«Ce jardin ainsi livré à lui-même depuis plus d'un demi-siècle était
devenu extraordinaire et charmant. Les passants d'il y a quarante ans
s'arrêtaient dans cette rue pour le contempler, sans se douter des
secrets qu'il dérobait derrière ses épaisseurs fraîches et vertes.
Plus d'un songeur à cette époque a laissé bien des fois ses yeux et sa
pensée pénétrer indiscrètement à travers les barreaux de l'antique
grille cadenassée, tordue, branlante, scellée à deux piliers verdis et
moussus, bizarrement couronnée d'un fronton d'arabesques
indéchiffrables.
«Il y avait un banc de pierre dans un coin, une ou deux statues
moisies, quelques treillages décloués par le temps pourrissant sur le
mur; du reste plus d'allées ni de gazon; du chiendent partout. Le
jardinage était parti, et la nature était revenue. Les mauvaises
herbes abondaient, aventure admirable pour un pauvre coin de terre. La
fête des giroflées y était splendide.