Et voilà l'honnête brigand devant qui la société coupable doit
confesser ses précautions contre la récidive! Voilà le type qui va
poser pour l'honnête homme par excellence jusqu'au bout du roman!
Qu'en pensez-vous? Est-ce de ce bloc de vices incorrigibles,
d'instincts ignobles et de brutalités féroces que le romancier
philosophe doit jamais faire sortir le saint philanthrope, pétri de
toutes les délicatesses de l'intelligence et de toutes les saintetés
de la vertu?
L'invraisemblance touche ici au paradoxe, et, si l'écrivain était
moins consommé dans son art, le livre ici tomberait des mains de tout
le monde comme il est tombé des miennes. On dirait: Non, je n'irai pas
plus loin; ce n'est pas là l'homme, c'est le cauchemar du scélérat,
et, puisque l'auteur veut en faire le type de la vertu populaire,
qu'il aille tout seul, je ne le suivrai pas dans ces précipices du
paradoxe.
Et cependant on relève le livre jeté à terre, parce que l'écrivain y
est encore avec tout son style, et on va plus loin.
On ouvre un autre tiroir; qu'y trouve-t-on? CE QUE L'ON FAISAIT À
PARIS EN 1817. On éprouve un certain déplaisir à voir un lionceau,
devenu plus tard un lion, jeter gratuitement le sarcasme et le rire
malséants sur les malheurs et les vieillesses des princes qui
protégèrent son enfance. À quoi bon ces ridicules posthumes jetés en
pâture au peuple impérial de 1862 par l'enfant sublime baptisé par les
Bourbons d'un autre temps? À quoi bon une page de Paul-Louis Courier,
reliée par mégarde dans un volume de Hugo? S'il daignait m'écouter, je
lui dirais: Déchirez ce chapitre, il retombe un peu de cette poussière
sur votre berceau! Ne flattez pas ce peuple à vos dépens. Vous avez
aimé les Bourbons quand ils rentraient, très-innocents de la campagne
d'Espagne, de la déroute de Russie, de l'invasion du monde coalisé en
1814, pour disputer la France au partage de la Pologne; n'en rougissez
pas plus que moi! Chaque année du siècle porte ses nécessités avec sa
date: Louis XVIII et la charte valaient un peu mieux que le comité de
salut public et la guillotine en permanence! Si le ridicule mordait
sur l'acier, il fallait en garder un peu pour le 93 de l'évêque et du
terroriste!