XXXII.

Entre ces deux philosophies, qui peut hésiter? Ce n'est ni vous, ni

moi, ni Victor Hugo lui-même; car, il faut être juste, il est presque

partout, dans ce livre, spiritualiste comme le génie, cette

transcendance de l'esprit. Entre ces deux philosophies qui jurent et

se font antithèse comme l'onde opaque et l'aube éternelle, il y a un

conciliateur cependant: c'est le bon sens!

C'est le bon sens qui dit:

Si la nature ou si la FORCE DES CHOSES, ce qui est le même mot,

condamne tout le genre humain, riches et pauvres, puissants ou

impuissants, exploitateurs ou exploités, travailleurs de la main ou

travailleurs de l'esprit (car tout le monde travaille ou souffre

selon ses facultés), si la force des choses, ce FAIT ACCOMPLI, les

condamne tous par leur nature bornée, par l'imperfection de leurs

organes, par leurs conditions nécessairement diverses, par leurs

misères à peu près égales, les condamne, dis-je, à un tâtonnement

éternel, à des souffrances modérées chez les heureux, intolérables

chez les mal partagés du sort, à vivre en commun sur le même globe,

aspirant à une meilleure répartition de ce qu'on appelle mal et de ce

qu'on appelle bien; il faut, de toute nécessité, ou qu'ils

s'entretuent ou qu'ils s'entr'aident.

S'ils s'entretuent, la même dose de mal, multipliée au centuple pour

les survivants par le mal de la haine et par l'impossibilité de la

répartition, se retrouvera entre eux le lendemain du cataclysme.

S'ils s'entr'aident, ils seront toujours misérables par la force des

choses naturelles, mais ils apporteront à leurs misères tous les

adoucissements que leur triste organisation comporte, et que

l'assistance mutuelle nous commande au nom de la conscience et de

Dieu.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 114 / 229 题