XII.

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«Du reste, à proprement parler, il vivait rue Plumet et il y avait

arrangé son existence de la façon que voici:

«Cosette avec la servante occupait le pavillon; elle avait la grande

chambre à coucher aux trumeaux peints, le boudoir aux baguettes

dorées, le salon du président meublé de tapisseries et de vastes

fauteuils; elle avait le jardin. Jean Valjean avait fait mettre dans

la chambre de Cosette un lit à baldaquin d'ancien damas à trois

couleurs, et un vieux et beau tapis de Perse acheté rue du

Figuier-Saint-Paul chez la mère Gaucher, et, pour corriger la sévérité

de ces vieilleries magnifiques, il avait amalgamé à ce bric-à-brac

tous les petits meubles gais et gracieux des jeunes filles, l'étagère,

la bibliothèque et les livres dorés, la papeterie, le buvard, la table

à ouvrage incrustée de nacre, le nécessaire de vermeil, la toilette en

porcelaine du Japon. De longs rideaux de damas fond rouge à trois

couleurs, pareils au lit, pendaient aux fenêtres du premier étage. Au

rez-de-chaussée, des rideaux de tapisserie. Tout l'hiver la petite

maison de Cosette était chauffée du haut en bas. Lui, il habitait

l'espèce de loge de portier qui était dans la cour du fond, avec un

matelas sur un lit de sangle, une table de bois blanc, deux chaises de

paille, un pot à l'eau de faïence, quelques bouquins sur une planche,

sa chère valise dans un coin, jamais de feu. Il dînait avec Cosette,

et il y avait un pain bis pour lui sur la table. Il avait dit à

Toussaint lorsqu'elle était entrée:--C'est mademoiselle qui est la

maîtresse de la maison.--Et vous, mo-onsieur? avait répliqué Toussaint

stupéfaite.--Moi, je suis bien mieux que le maître, je suis le père.

«Cosette au couvent avait été dressée au ménage et réglait la dépense,

qui était fort modeste. Tous les jours Jean Valjean prenait le bras de

Cosette et la menait promener. Il la conduisait au Luxembourg, dans

l'allée la moins fréquentée, et tous les dimanches à la messe,

toujours à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, parce que c'était fort loin.

Comme c'est un quartier très-pauvre, il y faisait beaucoup l'aumône,

et les malheureux l'entouraient dans l'église, ce qui lui avait valu

l'épître des Thénardier: _Au monsieur bienfaisant de l'église

Saint-Jacques-du-Haut-Pas._ Il menait volontiers Cosette visiter les

indigents et les malades. Aucun étranger n'entrait dans la maison de

la rue Plumet. Toussaint apportait les provisions, et Jean Valjean

allait lui-même chercher l'eau à une prise d'eau qui était tout proche

sur le boulevard. On mettait le bois et le vin dans une espèce de

renfoncement demi-souterrain tapissé de rocailles qui avoisinait la

porte de la rue de Babylone et qui autrefois avait servi de grotte à

M. le président; car, au temps des Folies et des Petites-Maisons, il

n'y avait pas d'amour sans grotte...

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«Ni Jean Valjean, ni Cosette, ni Toussaint, n'entraient et ne

sortaient jamais que par la porte de la rue de Babylone. À moins de

les apercevoir par la grille du jardin, il était difficile de deviner

qu'ils demeuraient rue Plumet. Cette grille restait toujours fermée.

«Jean Valjean avait laissé le jardin inculte, afin qu'il n'attirât pas

l'attention.

«En cela il se trompait peut-être.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 54 / 229 题