(A) La description des tombeaux de l’église de Sainte-Marie,
dépouillés de leurs ornements par don Pèdre, m’a paru intéressante
pour l’archéologie, et je la donne ici d’après une notice manuscrite
de l’année 1345, rapportée par Zúñiga, qui l’avait tirée de la
bibliothèque du comte de Villahumbrosa :
« Qui voudra savoir comment sont honorés le roi don Fernand le Bon,
saint qui gagna Séville, et la reine doña Beatriz sa femme, et le roi
don Alphonse son fils, en la chapelle de la sainte et noble église de
Sainte-Marie à Séville, comme aussi des richesses d’or et d’argent et
de pierres précieuses, en oiront ci-dessous le récit.
« Ils sont représentés comme personnes naturelles devant l’image de
Notre-Dame, là où sont leurs sculptures, toutes couvertes d’argent avec
insignes de châteaux et de lions, d’aigles et de croix, lesquelles sont
devant les rois et devant la reine.
« Premièrement, se voit l’image de Notre-Dame, qui paraît vivre en
chair et en os, avec son fils au bras, en un tabernacle plus haut que
ne sont les rois, grand à merveille, tout couvert d’argent, et notez
que l’image de Notre-Dame est faite par art mécanique, si, qu’on la
lève et l’assied quand on la veut vêtir, elle et son fils. Et leurs
draps sont de cramoisi, manteaux courts et longs (_mantos, pelotes_)
et robes ; et l’image de Notre-Dame a une couronne d’or en laquelle
sont force pierres trop grosses, ce sont saphyrs, rubis, émeraudes et
topazes. Pareille couronne a son fils, et dit-on que les deux coûtèrent
au roi don Alphonse plus d’un million.
« Or, à l’image de Notre-Dame, en un doigt se voit un anneau d’or, où
est enchâssée une pierre de rubis, tant grosse comme une aveline, et
l’on conte que dans le tabernacle et sur l’image de Notre-Dame, et
celle de son fils, il y a bien dix mille marcs d’argent, esquels sont
ensertis jusques à deux mille pierres, que saphirs, rubis, émeraudes,
topazes et autres précieuses, mais assez menues pourtant la plupart.
« Item, tout en haut, sur la couronne de Notre-Dame, sont quatre
pierres d’émeraudes en carré, grosses chacune comme une châtaigne, et
au-dessus un rubis gros comme une noix, et quand on ouvre ce tabernacle
la nuit, tant obscure qu’elle soit, lesdites pierres reluisent comme
chandelles ardentes. Devant l’image de Notre-Dame, au bas, il y a
trois tabernacles tous couverts d’argent, tous pareillement semés de
châteaux, lions, aigles et croix, où sont les figures des rois. A la
main gauche de l’image de Notre-Dame, dans sa chaire, est le bon roi
don Fernand assis en sa chaire, et de l’autre côté la reine Beatriz
assise aussi en sa chaire, toutes lesquelles chaires sont couvertes
d’argent. Les trois sont vêtues de leurs grands manteaux et robes, et
dit-on qu’en dessous ont leurs chemises et toiles de dessous. Le roi
don Alphonse à une couronne d’or avec force pierres précieuses. En sa
main il tient un bâton d’argent avec une colombe, et en la gauche une
boule d’or avec une croix. Au milieu est le roi don Fernand son père,
séant en sa chaire d’argent.
« Sur la tête ledit roi don Fernand a une couronne d’or et de draps
précieux comme les autres susdites, et en la main droite tient une
grande épée, en laquelle il y a comme on dit grande vertu, et est celle
dont il gagna Séville. Ladite épée au pommeau a un rubis gros comme est
un œuf, et à la croix de l’épée est une émeraude fort verte. Ceux qui
se veulent guérir d’un mal qu’ils ont, baisent ladite épée, et soudain
sont guéris. En sa main gauche tient le fourreau de l’épée où sont
enchâssées force pierres précieuses. Enfin la reine Beatriz est vêtue
de drap bleu, ayant en tête une couronne d’or avec quantité de pierres
précieuses, et semble la plus belle femme du monde.
« Les trois sont assis en leurs niches ou tabernacles, assis sur leurs
chaires d’argent, avec leurs sépulchres au devant, tous couverts
d’argent, avec cierges allumés, où se brûle de jour et de nuit mainte
arrobe de cire, et au-dessus quatre lampes d’argent allumées de jour
comme de nuit.
« De tout ce que dessus ont soin six hommes à ce commis, et là, chaque
jour on dit sept messes ; et le tout se paie par une rente qui est de
40,000 maravédis.
« Le présent mémoire est tiré d’un livre de Herman Parez de Guzman qui
fut écrit l’an de l’ère 1383 (1345), il y a deux cent vingt-cinq ans,
et fut extrait le 15 juillet 1570. »
Zúñiga, _Anales de Sevilla_, tome II, p. 143.
(B) Passeport du roi d’Aragon, donné à Gonzalo Mexia, intermédiaire du
comte de Trastamare auprès de don Fadrique.
Don Pedre por la gracia de Dios, rey d’Aragon, etc., a los nobles et
amados richos hombres e cavalleros d’Aragon et al Regiente l’oficio de
la dita governatio et a todos justicias, jurados y otros oficiales et
subditos nuestros a los quales las presentes pervendran, salutem et
dilectionem. Sabet que Gonçalvo Mexia de Ponte deve ir de mandado del
conde de Trastamera al maestre de la orden de la cavalleria de Sent
Jago su hermano por algunos afferes ; por que nos, con la presente
guiamos et asseguramos el dito Gonçalvo Mexia con todos aquellos assi
de cavallo como de pie que iran y vernan con el dito Gonçalvo Mexia,
assi que por nos ni por vos ni por algun oficial o subdito nuestro non
puedan seer presos ; ni danyo alguno les pueda seer dado ni feyto en
iendo e viniendo una o muytas vegadas del dito conde al dito maestre
e del dito maestro al dito conde, ni estando con el dito conde, en
personas ni en bienes, ante puedan venir, estar, et tornar salvament
e segurament, cessando toda inquietation, por que a vos e a cadauno
de vos dezimos et mandamos expressament quel dito guiatge guardedes
et observades e tengades firmament sin contradiction alguna. Dada en
Caranyena a xxviij dias andados de deziembre en el anyo de la Natividat
del nuestro Senyor MCCC. L. VII. Rex Petrus.
(C) Romance du maître don Fadrique.
J’étais là bas à Coimbre,[654] je venais de la gagner, quand lettres me
sont rendues du roi don Pèdre mon frère : que j’aille voir les tournois
qui se préparent à Séville. Moi, Maître à la triste aventure, moi,
Maître malheureux, j’en pris treize sur des mules, vingt-cinq sur des
chevaux ; tous ont chaînes d’or et jupon de brocart. Voyage de quinze
jours, en huit est terminé. En passant un ruisseau, en le passant à
gué, ma mule tombe avec moi, mon poignard doré est perdu ; mon page se
noie, entre tous le plus privé, serviteur de ma salle, toujours de
moi choyé. Avec telles disgrâces à Séville je suis arrivé. Devant la
porte de Macarena, je rencontrai un clerc tonsuré, ni n’avait point
encore chanté messe : — « Dieu te gard’, Maître ; Maître, sois le bien
arrivé. Aujourd’hui, un fils t’est né ; aujourd’hui il accomplit ses
vingt-un ans, et, s’il te plaît, Maître, retournons pour le baptiser ;
moi je serai le parrain, toi, Maître, seras mon compère. — Alors parle
le Maître, écoutez bien ce qu’il va dire. — Point d’affaires, mon
compère, point d’affaires aujourd’hui. Je viens voir ce que me veut le
roi don Pèdre, mon frère. » Un coup d’éperon à ma mule, me voilà dans
Séville. Sur mon chemin, point de tapisseries, point de chevaliers
armés. Je m’achemine à l’Alcazar du roi don Pèdre mon frère. Dès que
la porte est passée, la porte se referma. Ils m’ôtent mon épée que
j’avais à mon côté ; ils m’ôtent la compagnie qui m’avait accompagné.
En voyant cela, mes gens m’avertissent de trahison. « Sortez, sortez,
nous vous mettrons en sûreté. » Moi, qui étais sans faute, de rien
je n’ai cure. J’entre dans la chambre du roi don Pèdre mon frère. —
« Dieu vous gard’, bon roi, et tous jusqu’à la fin. — A la male heure
vous venez, Maître ; Maître, soyez le mal venu. Onc ne venez nous
voir, sinon une fois l’an, et cette fois que venez, Maître, c’est à
contre cœur ou par ordre. Votre tête, Maître, c’est étrenne que j’ai
commandée. — Que dites-vous, bon roi ? jamais vous ai-je desservi ?
Onc vous ai-je laissé en bataille ou combattant avec les Maures ? —
A moi, mes portiers, faites ce que j’ai commandé. » Il l’avait dit à
peine, on lui coupe la tête. Sur un plat, on l’envoie à doña Maria de
Padilla, qui lui parle de la sorte comme si vivante elle fut encore.
Telles paroles lui dit-elle, ainsi devise la dame : Tu as le loyer
traître, d’antan et d’aujourd’hui, et du mauvais conseil que donnas au
roi don Pèdre ton frère. — Elle la prend par les cheveux et la jette à
un dogue. C’est le dogue du Maître. Il la met sur l’estrade.[655] Aux
hurlemens qu’il fait tout le palais a retenti. Le roi demande « Qui
fait du mal à ce dogue ? » Tous ont répondu, tous qui en sont marris :
« Il en a à la tête du Maître votre frère. » Alors parle une sienne
tante, tante elle était de tous les deux : « Que mal l’avisâtes, roi ;
roi, que mal l’avez avisé, quand pour une fausse femme tel frère avez
fait tuer ! » Elle avait dit à peine, que le roi en fut marri. Il s’en
fut à doña Maria et de la sorte a parlé : — Prenez-la, mes chevaliers,
mettez-la sous bonne garde, je lui donnerai tel châtiment que tout le
monde en parlera. — En prison bien obscure soudain la fit enfermer.
Lui-même lui porte à manger, lui-même et de sa main ; il ne la confie
à personne, sauf au page qu’il a nourri.
(D) Instructions données au comte de Trastamare :
Capitols feytos por part del senyor rey sobre aquello quel conte
de Trastamera ha de fazer por el dito senyor rey en caso quel dito
conte use de la procuracion que se ha feyto en los casos siguientes.
Tarazona, Ir dia de marzo MCCCLX.
Primerament. Quiere el dito senyor que en caso quel dito conte, como a
proçurador del dito senyor rey, obligar el dito senyor rey de non fazer
paz ni abiniencia con el rey de Castiella sin aquellos que tomaran
su voz, et que asi mismo faga obligar aquellos, que non faran paz ni
abiniencia con el rey de Castiella sin voluntat e consentimiento del
dito senyor rey.
_Item_. Que aquellos que tomaran voz con el dito conte por servicio del
dito senyor rey, no obedecerem al dito rey de Castiella tro que haya
feyta paz ferma con el dito senyor rey e sus vasallos e valedores.
_Item_. Si al dito conte parecerà que las ditas cosas o algunas de
aquellas non sean fazederas, ó non las podiesse acabar, en aquello
caso fiziesse el en su nombre sus posturas con los sobreditos en la
dita forma, o como à el serà, con condiciop quel dito conte sea tenido
de servir al dito senyor rey con aquellos conque avrà feyto las ditas
posturas e fazer guerra e paz con el contra el dito rey de Castiella.
(E) Extrait du jugement du légat Guy de Boulogne sur la sentence de
trahison rendue par don Pèdre contre don Henri, Pedro Carrillo et Gomes
Carrillo :
... Rex Castelle predictus non erat nec fuit judex Comitis, Petri, et
Gomecii predictorum, nec in ipsorum personas, temporibus processuum
et sententiarum præfatorum, ullam penitus habebat superioritatem, cum
Comes, Petrus et Gomecius supra dicti eo tunc ferent et essent subditi
homines et vassalli regi Aragonie, et intra limites dominacionis regis
ipsius sua certa continua et notoria domicilia obtinentes ; et si
unusquisque, Comes, et alii, ratione originis et extractionis, à domino
rege Castelle tenuisse dicatur ipsius fuerant subditi seu vassalli,
nihilominus ipsi omnes, ante præfatos sententiam et processus, ad
habundantiorem cautelam se expediverant et desnaturaverant ab eo
cum publicis instrumentis, et aliis servatis solemniis in talibus
consuetis, et prout de more patrie et secundum leges Ispaniæ, ex
causis legitimis ipsis licuit et ab ejus dominacione et superioritate
qualibet discesserunt omnino ; et ubi intra districtum dicti regis
Castelle pretendantur criminalia aliqua commisisse, nihilominus tamen,
evidenter apparebat nullitas sentenciarum prædictarum et injusticia
eorumdem ; cum dicti Comes, Petrus et Gomecius in districtu regis
ejusdem inventi non fuerint, nec ad ilium de more remisse. Insuper,
licet rex Castelle in sentencia vel sentenciis de quâ vel quibus
super fit mencio, illam suæ præfatæ declarationis causâ nitatur
pretendere, quod saltem in villa Tauri, dicti Comes, Petrus et Gomecius
contra eum cum aliquibus aliis conjuraverunt, et ipsum captivari
fecerunt, et interficere voluerunt, et quædam alia commiserunt, de
illis, tamen judicialiter contra eos informationem recipere, sibique
aliter légitime constare non potuit, ipsis non auditis, et penitus
indefensis, amota defensione, quæ eisdem de jure competit naturali ;
quæ et si vera fuissent, tamen illa omnia et singula et alia crimina
et delicta, quæcumque per eos commissa fuerunt, eis remissa plenarie
per dictum regem Castelle, qui super eis ipsis suas concessit cartas
seu litteras, sua bulla plumbea et manus propriæ annotatione munitas.
Præterea, sententia à dicto rege Castelle perlata non valere potuit,
cum ipse rex excommunicationis sententia, in eum per dictum dñm
cardinalem Guillelmum tunc in regno Castelle legatum apostolice
sedis, ut premittitur, lata, et demum in locis pluribus solemniter
publicata, et aliis excommunicationum sentenciis esset multipliciter
irretitus ; certum, Comes, Petrus et Gomecius predicti, nullo modo
per regem Castelle fuerunt ad premissa citati, nec citatio, si quam
forte rex ipse per edictum, vel aliter, intra dominii sui limites
fecisse dicitur, artare potuit predictos, utpote longe ante ab ipso
rege Castelle et regnis suis et dominio solemniter desnaturatos et
expeditos, et dicti regis Aragonie et regnorum suorum subditos et
vassallos efectos, et in ipsius regnis et terris continue et notorie
commorantes et lares foventes, presertim, tempore dictorum processuum,
et ante et post, extra regis Castelle districtum et territorium
constitutos, dictoque rege Aragonie, ordinario judice Comitis et
predictorum, per prefatum regem Castelle qui ipsos citaret, vel citari,
aut remitti ad eum faceret, minime requisitos ; et ubi citati legitime
extitissent coram rege Castelle ipsorum notorio inimico, et qui tunc de
proximo, Comitis et Petri predictorum, germanos detestabiliter occidi
fecerat, ipsumque Comitem et dictos Petrum et Gomecium persequebatur
odio capitali, necnon et grandi et copioso exercitu, tempore processus
et sententie prefatorum, notorie et consulto, et mortem ipsorum,
ut verosimiliter presumebatur, summo desiderio sitienti, apud locum
dominationis sue qui ipsis non poterat non suspectus comparere,
minime debuerunt, nec tenebantur consistorii tale subire judicium,
in suorumque hostium reponere manibus, at ad mortem per violentant
injuriam, non per justiciam inferendam, ultroneos se offerre ; sicque,
sentencia dici non meruit quæ a prefato rege, qui per dictos Comitem,
Petrum et Gomecium secure adiri non potuit, et in loco notorie non
tuto, in ipsos absentes nec citatos legitime et inauditos, et per
consequens, indefensos, de tantis presertim criminibus, extitit
promulgata. Quodque premissa omnia contra treugam, tractatum et
convenciones habitas et factas coram cardinali prefato, ipsiusque
statutum et excommunicationes et sententias latas in ipsum regem
Castelle, ut præmittitur, per ipsum attemptata, patrata extiterant
et commissa, erantque et fuerant sentenciarum et processuum regis
Castelle prefatorum temporibus, et regnis et terris prefatis, et alibi
sint manifesta, publica et notoria quod nulla poterant tergiversatione
celari, prout hec et alia superius fuerunt proposita coram nobis :
Nos, etc., sententiam et processus, etc., pronunciamus esse nullos,
irritos et inanes, nullumque debere vel debuisse sortiri efectum, etc.,
ipsosque cassamus, revocamus et annullamus, etc.
Pampilonie, XV kal. sept., pontificatu serenissimi in Xº Patris et Dñi
ñri dñi Innocentii div. provid. pape sexti anno nono.
Même sentence est rendue à l’égard de l’infant d’Aragon par les mêmes
considérants, et de plus parce que ce prince est notoirement sujet
aragonais. Même date.
(F) Romance de Blanche de Bourbon.
« Doña Maria de Padilla, ne soyez point si triste, vous. Si je me
mariai deux fois, ce fut à votre profit, et pour montrer mon dédain
à cette Blanche de Bourbon. Je l’envoie à Medina Sidonia pour m’y
ouvrer une bannière ; le fond, couleur de son sang, la broderie, de
ses larmes. Cette bannière, doña Maria, je la ferai faire pour vous. »
Aussitôt il appelle Iñigo Ortiz, un prud’homme renommé ; il lui dit
d’aller à Medina pour finir l’œuvre commencée. — Non ferai, sire ;
qui tue sa dame, est félon à son seigneur. — Le roi, irrité à ce mot,
est entré dans sa chambre. Il appelle un arbalétrier à masse et lui
fait son commandement. L’arbalétrier va chez la reine et la trouve en
oraison. Elle vit l’arbalétrier, elle vit sa triste mort. Il dit :
— Madame, le roi m’envoie ici pour que mettiez ordre à votre âme
avec celui qui l’a créée. Votre heure est venue et je ne saurais
l’allonger. — Ami, dit la reine, je vous pardonne ma mort. Si le roi
mon seigneur l’ordonne, faites comme il a commandé. Mais qu’on ne me
refuse pas la confession pour que je puisse demander pardon à Dieu.
Ses larmes et ses sanglots attendrissent le massier. Lors, d’une voix
faible et tremblante, elle se prit à dire : « O France, mon noble pays !
ô mon sang de Bourbon ! aujourd’hui j’accomplis mes dix-sept ans, je
vais sur dix-huit. Le roi ne m’a point connue. Je m’en vais avec les
vierges. Castille, dis-moi, que t’ai-je fait ? Je ne t’ai point trahie.
Les couronnes que tu me donnas sont couronnes de sang et de soupirs ;
mais une autre m’attend au ciel qui sera de plus grand prix. » Elle
achevait ce propos quand le massier la frappa ; la cervelle de sa tête
est semée par la salle.
(G) Convention de Monzon.
El rey de Aragon :
Prometemos à vos don Anrich conte de Trastamerra queus ayudaremos a
conquerir el regno de Castiella bien e verdaderament, con condicion que
nos dedes e siades tenido de dar en franco e libero alou con regalias
de rey la seysena part de todo lo que conquerredes en el regno de
Castiella en aquella part ho partes que nos estiéremos personalment ho
por otro. E assi como nos vos somos tenido dayudar a conquerir el dito
regno, assi vos siades tenido à nos ayudar contra todo hombre, e encara
con lo que avredes conquerido e seer amigo de nuestros amigos e enemigo
de nuestros enemigos. Escripta de nuestra mano en Monçon, al zaguer dia
de Março l’anyo 1363. — E yo el conde don Enrique prometo a vos, senor
Rey, que compliré de bonamient todo lo que vos e de complir segunt
dessuso y e por vos dito. Escripta de mi mano, el dia dessuso dito.
Rex Petrus — Yo el Conde.
(H) Traité de Benifar :
In nomine sancte et individue Trinitatis, Patris et Filii et Spiritus
sancti, amen. — Dum grandia et innumerabilia dona mihi collata per
vos, serenissimum principem et dominum nostrum, dominum Petrum Dei
gratia regem Aragoniæ, Valentiæ, Majoricæ, Sardiniæ et Corsicæ,
comitemque Barchinonis, Rossilionis et Ceritaniæ, considero ego
humilis subditus et vassalus vester Henricus comes Trastamaræ ;
dum conspicio me per vos hereditatum in dominatione vestra sic
notabiliter, villis et castris, quæ et quas mihi dedistis ; dum
attendo vos me non ut vassallum set (sic) ut servitorem et socium
in omnibus pertractare ; nam vestri solita clementia pro MVCC
equitibus et M peditibus de stipendio per vos dari solito, mihi
mandastis continue responderi ultra plures gratias quas mihi facitis
incessanter, tantum reputo me dominationi vestræ obligatum, quod nec
video nec imaginare possum unde possim pro tantis beneficiis vestre
Celsitudini vice consimili respondere. Igitur, predictis prospectis,
et prospecto, inter vos dominum regem et me fuisse tractatum ut, vos
dominus rex, cum certis viris, equitibus et peditibus, et ego cum
meis familiis, intremus regnum Castellæ pro invadendo, adquirendo
et occupando regnum istum (sic), seu illam partem ejusdem quam
poterimus, prout Dominus ministrabit ; cujus prætextu intrare, vos
dictum dominum regem infinitos sumptus facere oportebit ; tenore
presentis qui dignum existit et consonum racioni, ut ex quo in
conquista hujusdem bona vestra innumerabilia et subditorum vestrorum
expendendre habetis, commodum et profectum, dante Domino, possitis
assequi et habere, dono donacione irrevocabili inter vivos, vobis dicto
domino, domino regi, ac vestris, perpetuo, totum regnum Murciæ cum
civitatibus, villis, oppidis et castris in eodem regno existentibus,
necnon civitates ac villas subscriptas : Requenam, Otiell, Moya,
Canyet, Concham, Molinam, Medinam Celim, Almazanum, Soriam, Agredam,
cum universis et singulis aldeis dictarum civitatum et villarum et
uniuscujusque earum, videlicet regnum predictum ac civitates et villas
subscriptas cum comitatibus, vicecomitatibus, si qui sunt, cum rochis,
fortaliciis eorumdem, domibus, turribus et aliis quibusvis juribus,
portubus maris, ripariciis, comitibus, vicecomitibus, comitoribus,
vervassoribus et baronibus seu richis hominibus, militibus, dominabus,
civibus, burgensibus, hominibus et feminis cujuscumque status seu
preheminenciæ sint, christianis, judæis et sarracenis, in predictis
regno, civitatibus, villis, aldeis, oppidis, castris et locis predictis
habitantibus et habitaturis, et cum omni cognitione pacis et treugæ,
mero et mixto imperio, ac omni modo jurisdictione civili seu criminali,
alta vel baxa, cum saliciis, piscationibus, venationibus, mineriis,
trobis, fluminibus, vectigalibus et aliis exitibus et proventibus
quibuscumque, molendiniis, furciis, questiis, subsidiis, adimprivis,
serviciis realibus vel personalibus et eorum redemptione, monetatito,
conis, albergis, feudis, feudatariis, potestatibus et emporiis, et cum
omnibus aliis juribus in dictis regno, civitatibus, villis, castris,
opidis et locis pertinentibus cuicumque, qui fuit, est, vel erit rex
Castellæ. Hujusmodi vero donacionem facio vobis dicto domino, domino
regi et vestris perpetuo ; si per me in regna Castellæ, vel major
pars, eorumdem (sic) cum vestri adjutorio fuerint adquista ; et quia
ad presens ego non habeo nec possideo aliquid ex predictis, nec jus
aliquid mihi competit in eisdem, et ob hoc posset dici quod hujusmodi
donatio nullius existit efficaciæ seu valoris, quia tum cum vestri
adjutorio quam cum serenissimo principi domino Karrulo regi Navarre et
gentibus suis, quorum et meis familiis stipendium et, ultra stipendium,
plures sumptus prosecutionis hujus tam arduissimi negotii ministratis,
ego intendo regnum Castellæ adquirere supradictum vel majorem partem
ipsius ; nunc, prout quidquid juris rationis et actionis, tam ratione
conquistæ vel alias, in regno Murciæ civitatibus, villis et aldeis
superius specificatis mihi competere poterit, quibuscumque titulis,
causis, rationibus sive modis, dono donatione irrevocabili intervivos ;
et ex tunc promitto vos dictum dominum, dominum regem in possessionem
regni Murciæ, civitatum et villarum superius specificatarum inducere
vacuam et expeditam, vel si vos malueritis, possitis possessionem ipsam
libere adipisci et adeptam licite retinere.
Quoniam ego nunc pro tunc in possessionem omnium premissorum vos
induco, et super ipsius possessionis apprehensione et retentione
plenam vobis dono et concedo potestatem, constituendo me nunc pro
tunc possessionem prædictorum, cum per me adepta fuit vestro nomine
precario possidere jura, actiones reales et personales, utiles,
directas pariter atque mixtas, vobis concedendo, ac in vos transferendo
irrevocabiliter pleno jure ; mandans nihilominus tenore presentis,
universis et singulis comitibus, vicecomitibus, comitoribus, baronibus,
vervessoribus, militibus, civibus, burgensibus et aliis quibuscumque et
cujuscumque status vel conditionis existant, quod vos ex tunc in dictis
regno, civitatibus, villis, castris et locis predictis pro domino
habeant, vobisque in omnibus et singulis intra regnum et terras ipsas
existentibus pareant, respondeant et obediant et pro predictis omnibus
homagium præstent ac etiam juramentum, ac vos pro rege et domino eorum
naturali habeant et teneant. Ego enim nunc ut ex tunc absolvo et
absolvere, si opus fuerit tunc temporis, promitto, omnes et singulos
comites, vicomites, magnates et alios supradictos ab omni homagio,
dominio et fidelitate quibus mihi tunc temporis adstricti fuerint
pro predictis, absque aliqua retentione. Et ulterius promitto vobis
dicto domino regi et vestris, quod si presens donacio defectum aliquem
pateretur vel posset dici inefficax, quod ego ex tunc cum dicta regna
Castellæ vel majorem partem ipsorum, ut est dictum, vestri adjutorio
adquisivero, faciam vobis donacionem ut melius et utilius dictari
possit ad vestrum commodum de eisdem regno Murciæ, civitatibus, villis,
locis et aldeis superius specificatis et in eorumdem possessionem vos
inducam libere et absque contradictione quacunque. Et si forte per
aliquas personas, collegia seu universitates regni Castellæ sicut hiis
(sic) fieret aliqua quæstio vel controversia, ex tunc promitto eandem
repellere, ac regnum ipsum, civitates, villas et aldeas prædictas
faciam per vos et vestros pacifice possideri. Et si forte per vos
dictum dominum, dominum regem, vel gentes vestras regnum Murciæ,
civitates, villæ, loca et castra prædicta quæ vobis dono, occupata
fuerint seu conquista quomodocumque, promitto vobis dicto domino,
domino regi ac vestris, numquam per me seu meos fiet, intentabitur seu
movebitur questio aliqua, petitio sive demanda ; imo, si vobis fieret
per aliquas personas, promitto vobis et vestris bona fide et sine
dolo quod ego defendam ab inde vos et vestros totis meis viribus cum
armis et aliter taliter, quam regnum ipsum, civitates, ville, loca et
castra prædicta per vos et vestros possidebuntur pacifice et quiete,
prout cetera regna vestra cum juris plenitudine possidetis. Casu
vero quo ego dedero dicto domino, domino regi Navarre partem aliquam
regni Castellæ, ex tunc promitto vobis dicto domino, domino regi et
vestris quod ego dabo vobis, computatis et comprehensis prædictis
quæ vobis dono in tenencia eorum quæ nunc vobis dono, de eo quod vos
eligeritis tantum quod excedat in triplum seu in tres partes ultra quod
valuerint ea quæ dabo dicto regi Navarre predicto. Volo tamen quod
si aliquid dedero dicto regi Navarre, sive non, predicta omnia quæ
vobis dono, in eorum permaneant robore et valore. Et ideo, promitto
vobis dicto domino, domino regi et vestris perpetuo in manu et posse
notarii infra scripti, tanquam publice persone a me nominate, omnium
quorum interest vel intererit legitime stipulantis, pasciscentis et
recipientis, prædictam donacionem et omnia alia et singula supra dicta,
rata, grata, et firma perpetuo habere, tenere et observare et nunquam
in aliquo contrafacere vel venire jure aliquo sive causa ; renuncians
super hiis legibus dicentibus donationes posse causa ingratitudinis
revocari et quibuscunque legibus canonicis, civilibus, municipalibus
seu aliis quibuscunque juribus quibus contra prædicta in aliquo contra
ire. Et ad majorem corroborationem promissorum, juro per Deum et ejus
sancta IIII evangelia corporaliter a me tacta ac facio homagium ore et
manibus commendatum vobis dicto domino regi de tenendo et observando
promissa omnia et singula et de non contrafaciendo aliquid in promissis
jure aliquo sive causâ. In quorum omnium testimonium facio vobis
dicto domino regi fieri et sigillo meo impendenti communire presens
publicum instrumentum. Quod est actum in loco de Benefar, decima die
octobris anno a nativitate Dñi M.CCC.LX. tercio S. † Henrici comitis
Trastamaræ prædicti, qui hic laudo, concedo, firmo et juro et præsto
homagium ut est dictum. Yo el Conde.
Testes hujus rei sunt Guillermus de Uxio et Raymundus de Perillionibus
milites, armorum uxerii dicti domini regis. Sig † num mei Bernardi
Michaelis auctoritate illustrissimi domini regis Aragonie notarii
publici per totam terram et dominacionem suam, qui premissis una cum
dictis duobus testibus interfui eaque scribi feci et clausi.
(I) Adresse de la commune d’Avignon au camérier de Grégoire XI.
Pater reverendissime, pro parte dilectorum subjectorum vestrorum,
consilii et consiliariorum civitatis Avinionis, domini nostri pape,
juxta ordinationem per venerabilem et benignum patrem illis traditam,
super propositione et petitione domino nostro pape, pro illorum parte,
die sabbati proxima preterita, vestra Reverentia presente, factis,
super quinque membris propositis, ad effectum ut illorum supplicatio
et petitio, super supplicatis et petitis, vestris bonis mediantibus,
intercessione, labore et precibus, suum debitum consequantur
effectum, de quo infallibiliter sperant, ad vestri memoriam proposita
et supplicata, inferius per ordinem describuntur et responsiones
singulariter et singulis per dominum nostrum papam facte.
... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...
Item, et quia, reverendissimus in Christo pater, dominus cardinalis
Iherosolimitanus, tunc vicarius civitatis Avinionis et rector comitatus
Venayssini, pro quibusdam conventionibus et pactis habitis et factis
cum domino Bertrando de Clequino, dum castrum Tarasconis tenebat,
ob sensum quinque millia florenorum auri, quos dicitur recepisse de
thesauro Sedis Apostolice, et in suo recessu dicere debuit quod per
cives debebant solvi, quamvis (cum debita reverentia loquendo) nunquam
de consilio et scientia dicte civitatis predicti tractatus facti
fuerant, aut dictorum florenorum quantitas fuerit soluta, sed dumtaxat
quantitas quinque milia francorum fuerit promissa et soluta eidem
domino Bertrando (dum super campis et territorio civitatis Avinionis
existeret, ad effectum ut recederet de districtu et episcopatu
Avinionis, et Comitatus Venayssini cum toto ejus exercitu) solvenda
prorata inter dictos comitatum, civitatem et terras et personas
ecclesiasticas et collegia, et in ipsa ultima promissione, prefati
consilium et cives Avinionis consenserunt, et pro solvendam portionem
suam, de auctoritate curie taliam imposuerunt, et de pecunia dicte
talie _de qua pecunia_ ô [656] levanda solvere debebant creditoribus
à quibus mille et quingentos florenos auri receperant a mutuo, pro
solvendo dicto domino Bertrando, ipsam compositionem ultimam suam pro
rata eorum ; Reverendissima tamen vestra Paternitas, domini camerarii
mandato, providus vir magister Johannes de Regio exigera nictitur
et exigit tallias predictas, ad effectum ut illas tradat domino
thesaurario domini nostri pape, pro satisfaciendo eidem de quantitate
levata de thesauro, ut premittitur, et per hoc oporteret talliam novam
imponere cum magna displicentia consilii et universatis hujus civitatis
dominice vestre, propter quod supplicarunt eidem domino nostro pape,
ut pecuniam de thesauro levatam solvi mandaret de pecunia gabellarum
pro rata tangente cives, sicut de premissa pecunia per ipsos, ut
dictum est, factum fuit, et pecunias de talliis per cives jam dictos
levandas, civibus relinquerent, pro satisfaciendo creditoribus à quibus
mutuo pecunias receperunt quoad solverunt pro secunda compositione cum
dicto domino Bertrando facta, et penes quos consilium et consiliarii
se obligarunt, et sic tallia nova fieret ; quod esset dos gratum
ac consilio, consiliariis ac universitati et magistris, pupillis,
orphanis, viduis ac miserabilibus personis qui incessanter pro dominica
vestra ad Deum supplicabunt, pro ejus statu prospero, vita longeva et
salute anime, que ultra alia appetitur et desideratur.
Ad hoc respondit idem dominus noster papa pro ut precedens.
(Ad precedens capitulum respondit idem dominus noster papa decens fore
et esse quod petebatur... quod traderemus reverentie vestre memoriale
sibi faciendum ad affectum ut cum consilio aliquorum dominorum et
vestro deliberare et ordinare super petitis et supplicatis in articulo
contentis posset et valeret.)
(K) Don Pedro, etc., a los honrados nobles amados e fieles nostros
todos e cadauno, perlados richos-hombres, cavallers e otros havientes
lugares en nostro regno e aun a todos e singles officiales nuestros à
los quales las présentes pervendran salutem et dilectionem. Porque el
lugar de Pina el qual es seydo barreyado por estas companyas de Francia
que son en nuestra tierra, se pueda reparar, queremos e vos rogamos
afectuosament que enduistades todos e sengles hombres e mulleres que
por medio de las ditas companyas son foydos entre los ditos vuestros
lugares o nuestros, que luego que las ditas companyas se partan destas
partidas, tornen al dito lugar de Pina con todos los bienes que han
levados consi, catando vos que sobre esto non fagades algun embargo a
los ditos hombres, ca si lo faziades nos hi puniriamos rigorosament
segunt trobariamos de fuero e de razon. Dada en Çaragoza dins nuestro
sello secreto a 24 dias de febrero M.CCC.LX.VI.
(L) Romance de la mort de don Pèdre.
Poitrine contre poitrine, s’enlaçant dans leurs robustes bras, voilà le
cruel don Pèdre et don Henri son frère. Ce ne sont point embrassements
d’amour, ceux-là qu’ils se donnent. L’un tient une dague, l’autre
un poignard acéré ; le roi étreint Henri, Henri serre le roi ; l’un
enflammé de colère, l’autre de rage embrasé. A cette lutte furieuse un
seul témoin assiste : c’est un page d’épée de Henri, qui, de dehors,
regarde leur combat. Enfin, las de lutter, ô cas épouvantable ! tous
deux sont tombés sur le carreau, et Henri s’est trouvé dessous. Le
page, voyant son seigneur en si périlleuse aventure, s’approche du roi
par derrière et le tire fortement. Ma main, dit-il, n’ôte point un roi,
ne fait pas un roi ; mais je fais mon devoir, mon devoir de serviteur.
Il jette le roi à la renverse et Henri vient en dessus. Il frappe de
son poignard le faux roi dans la poitrine. Avec des flots de sang le
fil de la vie étant tranché, sortit l’ame la plus cruelle qui vécût en
poitrine chrétienne.
_Nota_. Parmi les romances assez nombreuses relatives à don Pèdre, je
n’ai traduit que celles qui renferment quelques détails historiques.
Pour les autres, on peut consulter le _Romancero general_ ou le _Tesoro
de Romances_ publié par M. Ochoa.