X.

Tel apparaissait le château du Cayla, vieux nid démantelé,

qu'habitaient encore les jeunes rejetons de l'ancienne famille,

heureux et riches tant qu'ils ne le quittaient pas, pauvres et réduits

aux dernières conditions de la société aussitôt qu'ils en sortaient

pour chercher dans le monde leur ancienne place.

Ce monde n'était plus fait à leur mesure. Les filles n'avaient point

de dot; le fils, aucun moyen d'éducation ni d'avancement. Il fallait

vivre là, ou s'abaisser aux plus vulgaires occupations de la vie pour

végéter ailleurs.

On conçoit quelle mélancolie incurable devait être le fond des pensées

de ces quatre ou cinq solitaires, riches de passé, dénués d'avenir;

condamnés à languir dans ce petit domaine, ou à être submergés par la

loi de la société en sortant.

Les filles pouvaient attendre un hasard heureux de mariage sans dot,

avec quelque gentilhomme veuf ou suranné des environs, ou se vouer

généreusement au célibat pour laisser à leur frère leur petite fortune

après la mort de leurs parents. C'est le parti que mademoiselle

Eugénie de Guérin prit de bonne heure, martyre obscure de deux

abnégations volontaires, l'une pour remplacer l'épouse morte dans la

maison et dans le coeur de son père, l'autre pour remplacer la mère

absente auprès de son frère enfant.

Voilà quelle était la vie habituelle des habitants du Cayla, avec les

modifications que l'âge, les circonstances, les petits événements

intérieurs apportaient dans ces habitudes.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 129 / 229 题