V.

Par ce résumé très succinct, le lecteur peut se faire une idée des

travaux auxquels se livrèrent les cortès de Valladolid. Peut-être ne

sera-t-il pas hors de propos de dire ici quelques mots de la forme

dans laquelle les demandes de l’assemblée sont soumises au roi. Il

faut observer d’abord que la même formule sert aux trois ordres sans

distinction. Tous, s’adressant au souverain comme à un maître absolu,

le supplient _que ce soit son bon plaisir_[117] de remédier à tel abus,

de satisfaire à telle réclamation. Dans cette formule, qui peut-être

remonte à une haute antiquité, il ne faut point voir, ce me semble,

une habitude servile, mais plutôt au contraire comme un commencement

de cette fiction légale des gouvernements constitutionnels qui,

plaçant la responsabilité au pied du trône, élève la majesté royale

au-dessus de tout blâme. A l’appui de cette opinion, je pourrais citer

un article remarquable du cahier des communes qui, à le bien entendre,

n’est qu’une demande de garantie pour la liberté individuelle : « On

supplie le roi qu’il ne sorte de sa chancellerie aucun ordre pour tuer

ou appréhender aucun de ses sujets, ou pour confisquer ses biens ;

que, dans le cas où un ordre pareil serait expédié, il ne devienne

exécutoire qu’après avoir été représenté au roi lui-même et de nouveau

confirmé.[118] » Ainsi, l’on feint que le roi ne peut vouloir aucun

acte illégal, et c’est à lui qu’on en appelle des décrets surpris par

ses ministres.

En général, les réponses de la couronne sont courtes et précises :

_Je le tiens pour bon et l’ordonne_,[119] telle est la formule le

plus souvent reproduite. Si le roi oppose un refus aux demandes des

cortès, il faut reconnaître que c’est presque toujours à bon droit,

et pour repousser des prétentions injustes ou exorbitantes. En ce qui

concerne les Maures et les Juifs, par exemple, il refuse avec raison

de sanctionner les lois d’exception qu’on réclame contre eux,[120] et

lorsqu’il rejette les instances du clergé pour rentrer en possession

des revenus dont la couronne s’est emparée à son préjudice, c’est en

invoquant les nécessités du trésor et les lois librement votées dans

les cortès assemblées sous le règne précédent.[121] Quant aux promesses

royales pour l’observation de la justice, la diminution des impôts, le

respect de toutes les libertés, elles sont nombreuses et explicites,

telles, en un mot, qu’on peut les attendre d’un prince qui vient de

monter sur le trône. La suite de cette histoire montrera comment ces

promesses magnifiques furent gardées.

Histoire de don Pèdre Ier, roi de Castille · 第 39 / 163 题