. Boniface_, par CHAM (4).

[Note 4: Album.--Paris, Paulin. 3 fr.]

Qu'est-ce donc que M. Boniface, qu'il s'imagine avoir le droit de nous

faire raconter par M. Cham, au crayon et à la plume, _ses excursions sur

terre et sur mer, sur la tête et sur le nez_, etc., le _tout mêlé de

bosses et coloré de bleus et de noirs?_ M. Boniface, puisqu'il faut

l'avouer, est un proche parent de MM. Vieuxbois, Jabot et Crépin,

d'heureuse mémoire. Comme eux, il ne saurait prétendre à la réputation

d'un Adonis persécuté par la mauvaise fortune qui les a tourmentés; il

joue constamment un rôle moitié triste, moitié plaisant dans une longue

série d'incroyables aventures; enfin, à l'instar de. M. Vieuxbois, il

traîne toujours après lui un chien _fabuleux_. Pour le moment, M.

Boniface ne se présente à nous qu'en qualité de réfractaire de la 4e

compagnie du 3e bataillon de la 10e légion. Comme moi et comme vous

peut-être, cher lecteur, il a une horreur instinctive pour le service de

la garde nationale; il fait plus: non content d'avoir tressailli dans

son lit en recevant un billet de garde, ainsi que vous pouvez en

[Illustration.]

juger, il a résolu de s'affranchir de ce joug odieux, il s'exile

temporairement, il part pour la _perfide Albion_, avec son chien.--Je

ne vous raconterai pas toutes les petites misères qui l'accablent

pendant son voyage de Paris à Boulogne, il s'en console en admirant, par

les fenêtres du coupé, les belles campagnes de la Picardie.

[Illustration]

Pendant qu'il se livre à ce doux plaisir, une jeune villageoise lui

offre galamment, au bout d'un bâton, un bouquet âgé de deux mois à

peine.

[Illustration.]

La crainte d'être asphyxié par les parfums enivrant de ces fleurs des

bois, et du perdre son meilleur oeil, lui fait retirer sa tête. Mais, ô

fatalité! la jeune, et jolie villageoise, en retirant son bâton retire

le chien de M. Boniface qu'elle a accroché par l'oreille.

[Illustration.]

A peine débarqué à Boulogne, M, Boniface et son chien reçoivent deux

malles sur le dos, et se trouvent sollicités en

[Illustration.]

sens divers par plusieurs hôteliers d'aller habiter leurs hôtels.

[Illustration.]

Ils se hâtent de fuir cette ville trop hospitalière et s'embarquent pour

Douvres à bord du bateau à vapeur _le Sauteur_. Mais, hélas! jamais la

mer n'a puni avec une cruauté plus atroce un

[Illustration.] [Illustration.]

garde de la légion et son malheureux chien. Plus de trente dessins sont

consacrés à la représentation de l'affreux supplice infligé aux deux

coupable par l'élément vengeur. Le bâtiment s'avance vers Douvres d'_un

air si penché_, qu'à sa vue seule on comprendra les horribles douleurs

éprouvées pendant la traversée par M. Boniface, son chien et ses

compagnons d'infortune;

M. Boniface surtout s'abandonne à des contorsions dont son historien

retrace les accidents variés avec une fidélité à vous donner le mal de

mer. Il perdit même la présence d'esprit dont la nature l'avait doué, et

s'étant assis imprudemment sur une voile, il se trouve un moment hissé

par le fond de son pantalon au sommet le plus élevé du mat le plus haut

du navire.

[Illustration.]

Heureusement, _le Sauteur_ avançait toujours, et il jeta l'ancre dans le

port de Douvres, à la grande curiosité des naturels.

[Illustration.]

Ici s'arrêtent nos révélations.--Gardes nationaux accomplis, qui êtes

toujours aussi fidèles à votre compagnie qu'à votre compagne,

désirez-vous savoir à quelles épouvantables tortures M. Boniface fut

condamné à Londres pour avoir refusé de monter sa garde à Paris,

achetez le petit album que vient de publier M. Cham, et vous passerez,

je vous le jure, un joyeux quart d'heure. Le gouvernement devrait, en

vérité, souscrire à 80.000 exemplaires, et faire distribuer les

_impressions de voyage_ de l'infortuné réfractaire de la 4e du 3e de la

10e à tous ses camarades. Il pourrait ensuite fermer l'_hôtel des

Haricots_, supprimer les conseils de discipline, et abroger les

dispositions pénales de la loi sur la milice citoyenne. Tous les

récalcitrants iraient se jeter, comme le timide et repentant M. Boniface

(voir ci-dessus même colonne), aux pieds de leur sergent-major; et si,

comme M. Boniface, ils ne méritaient pas d'être élevés au rang de

caporal, ils deviendraient au moins des gardes nationaux modèles.

[Illustration.]

Modes.--Bijouterie.

Les armoiries ont reparu depuis quelque temps sur les panneaux de

voiture et sur les cartes de visite. On aime les titres, tout en ayant

l'air de les dédaigner, et le peuple le plus frivole de la terre partage

cette faiblesse avec d'autres nations et même avec les plus sérieuses du

monde, les Américains! Ces derniers n'ont pas de titres, mais,

entendez-les, ils pourraient tous en avoir; leur grand-père, aïeul,

était comte, baron, etc.

On aime les titres, on s'en fait gloire, et maintenant on s'en pare plus

que jamais. Les femmes de l'aristocratie ne pouvant avoir des robes de

velours, de gaze ou de satin, faites d'une manière qui établisse ligne

ligne de démarcation entre elles et les bourgeoises, se font faire des

bijoux, que nous nommerons armories.

Ainsi ce peigne, d'un travail élégant, est armorié de deux écussons

accolés; il réunit deux noblesses: c'est un peigne de mariage.

[Illustration.]

Dans un bal, lorsqu'on verra ce bracelet au bras d'une dame, on saura du

suite quel litre donner à la femme qui le porte, car la couronne de

baron s'y montre, malgré toutes les coquetteries dont l'orfèvre a brodé

le thème.

[Illustration.]

Ici, c'est un lion passant; il est entouré de petits détails d'un joli

travail. Nous supposons, par la grande simplicité de cette épingle, que

la pensée de la maison Morel, de laquelle sortent tous ces charmants

bijoux, a été d'y attacher à volonté des ornements qui garnissent le

devant du corsage.

[Illustration.]

La couronne de marquis, plus élégante de forme que celle de baron,

offrait un champ plus vaste aux ornements; aussi nous n'hésiterons pas à

proclamer ce bracelet supérieur en tous points.

Le porte-cigare est devenu indispensable: il remplace la bonbonnière de

nos grands-pères. Est-ce un tort? Je dirai oui, car la bonbonnière

prouvait des habitudes de société et des moeurs élégantes, et le cigare

prouve le contraire.

Nous serons plus indulgents pour la tête de cravache, parce que nous

n'avons pas à ce sujet de comparaison fielleuse à faire. En tous temps,

il y a eu des Nemrods de bonne compagnie et de brillants cavaliers.

Cette tête de cravache nous montre qu'aujourd'hui le luxe des détails

n'est point négligé; la tête de chien qui la termine est la vraie

armoirie du chasseur.

Nous finirons en faisant remarquer la grande simplicité de l'épingle, ce

qui nous semble de fort bon goût et en parfaite harmonie avec les

costumes de notre époque.

[Illustration: Bijouterie.--Epingles, Porte-Cigare et Cravache.]

[Illustration: Caricature.--Un garde national contrarié.]

Rébus.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS. Agamemnon, général des Grecs, fut

assassiné pendant son sommeil.

[Illustration: Nouveau rébus.]

L'Illustration, No. 0043, 23 Décembre 1843 · 第 17 / 17 题