Au second volume, une scène d'enfant, ce privilége du talent de
l'écrivain, est dessinée avec amour. Sur le seuil d'une auberge de
campagne, deux petites filles, l'une de deux ans, l'autre de dix-huit
mois, se balancent aux rayons du soleil couchant sur une escarpolette
d'anneaux de fer placés sous une charrette; l'aubergiste, assis sur sa
porte, les berce avec une ficelle attachée à sa main, et les fait
crier de joie à chaque gémissement métallique de l'escarpolette
improvisée.
De la chair fraîche et du fer rouillé, voilà encore une antithèse.
C'est une de ces scènes faites de rien, mais décrites avec la minutie
savante de Meissonnier, et vues avec l'oeil d'une mère, scènes à
l'aide desquelles Hugo grave pour l'éternité dans l'oeil et dans la
mémoire de son lecteur une rencontre dont il veut qu'on se souvienne.
Heureux qui sait peindre! Cela prouve qu'il a senti.
Souvenez-vous de ces vers délicieux de douleur, dans lesquels le grand
poëte pense à sa fille et à son gendre noyés dans la Seine en se
baignant près de Rouen; l'une par imprudence, l'autre pour ne pas
survivre à son amour!--Qui peut oublier ces couleurs trempées et
délayées dans des larmes chaudes?
Ainsi est en prose la scène de devant l'auberge. Les deux enfants
étaient à l'aubergiste. Une autre femme, toute jeune encore,
s'avançait à ce spectacle, portant un sac de nuit et un autre enfant.