LES THÉÂTRES

Après le _Martyre, de Saint-Sébastien_, qui fut représenté, il y a deux

ans, au théâtre du Châtelet, M. Gabriele d'Annunzio vient de donner sur

cette même scène une nouvelle pièce, écrite en notre langue, dont il

connaît et met en oeuvre, avec un lyrisme abondant, toutes les

magnifiques ressources, _la Pisanelle ou la Mort parfumée_. Composée en

vers décasyllabiques et non rimes, cette comédie, qui compte un prologue

et trois actes, fait revivre une époque et une légende françaises, en

nous transportant au treizième siècle, dans l'île de Chypre, alors

gouvernée par le prince Huguet de Lusignan: la «Pisanelle», c'est une

jeune femme de Pise, faite prisonnière par des pirates, qui vient, ainsi

que l'ont annoncé les prédictions, délivrer l'île des maux dont elle est

accablée.

Mise en scène par M. Usewolod Meyerhold, des théâtres impériaux de

Saint-Pétersbourg, encadrée dans des décors aux colorations

audacieusement somptueuses de M. Léon Bakst, accompagnée d'une partition

due à M. Hildebrando da Parma, _la Pisanelle_ a obtenu auprès du public

parisien le plus chaleureux succès. On a beaucoup applaudi les

interprètes, au premier rang desquels Mme Ida Rubinstein et MM. de Max

et Joubé.

Au théâtre Antoine, reprise du _Baptême_, de MM. Alfred Savoir et

Nozières. Le succès de cette comédie, une des plus remarquables du

répertoire contemporain, ne se dément pas et durera longtemps. On sait

qu'elle met à la scène des juifs convertis au catholicisme et tirant

avantage de leur conversion pour élargir leurs affaires. Le sujet était

délicat à traiter. Les auteurs l'ont abordé sans parti pris; leurs types

sont heureusement campés; l'intrigue, claire, bien conduite, abonde en

traits d'observation. Parmi les interprètes, M. Lugné Poe et Mme Cheirel

ont été particulièrement applaudis. Le spectacle commence par _le Champ

libre_, un acte très divertissant de M. Jean Jullien.

Les Escholiers ont donné quatre pièces nouvelles qui composent un

spectacle varié. _Coup double_, de MM. Renouard et Le Clerc, est une

aimable bergerie sentimentale. _Le Tournant_, de M. Lionel Nastorg, fait

dialoguer d'autres amoureux avec philosophie à l'heure de la rupture.

_L'Épreuve d'amour_, de M. Grawitz, indique son sujet par son titre;

mais les amants ici portent le costume grec et s'expriment en vers.

Quant à la _Vraie Loi_, cette pièce se distingue par ses deux actes des

précédentes qui n'en ont qu'un; on y voit les enfants d'un homme qui se

tua, possédés à leur tour par la hantise du suicide. Pour la

représentation de ces oeuvres, les Escholiers avaient fait appel à

d'excellents artistes.

[Illustration: MARIÉ SANS LE SAVOIR, par Henriot.]

L'Illustration, No. 3668, 14 Juin 1913 · 第 49 / 50 题