Entre ces deux philosophies, qui peut hésiter? Ce n'est ni vous, ni
moi, ni Victor Hugo lui-même; car, il faut être juste, il est presque
partout, dans ce livre, spiritualiste comme le génie, cette
transcendance de l'esprit. Entre ces deux philosophies qui jurent et
se font antithèse comme l'onde opaque et l'aube éternelle, il y a un
conciliateur cependant: c'est le bon sens!
C'est le bon sens qui dit:
Si la nature ou si la FORCE DES CHOSES, ce qui est le même mot,
condamne tout le genre humain, riches et pauvres, puissants ou
impuissants, exploitateurs ou exploités, travailleurs de la main ou
travailleurs de l'esprit (car tout le monde travaille ou souffre
selon ses facultés), si la force des choses, ce FAIT ACCOMPLI, les
condamne tous par leur nature bornée, par l'imperfection de leurs
organes, par leurs conditions nécessairement diverses, par leurs
misères à peu près égales, les condamne, dis-je, à un tâtonnement
éternel, à des souffrances modérées chez les heureux, intolérables
chez les mal partagés du sort, à vivre en commun sur le même globe,
aspirant à une meilleure répartition de ce qu'on appelle mal et de ce
qu'on appelle bien; il faut, de toute nécessité, ou qu'ils
s'entretuent ou qu'ils s'entr'aident.
S'ils s'entretuent, la même dose de mal, multipliée au centuple pour
les survivants par le mal de la haine et par l'impossibilité de la
répartition, se retrouvera entre eux le lendemain du cataclysme.
S'ils s'entr'aident, ils seront toujours misérables par la force des
choses naturelles, mais ils apporteront à leurs misères tous les
adoucissements que leur triste organisation comporte, et que
l'assistance mutuelle nous commande au nom de la conscience et de
Dieu.