«C'est l'intérieur d'une fleur encore close, c'est une blancheur dans
l'ombre, c'est la cellule intime d'un lis fermé qui ne doit pas être
regardé par l'homme tant qu'il n'a pas été regardé par le soleil. La
femme en bouton est sacrée. Ce lit innocent qui se découvre, cette
adorable demi-nudité qui a peur d'elle-même, ce pied blanc qui se
réfugie dans une pantoufle, cette gorge qui se voile devant un miroir
comme si ce miroir était une prunelle, cette chemise qui se hâte de
remonter et de cacher l'épaule pour un meuble qui craque ou pour une
voiture qui passe, ces cordons noués, ces agrafes accrochées, ces
lacets tirés, ces tressaillements, ces frissons de froid et de pudeur,
cet effarouchement exquis de tous les mouvements, cette inquiétude
presque ailée là où rien n'est à craindre, les phases successives du
vêtement aussi charmantes que les nuages de l'aurore, il ne sied pas
que tout cela soit raconté, et c'est déjà trop de l'indiquer.
«L'oeil de l'homme doit être plus religieux encore devant le lever
d'une jeune fille que devant le lever d'une étoile. La possibilité
d'atteindre doit tourner en augmentation de respect. Le duvet de la
pêche, la cendre de la prune, le cristal radié de la neige, l'aile du
papillon poudrée de plumes, sont des choses grossières auprès de cette
chasteté qui ne sait pas même qu'elle est chaste. La jeune fille n'est
qu'une lueur de rêve et n'est pas encore une statue. Son alcôve est
cachée dans la partie sombre de l'idéal; l'indiscret toucher du regard
brutalise cette vague pénombre.
«Ici, contempler, c'est profaner.
«Nous ne montrerons donc rien de tout ce suave petit remue-ménage du
réveil de Cosette.
«Un conte d'Orient dit que la rose avait été faite par Dieu blanche,
mais qu'Adam l'ayant regardée au moment où elle s'entrouvrait, elle
eut honte et devint rose. Nous sommes de ceux qui se sentent interdits
devant les jeunes filles et les fleurs, les trouvant vénérables.