Le dixième congrès international des femmes, qui s'était réuni à Paris,
vient de terminer ses travaux.
Si les premières féministes pouvaient aujourd'hui contempler leur
oeuvre, elles partageraient avec les doyennes du parti un étonnement
extrême: Mmes Vincent, Hubertine Aucler et d'autres «anciennes»,
vaillantes et simples, ont dû se croire transportées dans un monde
nouveau, au milieu de cette assemblée où furent représentées plus de
vingt nations, assemblée aussi féminine que féministe, élégante et
posée, où la sagesse présidait en personne derrière un bureau tout
fleuri de roses.
Beaucoup de vieilles dames, ayant évidemment passé l'âge de
l'inexpérience; quelques-unes bien charmantes sous les cheveux blancs,
n'abdiquant en rien leur dignité ou leur coquetterie de femmes et
servant avec esprit la cause qu'elles défendent: telles furent, pour ne
citer que celles-ci, Mme Siegfried, présidente du Congrès, et Mlle
Bonneval, présidente de séance.
D'autres, plus jeunes, ardemment convaincues, exposent leurs travaux
avec mesure, une mesure qui, parfois, paraît de la froideur et empêche
les idées de passer «la rampe», exception faite cependant pour Mmes
Séverine et Maria Vérone, dont l'éloquence communicative enthousiasme
les congressistes.
Lady Aberdeen, ex-vice-reine des Indes, présidente d'honneur, apportait
avec l'autorité de son nom la grâce aristocratique de sa personne; Mme
Cruppi parlait avec une compétence que sa distinction faisait
particulièrement apprécier; Mme Avril de Sainte-Croix se signalait par
son activité et son bon sens positif qui lui fit lancer cette boutade:
«Commencez par faire respecter les lois que vous avez, avant d'en
demander d'autres.»
Et, dans une harmonie parfaite, ce congrès s'est déroulé, sans heurt,
sans déclaration outrancière. A peine sentait-on, par instant, poindre
ce sentiment indéfinissable qui ressemble de loin à la jalousie,
sentiment si accentué dans les assemblées masculines, mais qui, chez les
femmes, pourrait bien n'être qu'une généreuse émulation.
Les travaux présentés formaient un ensemble considérable embrassant des
questions multiples: hygiène, travail, sciences, politique, etc., le
tout traité avec une raison indiscutable.
La section du suffrage offrait un intérêt particulier: on attendait, on
espérait peut-être des manifestations ridicules. Cette sympathique
curiosité a été déçue; Mme Maria Vérone, s'abstenant de tout commentaire
personnel, a simplement rappelé les réformes utiles réalisées par les
femmes dans les pays, déjà nombreux, où elles sont électrices et
éligibles.
En Amérique et en Océanie, le sort des ouvriers s'est fort amélioré
depuis que les femmes votent. Partout les électrices ont fait adopter
des lois importantes pour l'éducation morale; elles combattent tout ce
qui déprave l'homme et la femme et, par suite, atteint l'enfant; elles
mènent une guerre sans merci contre l'alcoolisme et elles ont obtenu des
résultats extraordinaires en faisant interdire les débits d'alcool ou
limiter leur nombre. C'est ainsi qu'en Suède on compte actuellement un
débit pour 5.000 habitants au lieu de 1 pour 400 habitants il y a
quelques années; en Norvège on ne trouve pas plus d'un cabaret pour
20.000 habitants; en Islande l'alcool est prohibé, l'alcoolisme a
presque disparu en Finlande. Au Wyoming, où les femmes votent depuis
vingt-cinq ans, il n'y a plus d'asiles d'indigents, les prisons sont
presque vides et les crimes sont devenus très rares.
La question de la paix est ainsi noblement posée par les congressistes;
quels sont les moyens propres à éveiller dans les jeunes consciences
l'amour de la justice et le respect du droit des peuples?
Enfin Mme Maria Vérone lance cet appel éloquent qui précise le véritable
point de vue du féminisme sérieux, trop souvent défiguré par ses
adversaires: «Féministes de tous pays, nous devons lutter pour que les
femmes obtiennent partout l'émancipation politique, on considérant cet
affranchissement non point comme un _but_, mais comme un MOYEN de
réaliser notre programme, comme une étape nécessaire vers le progrès.
Alors seulement il nous sera permis d'entrevoir un avenir meilleur pour
ceux qui nous suivront, d'espérer que désormais la justice et le droit
régneront dans la famille consolidée, dans la nation régénérée, dans
l'humanité tout entière fraternellement unie.»
[Illustration: DANS LE MONDE DES SCORPIONS.--Une mère qui dévore ses
petits. Elle en tient un dans sa bouche et en a déjà saisi deux autres,
un dans chaque pince. _Collection de M. Chiarelli, à
Biskra.--Photographies Bougault._]
[Illustration: Scorpion avalant un de ses congénères. On ne voit plus,
de la victime, que les trois dernières phalanges de la queue et le
crochet venimeux sortant de la bouche du mangeur.]
[Illustration: A la Chambre de Manille: les députés philippins en
séance.]