LE FIEF D'ESSAD PACHA

A Durazzo, ordre parfait. Essad pacha y a institué un conseil de 6

notables, 3 musulmans, 3 orthodoxes, présidé par son cousin Hamid bey

Toptani.

Beaucoup de soldats turcs sont demeurés là, vivant dans la détresse sans

que personne se soucie d'eux, ni d'assurer leur rapatriement. Quant aux

soldats albanais, ils ont été licenciés et renvoyés dans leurs foyers.

Hamid bey me donne un gendarme d'escorte, en uniforme turc, pour

m'accompagner à Tirana, centre de l'influence de la famille des Toptani

qui prétendent descendre de Scanderbeg et dont Essad pacha est le chef.

Les paysages qui bordent la route de Durazzo sont riants et fertiles,

vergers, prairies, bosquets. Les églantines, les clématites, les jasmins

en fleur parfument la brise de mer. Les paysans s'arrêtent, demandent

qui je suis, puis saluent et disent à mon drogman «Qu'il écrive bien de

l'Albanie!»

Tirana a un charme indescriptible. Protégée au nord par de hautes

montagnes, elle est enfouie dans la verdure de ses platanes, de ses

mûriers, de ses cyprès et d'innombrables jardins où se mêlent l'oranger,

le citronnier, les lauriers et les myrtes. Partout de l'eau, des sources

et des cascades.

L'Illustration, No. 3668, 14 Juin 1913 · 第 26 / 50 题