«En floréal, cet énorme buisson, libre derrière sa grille et dans ses
quatre murs, entrait en rut dans le sourd travail de la germination
universelle, tressaillait au soleil levant presque comme une bête qui
aspire les effluves de l'amour cosmique et qui sent la sève d'avril
monter et bouillir dans ses veines, et, secouant au vent sa
prodigieuse chevelure verte, semait sur la terre humide, sur les
statues frustes, sur le perron croulant du pavillon et jusque sur le
pavé de la rue déserte, les fleurs en étoiles, la rosée en perles, la
fécondité, la beauté, la vie, la joie, les parfums.
«À midi mille papillons blancs s'y réfugiaient, et c'était un
spectacle divin de voir là tourbillonner en flocons dans l'ombre cette
neige vivante de l'été. Là, dans ces gaies ténèbres de la verdure, une
foule de voix innocentes parlaient doucement à l'âme, et ce que les
gazouillements avaient oublié de dire, les bourdonnements le
complétaient. Le soir une vapeur de rêverie se dégageait du jardin et
l'enveloppait; un linceul de brume, une tristesse céleste et calme, le
couvraient; l'odeur si enivrante des chèvrefeuilles et des liserons en
sortait de toute part comme un poison exquis et subtil; on entendait
les derniers appels des grimpereaux et des bergeronnettes
s'assoupissant sous les branchages; on y sentait cette intimité sacrée
de l'oiseau et de l'arbre. Le jour, les ailes réjouissent les
feuilles; la nuit, les feuilles protégent les ailes.