X.

Ici, hélas! trop tard, commence pour moi le vrai poëme de cette

oeuvre, poëme souvent éloquent, souvent paradoxal, mais qui devient

innocemment passionné et descriptif à la fin de ce quatrième volume.

Nous ne connaissons rien de plus parfait et de plus réel dans aucune

langue ancienne ou moderne. Il semble que les années de solitude ont

apporté au poëte, dans son île, la seule note qui manquait à ses

concerts avant cette heure, la note paisible, amoureuse, sympathique,

celle qui fait rendre au coeur humain les vibrations les plus intimes,

celle de Charlotte sous la main de Goethe, celle de Bernardin de

Saint-Pierre dans _Paul et Virginie_, celle de René dans

Chateaubriand. Mais Goethe a exagéré la note; Chateaubriand y mêle

trop de lamentations mélancoliques; Bernardin de Saint-Pierre, quoique

parfait et modeste, a été obligé d'aller chercher la source des larmes

dans les îles de l'océan Indien, et d'emprunter leur émotion aux plus

grandes tragédies de la nature: les tonnerres, les tempêtes, les

naufrages, agents de ce drame qui n'avait eu jusqu'à lui aucun modèle

dans l'antiquité. Victor Hugo, au contraire, n'a eu besoin que de son

âme, d'ouvrir les yeux autour de lui, au milieu de nous, de décrire

une maison déserte et un jardinet inculte dans un de nos faubourgs les

plus reculés, et d'y placer deux êtres qui se sont entrevus, deux

innocents, deux sauvages de la grande ville, Cosette et Marius; et,

avec ces simples personnages, il a fait, en racontant leurs entrevues

et leurs entretiens, le plus ravissant tableau d'amour qu'il ait

jamais écrit.

Ici, il faudrait tout citer, ou plutôt tout lire. Relisez seulement la

description du jardin au clair de la lune.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 51 / 229 题