XXXI.

Le 2 avril.

«Mon âme s'en va tout aujourd'hui du ciel sur une tombe, car il y a

seize ans que ma mère mourut à minuit. Ce triste anniversaire est

consacré au deuil et à la prière. Je l'ai passé devant Dieu en regrets

et en espérances; tout en pleurant, je lève les yeux et vois le ciel

où ma mère est heureuse sans doute, car elle a tant souffert!

«Sa maladie fut longue et son âme patiente. Je ne me souviens pas

qu'il lui soit échappé une plainte, qu'elle ait crié tant soit peu

sous la douleur qui la déchirait: nulle chrétienne n'a mieux souffert.

On voyait qu'elle l'avait appris devant la croix. Il lui serait venu

de sourire sur son lit de mort comme un martyr sur son chevalet. Son

visage ne perdit jamais sa sérénité, et jusque dans son agonie elle

semblait penser à une fête.

«Cela m'étonnait, moi qui la voyais tant souffrir, moi qui pleurais au

moindre mal, et qui ne savais pas ce que c'est que la résignation dans

les peines. Aussi, quand on me disait qu'elle s'en allait mourir, je

la regardais, et son air content me faisait croire qu'elle ne mourrait

pas. Elle mourut cependant le 2 avril à minuit, à l'heure où je

m'étais endormie au pied de son lit. Sa douce mort ne m'éveilla pas;

jamais âme ne sortit plus tranquillement de ce monde.

«Ce fut mon père... Mon Dieu! j'entends le prêtre, je vois les cierges

allumés, une figure pâle, en pleurs; je fus emmenée dans une autre

chambre.»

Le 3 avril.

«À neuf heures du matin ma mère fut mise au tombeau.»

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 150 / 229 题