LES FEMMES DE NOS MINISTRES

Mme ÉTIENNE CLÉMENTEL.

A la galerie des femmes de nos ministres, publiée dans son précédent

numéro, _l'Illustration_ ajoute aujourd'hui le portrait de Mme Etienne

Clémentel. Elle le présente sous la forme d'une exquise oeuvre d'art: un

buste dû au ciseau de Mathurin Moreau, et dont le nouveau ministre des

colonies a bien voulu autoriser la reproduction ici, consentant, dans

une pensée des plus délicates, à soulever les voiles d'un deuil intime,

afin d'associer publiquement à sa haute fortune politique une mémoire

très chère.

Le député du Puy-de-Dôme, en effet, est veuf depuis quelques années. Or,

son mariage se distingua de l'ordinaire par une particularité qu'il

convient de soustraire à l'ombre discrète de la vie privée: car elle

semble avoir exercé une mystérieuse influence sur l'orientation du futur

ministre, et ainsi elle prend actuellement un réel intérêt.

[Illustration: Buste de Mme Clémentel, par Mathurin Moreau.]

[Illustration: Les enfants de M. Clémentel et leur grand'mère.]

Etant notaire à Riom, M. Clémentel rencontra chez M. et Mme Roux, deux

excellents artistes, des compatriotes, une jeune fille accomplie, leur

nièce, qui, pour séduisante qu'elle fût au physique, n'offrait rien du

type arverne. C'était une fleur des tropiques transplantée sur notre

sol: née à Saigon, d'un colon français, M. Fournier, et d'une mère

annamite, elle avait été amenée en France par ses parents dès qu'elle

put supporter le voyage--elle avait alors _un an_. Devenue bientôt

orpheline, elle avait été adoptée par son oncle et sa tante. Elle

s'était acclimatée, développée, épanouie à leurs côtés, entre le

chevalet du peintre et la selle du sculpteur, devenant elle-même une

aquarelliste fort adroite. M. Clémentel l'épousa. D'une heureuse union

qui dura quatre ans, trois enfants naquirent; le dernier, hélas! ne

connaîtrait pas sa mère, brusquement enlevée au même moment où il venait

au monde, et,--le sort a de ces injustices cruelles,--l'homme politique

arrivé ne devait pas avoir la joie de partager toute sa destinée avec la

compagne, maintenant remplacée auprès des trois enfants par Mme Roux et

leur grand'mère, et qui ne survit plus à ses yeux qu'en souvenir et en

effigie.

Devant ce marbre que l'art du statuaire a presque animé par le caractère

et l'expression qu'il y a su mettre, on éprouve très vivement le regret

de ne pas voir Mme Etienne Clémentel au pavillon de Flore, où elle eût

été si bien à sa place, où, mieux que nulle autre, elle eût personnifié

la «coloniale», attestant de son aimable autorité féminine le pacte

définitif conclu entre la vieille Gaule et les races lointaines de

l'Orient, alliant le charme subtil de la fleur exotique à la grâce

souveraine de la rose française.

L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905 · 第 6 / 36 题