Dimanche dernier, pendant une nuit des plus splendides de l'été que nous
traversons, la ville d'Amiens était en fête; une solennité nautique y
avait attiré une grande partie des habitants du département de la
Somme... et autres circonvoisins. La belle promenade que Mlle de la
Hotoie a léguée à la ville, et qui porte son nom, était le théâtre où,
dans une naumachie improvisée, ont défilé pendant deux heures, devant la
foule charmée, des bateaux surmontés des créations les plus
fantastiques, illuminées en transparent, brillantes de lumières qui se
reflétaient dans l'eau qu'elles sillonnaient de longues traînées de feu.
Le lieu de la scène était, avons-nous dit, une naumachie improvisée.
Effectivement, au centre de cette belle promenade se trouvent deux
vastes prairies de 500 mètres de longueur, mises en communication avec
la rivière de Somme; au moyen d'un batardeau on les inonde, et ce qui
était dimanche un champ de courses nautiques sera, dans quelques jours,
fauché comme un simple pré.
C'est un singulier spectacle de voir ces temples, ces moulins, ces
pavillons, éblouissants de lumières, glissant majestueusement sur l'eau
qui les reflète, sans que rien vienne indiquer quel est le moteur qui
les met en mouvement. Il en est de cela comme des décorations de
théâtre, il ne faut pas voir l'envers de la toile.
La simple énumération des bateaux qui se sont présentés serait trop
longue pour trouver place ici; leur nombre était tel que nous n'avons pu
en représenter que quelques-uns parmi ceux que représentent notre
dessin, et, si nous avions fonctionné comme juré, nous aurions été bien
embarrassé pour décerner des prix aux plus méritants.
Ce que nous pouvons dire ici, c'est que tout le monde a rivalisé de
zèle, que nous avons entendu trois corps de musique excellents, une
fanfare de chasse produisant un effet ravissant sous ces frais ombrages,
et que le président de la Société du Sport nautique d'Amiens, M.
Vagniez, ainsi que le secrétaire, M. Dufétel, ont déployé pour cette
solennité un véritable talent d'organisation.
P. Blanchard.
Les tremblements de terre de la vallée du Rhône.
A la fin du mois dernier, une série de tremblements de terre s'est fait
sentir dans la partie de la vallée du Rhône située entre Valence et
Pierrelatte, et que borde une double chaîne de montagnes volcaniques,
qui heureusement gardent le silence depuis plus de cinquante siècles.
Les secousses ont commencé le 14, à 8 heures 40 minutes du soir, et se
sont fait sentir à Donzère et dans les communes environnantes. Le
lendemain et les jours suivants, oscillations sans importance. Le 19, à
4 heures du matin, nouvelle secousse, assez violente cette fois pour
causer beaucoup de dégâts et jeter l'épouvante parmi les populations. Si
à Montélimart on en fut quitte pour une douzaine de cheminées abattues,
il n'en fut pas de même à Châteauneuf-du-Rhône, jolie commune de 1300
habitants, située à 8 kilomètres plus au sud. Ici les dommages ont été
vraiment sérieux. Presque toutes les maisons ont été lézardées, surtout
l'église, assez compromise pour qu'on ait jugé prudent de cesser d'y
célébrer le service divin.
Notre premier dessin représente le triste aspect de la grande rue, après
la secousse. Ou a dû étayer toutes les maisons, et c'est aux aires ou
sous la tente que couchent les habitants. L'un d'eux, le menuisier
Métral, n'a dû la vie qu'à un heureux hasard. Une commande pressée
l'avait forcé de se mettre au travail un peu plus tôt que d'habitude. Il
venait de se lever quand tout à coup les solives du plafond, brisées par
la secousse, tombèrent sur son lit avec un pan de mur et l'écrasèrent.
C'est le sujet de notre second dessin. La même nuit des blocs de pierre
se sont détachés du haut de la montagne, au bas de laquelle court le
chemin de fer, et ont roulé sur la voie, qui d'ailleurs a été bientôt
débarrassée.
L'effet de la secousse n'a pas été sans importance non plus à Viviers,
situé en face de Châteauneuf, de l'autre côté du Rhône. La voûte du
choeur de la cathédrale s'est lézardée sur une longueur de 2 à 3 mètres;
la charpente de la toiture donne des inquiétudes, et un des clochetons a
été renversé. Ajoutons que les deux petits pavillons du pont suspendu
sur le Rhône, qui servent de logement aux receveurs, ont été fortement
ébranlés. Les dernières secousses ont eu lieu le 23 juillet, entre 2 et
3 heures du matin. Notons que le phénomène a été tout à fait local et
s'est produit dans un rayon d'une dizaine de kilomètres.
Ce n'est pas la première fois d'ailleurs que la même région a été
éprouvée par des tremblements de terre. Voici à quelles dates ils ont
été ressentis: 7 décembre 1605; 23, 24, 30 et 31 janvier 1773; enfin 10
mai 1782.