A L'ACADÉMIE DE FRANCE A ROME

Depuis une semaine, le nouveau directeur de l'Académie de France à Rome,

M. Albert Besnard, a pris possession de ses fonctions: une simple et

touchante cérémonie a consacré la transmission des pouvoirs, et groupé

une dernière fois, pour de mélancoliques adieux, autour de M. Carolus

Duran, les pensionnaires de la villa Médicis.

Certes, nulle nomination ne pouvait être accueillie avec plus de faveur

que ne l'a été celle de M. Albert Besnard; mais M. Carolus Duran était

adoré des jeunes artistes auxquels, depuis huit années, il consacrait

ses soins dévoués, prodiguait les conseils, donnait l'affection d'un

coeur toujours généreux. Aussi de quelles attentions on l'entourait!

Avec quelles prévenances on s'efforçait de lui adoucir une tâche

devenue, surtout depuis la mort de Mme Carolus Duran, bien lourde à ses

épaules! On ne le laissait pas sortir en ville sans sa garde d'honneur,

que formaient deux ou trois pensionnaires. Et c'était un spectacle

touchant que de voir ce beau vieillard, tout chenu, au masque si plein

de caractère encore, cheminant par les rues sous la protection de ces

jeunes gens empressés, déférents, filiaux pour tout dire.

Ce fut le mercredi 4 juin, que M. Albert Besnard arriva à la villa pour

prendre possession de sa charge. A peine débarqué à Rome, il avait reçu

la visite de M. Robert Vaucher, notre correspondant, venu le saluer au

nom de _L'Illustration_, et, dès les premières minutes de l'entretien,

s'était révélé ambitieux de conquérir ce même cordial attachement

qu'avait si bien su s'attirer M. Carolus Duran.

Le nouveau directeur fut présenté par son prédécesseur aux pensionnaires

dans le grand salon de la villa. Mme Albert Besnard l'accompagnait.

D'une voix que l'émotion fit bientôt défaillir, M. Carolus Duran

s'efforça de dire combien les sympathies que lui avaient montrées ces

«hommes de coeur» qu'il allait quitter lui avaient été précieuses.

L'allocution se termina dans une accolade: les deux grands artistes, le

directeur d'hier et celui de demain, tombèrent dans les bras l'un de

l'autre.

L'Illustration, No. 3668, 14 Juin 1913 · 第 15 / 50 题