XV.

«En floréal, cet énorme buisson, libre derrière sa grille et dans ses

quatre murs, entrait en rut dans le sourd travail de la germination

universelle, tressaillait au soleil levant presque comme une bête qui

aspire les effluves de l'amour cosmique et qui sent la sève d'avril

monter et bouillir dans ses veines, et, secouant au vent sa

prodigieuse chevelure verte, semait sur la terre humide, sur les

statues frustes, sur le perron croulant du pavillon et jusque sur le

pavé de la rue déserte, les fleurs en étoiles, la rosée en perles, la

fécondité, la beauté, la vie, la joie, les parfums.

«À midi mille papillons blancs s'y réfugiaient, et c'était un

spectacle divin de voir là tourbillonner en flocons dans l'ombre cette

neige vivante de l'été. Là, dans ces gaies ténèbres de la verdure, une

foule de voix innocentes parlaient doucement à l'âme, et ce que les

gazouillements avaient oublié de dire, les bourdonnements le

complétaient. Le soir une vapeur de rêverie se dégageait du jardin et

l'enveloppait; un linceul de brume, une tristesse céleste et calme, le

couvraient; l'odeur si enivrante des chèvrefeuilles et des liserons en

sortait de toute part comme un poison exquis et subtil; on entendait

les derniers appels des grimpereaux et des bergeronnettes

s'assoupissant sous les branchages; on y sentait cette intimité sacrée

de l'oiseau et de l'arbre. Le jour, les ailes réjouissent les

feuilles; la nuit, les feuilles protégent les ailes.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 57 / 229 题