VIII.

«Cosette s'habilla bien vite, se peigna, se coiffa, ce qui était fort

simple en ce temps-là, où les femmes n'enflaient pas leurs boucles et

leurs bandeaux avec des coussinets et des tonnelets, et ne mettaient

point de crinolines dans leurs cheveux. Puis elle ouvrit la fenêtre et

promena ses yeux partout autour d'elle, espérant découvrir quelque peu

de la rue, un angle de maison, un coin de pavé, et pouvoir guetter là

Marius. Mais on ne voyait rien du dehors. L'arrière-cour était

enveloppée de murs assez hauts, et n'avait pour échappée que quelques

jardins. Cosette déclara ces jardins hideux; pour la première fois de

sa vie elle trouva des fleurs laides. Le moindre bout de ruisseau du

carrefour eût été bien mieux son affaire. Elle prit le parti de

regarder le ciel, comme si elle pensait que Marius pouvait aussi venir

de là.

«Subitement, elle fondit en larmes. Non que ce fût mobilité d'âme;

mais des espérances coupées d'accablement, c'était sa situation. Elle

sentit confusément on ne sait quoi d'horrible. Les choses passent dans

l'air en effet. Elle se dit qu'elle n'était sûre de rien, que se

perdre de vue, c'était se perdre; et l'idée que Marius pourrait bien

lui revenir du ciel, lui apparut, non plus charmante, mais lugubre.

«Puis, tels sont ces nuages: le calme lui revint, et l'espoir, et une

sorte de sourire inconscient, mais confiant en Dieu.

«Tout le monde était encore couché dans la maison. Un silence

provincial régnait. Aucun volet n'était poussé. La loge du portier

était fermée. Toussaint n'était pas levée, et Cosette pensa tout

naturellement que son père dormait. Il fallait qu'elle eût bien

souffert, et qu'elle souffrît bien encore, car elle se disait que son

père avait été méchant; mais elle comptait sur Marius. L'éclipse d'une

telle lumière était décidément impossible. Par instants elle

entendait à une certaine distance des espèces de secousses sourdes, et

elle disait:--C'est singulier qu'on ouvre et qu'on ferme les portes

cochères de si bonne heure!--C'étaient les coups de canon qui

battaient la barricade.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 89 / 229 题