Ce bonheur sans conscience de lui-même est interrompu par la jalousie
paternelle de Jean Valjean, qui craint une embûche de libertinage pour
sa fille; il change de domicile et de promenade.
Une horrible apparition de la chaîne des galériens, sur la route des
Gobelins, le ramène au souvenir de sa condition et épouvante Cosette.
Cette apparition, très-habile comme comparaison, est
très-mélodramatique et très-exagérée comme tableau. La société y joue
un rôle gratuitement odieux. On dirait une horde de sauvages
vainqueurs, menant une autre horde au bûcher. On détruit l'effet de ce
qu'on exagère: c'est le fleuve qui rejette son écume sur ses bords,
pour que l'eau ne soit pas troublée; qui peut accuser le fleuve de
purifier l'écume?
Nous surtout, qui voulons supprimer la peine irréparable de mort en
matière civile, et qui avons eu l'audace de la supprimer même en
politique, nous n'aimons pas la peine corruptrice des bagnes, et nous
avons, dans nos nombreux discours sur ce sujet, réclamé un
pénitentiaire colonial avec une législation spéciale, et des prisons
lointaines et graduées, pour donner la sécurité à la société
innocente, contre les bêtes féroces de la ménagerie humaine; mais, la
prison pénitentiaire coloniale n'existant pas encore, il faut bien
reconnaître à la société le droit sacré de se défendre en attendant et
de se séparer de ce qui la menace en la souillant.