Tel apparaissait le château du Cayla, vieux nid démantelé,
qu'habitaient encore les jeunes rejetons de l'ancienne famille,
heureux et riches tant qu'ils ne le quittaient pas, pauvres et réduits
aux dernières conditions de la société aussitôt qu'ils en sortaient
pour chercher dans le monde leur ancienne place.
Ce monde n'était plus fait à leur mesure. Les filles n'avaient point
de dot; le fils, aucun moyen d'éducation ni d'avancement. Il fallait
vivre là, ou s'abaisser aux plus vulgaires occupations de la vie pour
végéter ailleurs.
On conçoit quelle mélancolie incurable devait être le fond des pensées
de ces quatre ou cinq solitaires, riches de passé, dénués d'avenir;
condamnés à languir dans ce petit domaine, ou à être submergés par la
loi de la société en sortant.
Les filles pouvaient attendre un hasard heureux de mariage sans dot,
avec quelque gentilhomme veuf ou suranné des environs, ou se vouer
généreusement au célibat pour laisser à leur frère leur petite fortune
après la mort de leurs parents. C'est le parti que mademoiselle
Eugénie de Guérin prit de bonne heure, martyre obscure de deux
abnégations volontaires, l'une pour remplacer l'épouse morte dans la
maison et dans le coeur de son père, l'autre pour remplacer la mère
absente auprès de son frère enfant.
Voilà quelle était la vie habituelle des habitants du Cayla, avec les
modifications que l'âge, les circonstances, les petits événements
intérieurs apportaient dans ces habitudes.