XXXVII.

À peine était-il sorti du séminaire de Cahuzac qu'il fut lancé à

Paris, sans fortune, sans protecteur, pour faire ce qu'on appelle son

chemin à travers la vie. Ce chemin fut hérissé d'obstacles et de

ronces. Il fut obligé, pour vivre, de donner des leçons vulgaires à

des enfants plus jeunes que lui; puis, les élèves manquant, il fut

contraint de briguer un emploi de répétiteur mal rétribué dans un

collége, et il y végéta ainsi quelques années, lui, l'idole de son

père, et le favori adoré de sa soeur, dans un château de gentilhomme,

apparenté avec tout ce que sa province comptait de familles nobles ou

distinguées!

On conçoit combien d'amertume devait faire bouillonner dans cette âme

le souvenir de cette première condition et le contraste avec cet

humble métier de répétiteur de collége dont le salaire était à peine

une chambre haute dans un quartier de Paris, et un morceau de pain

trempé de fiel.

Sa soeur ne le perdait pas de vue; elle souffrait tout ce qu'il

souffrait, elle espérait quand il désespérait, elle rêvait pour lui

l'impossible.

Ces espérances le sauvèrent pourtant. Les Guérin avaient à l'Île de

France une parenté coloniale avec laquelle ils entretenaient une

correspondance. Cette famille vint en France. Une jeune fille, belle

comme une créole et d'une dot suffisante, l'y suivit; mademoiselle de

Guérin rêva la réhabilitation de son frère par un mariage.

Ce mariage fut conclu; il fit quelque temps le bonheur de son frère.

Mais ce temps fut court; le malheur lui avait abrégé la vie; la

poitrine était atteinte. On le fit venir au Cayla, il y arriva

mourant; il s'y éteignit dans les bras de son père, de sa soeur et de

sa jeune femme. Dès lors toute la terre s'évanouit, pour mademoiselle

de Guérin.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 156 / 229 题