XXVI.

Le 11 mars.

«Aujourd'hui, à cinq heures du matin, il y a eu cinquante-sept ans que

notre père vint au monde.

«Nous sommes allés, lui, Mimi et moi, à l'église en nous levant,

célébrer cet anniversaire et entendre la messe.

«Prier Dieu, c'est la seule façon de célébrer toute chose en ce monde.

Aussi ai-je beaucoup prié en ce jour où vint au monde le plus tendre,

le plus aimant, le meilleur des pères. Que Dieu nous le conserve et

ajoute à ses années tant d'années que je ne les voie pas finir!

«Mon Dieu! non, je ne voudrais pas mourir la dernière; aller au ciel

avant tous serait mon bonheur.

«Pourquoi parler de mort un jour de naissance? c'est que la vie et la

mort sont soeurs et naissent ensemble comme deux jumelles.

«Demain je ne serai pas ici. Je t'aurai quittée, ma chère chambrette;

papa m'emmène à Caylus. Ce voyage m'amuse peu; je n'aime pas à m'en

aller, à changer de lieu, ni de ciel, ni de vie, et tout cela change

en voyage.

«Adieu, mon confident, tu vas m'attendre dans mon bureau. Qui sait

quand nous nous reverrons? je dis dans huit jours, mais qui compte au

sûr dans ce monde?

«Il y a neuf ans que je demeurai un mois à Caylus. Ce n'est pas sans

quelque plaisir que je reverrai cet endroit, ma cousine, sa fille, et

le bon chevalier qui m'aimait tant! On prétend qu'il m'aime encore. Je

vais le savoir. C'est possible qu'il soit le même; lui me trouvera

bien changée depuis dix ans. Dix ans, c'est un siècle pour une femme.

Alors nous aurons même âge, car le brave homme a ses quatre-vingts ans

passés.»

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 145 / 229 题