CONSEILS UTILES.

Pour réussir, plusieurs précautions sont indispensables.

1° Le dessinateur fermera un oeil et regardera avec l'autre à travers

l'oculaire, en appuyant son front contre la latte.

2º Il faut que pendant tout le cours de l'opération, l'oculaire et par

conséquent la chaise qui le porte, le chevalet et la personne ou l'objet

que l'on dessine, restent parfaitement immobiles.

3º Avant de commencer le dessin, on s'assurera que l'objet que l'on veut

reproduire est en pleine, lumière, de manière à ce que ses contours

parfaitement nets et tranchés soient vus _distinctement_ à travers la

gaze. Pour obtenir cette netteté de contours, on aura recours à une

foule de petits artifices que l'usage enseigne; ainsi les objets blancs

seront placés devant un fond noir. Pour que les contours du collet d'un

habit ou d'un mantelet puissent être nettement aperçus à travers le

tissu, on placera dessous des feuilles de papier blanc; en un mot, on

fera en sorte que tous les contours soient parfaitement distincts. Avec

de l'habitude, on arrive aussi à reconnaître les contours avec l'oeil

qui ne regarde pas à travers l'oculaire, et lorsque cet oeil en a saisi

la configuration, celui qui regarde à travers l'oculaire les comprend

aussitôt.

4º Quand on dessine une personne, ou doit s'assurer constamment les

contours de l'esquisse coïncident avec ceux de la personne. Ainsi je

suppose que l'on ait déjà tracé un profil, savoir: le front, le nez, la

bouche et le menton, on ne commencera pas l'oeil avant de s'être assuré

que le front et le nez du modèle coïncident avec le contour de

l'esquisse. De même, avant de; commencer l'oreille, on examinera si

l'oeil dessiné recouvre exactement celui du modèle. Dès que ces contours

ne coïncident plus par suite d'un léger déplacement de la personne qui

pose, on l'invite à avancer ou reculer de manière à s'encadrer de

nouveau exactement dans l'esquisse; alors on continue, le dessin. Pour

obtenir l'immobilité, il est bon que la personne suit assise et la tête

appuyée contre le dossier d'un fauteuil.

5º Le fusain sera taillé très-fin; on appuiera très-peu, en ayant soin

de le tenir de façon à ce qu'il ne soit pas perpendiculaire au plan de

l'étoffe, mais incliné à ce plan. En tournant le fusain entre ses doigts

à mesure que l'on dessine, on aiguisera sans cesse sa pointe, et un

obtiendra un trait fin et délié.

6º Il est essentiel de finir toujours complètement la partie du modèle

que l'on dessine, afin de n'avoir plus à y revenir, sans cela ou oublie

certains détails qu'il serait plus difficile d'intercaler ensuite.

7º Le dessin terminé, on constatera une dernière fois que les contours

de l'esquisse coïncident tous avec ceux de l'objet réel; puis l'oil

quittera l'oculaire, et, sans rien déplacer, ou regardera le dessin que

l'on vient de finir, pour s'assurer qu'aucun détail n'a été oublié.

Si tout a été fidèlement reproduit, peintre et modèle peuvent changer de

place et de position; sinon, le modèle restant toujours immobile, le

dessinateur replace son oeil à l'ouverture de l'oculaire et dessine le

contour oublié. Pour réussir, il faut suivre scrupuleusement, naïvement,

les contours que l'on voit, quelque bizarres qu'ils paraissent. Ceux qui

savent dessiner doivent oublier leur savoir s'ils veulent reproduire ce

qui est, et non pas ce qu'ils croient voir.

L'Illustration, No. 0043, 23 Décembre 1843 · 第 11 / 17 题