L'étranger ne manqua pas de profiter des enseignements fournis par le
ballon de Fleuras. Mais il ne se rencontra nulle part un autre Coutelle
ou un nouveau Conté, car les différentes entreprises exécutées depuis, ne
donnèrent aucun résultat. En 1812, les Russes étudièrent les aérostats au
point de vue militaire; ils ne se décidèrent pas à les utiliser pour les
reconnaissances, mais ils songèrent à les employer à l'état libre, pour
faire tomber, du haut des airs, des bombes sur l'armée française. Ils
modifièrent ensuite ce projet, et firent construire à Moscou un immense
ballon qui devait pouvoir porter au moins cinquante hommes. Cet aérostat
ne fut jamais achevé; il est probable du reste qu'il n'aurait jamais pu
répondre aux espérances qu'il avait fait naître.
En 1815, Carnot, commandant en chef la ville d'Anvers, assiégée par
l'ennemi, fit exécuter des reconnaissances en ballon captif, mais on
manque de renseignements précis sur les expériences qui furent exécutées.
En 1826, l'attention du gouvernement français fut sérieusement attirée sur
la question des ballons militaires, par un ancien professeur de l'école
militaire, M. Ferry. Une commission fut nommée, elle approuva les projets
de M. Ferry, et termina son rapport en disant que les premiers travaux des
aérostiers de la République devaient être continués.
Le gouvernement de la Restauration engloutit le rapport de la commission,
et le mémoire de M. Ferry dans les profondeurs les plus cachées de ses
cartons ministériels!
En 1849, les Autrichiens, pendant le siège de Venise, gonflèrent des
petits ballons de papier, munis de bombes, qui devaient tomber sur la
ville assiégée. Ils lancèrent deux cents de ces ballonneaux incendiaires.
Les ballons s'élèvent, ils marchent sur Venise, ils s'élèvent encore, et
sont pris par un contre-courant qui les ramène sur la campagne occupée par
l'armée autrichienne, où les bombes incendiaires viennent tomber, sans
causer de grands dégâts.
Depuis cette époque, on ne retrouva plus les ballons militaires que de
l'autre côté de l'Atlantique. Pendant la guerre des Etats-Unis, le général
Mac-Clellan employa successivement, en 1861, les aéronautes La Mountain
et Allan. Le premier partit un jour du camp de l'Union, il traversa
Washington en ballon captif, puis coupant ses cordes, il s'éleva en
liberté. Il embrasse d'un seul coup d'oeil le panorama des positions
ennemies, il prend des notes minutieuses qu'il communique au général
Mac-Clellan, après être descendu à Maryland.
M. Allan entreprit sans grand succès des expériences de télégraphie
aérostatique; mais dans cet ordre de tentatives, d'autres essais
satisfaisants furent tentés en Amérique, comme nous l'apprend le _Journal
militaire de Darmstadt_.
«Dans les derniers jours de mai 1862, dit ce journal, l'armée unioniste,
campée devant Richmond, lança au-dessus de la place un ballon captif. Un
appareil photographique fut dirigé vers la terre et permit de prendre, en
perspective, sur une carte, tout le terrain de Richmond à Manchester, à
l'ouest, et à Chikahoming, à l'est. La rivière qui arrose la capitale, les
cours d'eau, les chemins de fer, les chemins de traverse, les marais, bois
de pins, etc., furent tracés; on y porta aussi la disposition des
troupes, batteries d'artillerie, infanterie et cavalerie. On en tira deux
exemplaires. On les divisa en 64 parties, comme un champ de bataille, avec
les signes conventionnels, A, Ae, etc. Le général Mac-Clellan eut un de
ces exemplaires, le conducteur de ballon eut l'autre.
«L'armée fut d'abord retenue dans le camp, par le mauvais temps, une
journée tout entière; le 1er juin, l'aérostat s'éleva, vers midi, à une
hauteur de plus de mille pieds, au-dessus du champ de bataille, et se mit
en relation avec le quartier-général par un fil télégraphique. Pendant une
heure, les mouvements de l'ennemi furent signalés avec exactitude. Une
demi-heure plus tard, la dépêche porta: _Sortie de la maison Cadeys_.
Mac-Clellan put, en un instant, donner ordre d'avancer au général
Heinsselmann, et prescrivit au général Summer, qui était déjà au-delà de
Chikahoming, de marcher tout de suite sur la petite rivière. Les deux
divisions, réunies en deux heures de temps, faisaient face à l'ennemi, et
défendaient le champ de bataille. Partout où les assiégés hasardèrent une
attaque, ils furent repoussés avec des pertes considérables, et furent
attaqués sur les points les plus faibles par des forces supérieures.
Ils dirigèrent contre le ballon un canon rayé, d'une énorme portée. Les
projectiles firent explosion près du ballon, et si près que les aéronautes
jugèrent prudent de s'éloigner. Le ballon fut descendu à terre, lancé dans
une autre direction, et assez haut pour être hors de portée des pièces
ennemies. Il fut mis de nouveau en communication avec la terre ferme, et
l'armée assiégeante eut avis que de fortes masses de troupes accouraient
sur le champ de bataille dans une autre direction. Dès qu'elles furent
arrivées à la portée du canon des fédéraux, elles se virent prévenues avec
une rapidité qui dut leur paraître inconcevable. Il semblait que le Dieu
des batailles les eût complètement abandonnées en ce jour. Elles se
voyaient conduites en avant pour servir de but au canon des Yankees.
Elles ne pouvaient suivre aucune direction, sans rencontrer un mur de
baïonnettes impénétrables. Toutes les tentatives de l'armée du Sud pour
enfoncer les lignes ennemies ayant échoué, Mac-Clellan commanda une
attaque générale à la baïonnette et repoussa ses adversaires avec une
perte énorme. Ce général n'eût pu obtenir un succès aussi complet sans le
secours du ballon, et sans l'appareil dont il était muni[16].»
[Note 16: Extrait d'un article intitulé: _Application des aérostats
à l'art de la guerre_, publié dans le _Journal militaire_ de Darmstadt,
traduit par le colonel d'Herbelot.] PROJET D'ORGANISATION DE BALLONS
MILITAIRES.
Une des modifications les plus importantes à introduire dans la
construction des ballons captifs destinés aux observations militaires,
serait de changer leur forme sphérique. L'aérostat, immergé à l'état de
liberté dans l'atmosphère, fait pour ainsi dire partie intégrante du
courant aérien qui le transporte, il se déplace avec l'air, il peut, et il
doit même offrir la forme sphérique; mais s'il est destiné à être remorqué
à l'état captif, contre le vent, s'il est appelé à s'élever dans l'air,
retenu par des cibles qui l'attachent à un même point, cette forme, qui
offre une grande prise à l'effort du vent, devient très-désavantageuse.
Les ballons d'observations devraient présenter un volume géométrique
allongé, analogue à celui d'un poisson. Le filet s'attacherait au-dessous
de l'aérostat, à une longue barre transversale, où serait suspendue la
nacelle. L'appareil muni à l'arrière d'un gouvernail, pourrait être
orienté dans la direction du vent, l'air n'agirait plus alors que sur une
petite section du système. Ce ballon se dirigerait toujours dans le sens
du vent comme une véritable girouette, il s'élèverait aisément dans
l'espace, sans exiger une force ascensionnelle considérable; son transport
à terre s'effectuerait avec une grande facilité, il ne se balancerait plus
à l'extrémité de ses cordes d'attache, comme les ballons ronds.
S'agirait-il de passer une route bordée d'arbres, l'axe de l'aérostat
allongé serait placé parallèlement à la route, l'appareil y circulerait,
sans effort de la part des hommes qui le remorquent, sans crainte
d'accidents pour les aérostiers juchés dans la nacelle. L'étoffe dont il
serait formé devrait être la soie, qui offre une grande solidité, unie à
un poids très-faible; son volume n'excéderait pas 1,200 mètres cubes.
On le gonflerait à l'usine à gaz la plus proche des opérations militaires;
il serait ainsi rempli de gaz d'éclairage, et une fois arrimé, on le
transporterait au milieu du camp, à la place que le général en chef aurait
assignée.
Comme il est impossible d'admettre que le ballon d'observations puisse
arriver juste à heure fixe, au moment de l'action, il devrait être à son
poste quelques jours à l'avance. Dans ces conditions, il ne manquerait pas
de perdre peu à peu, par endosmose, une certaine quantité du gaz qu'il
contient; il serait de toute nécessité de compenser ces pertes, en lui
fournissant tous les soirs une ration de gaz.
L'expérience nous a démontré qu'un ballon de soie de 1,200 mètres cubes,
bien construit et bien verni, ne perd que 60 à 80 mètres de gaz par jour.
Il serait donc indispensable de préparer sur place cette quantité de gaz.
On aurait recours à l'hydrogène pur, qui prendrait naissance avec la plus
grande facilité, par la décomposition de l'eau sous l'action du fer et de
l'acide sulfurique.
La batterie à gaz serait formée d'un grand réservoir en bois placé sur des
roues; ce qui faciliterait son transport. Une ouverture supérieure, munie
d'une soupape de sûreté, permettrait l'introduction des réactifs. On
aurait ainsi une batterie-mobile, placée sur des roues, et munie d'un
brancard où s'attellerait un cheval. Avec deux voitures semblables, on
produirait 100 mètres cubes d'hydrogène en moins d'une heure. A la partie
inférieure de la voiture, on pendrait une caisse où seraient placées les
provisions de fer et les touries d'acide sulfurique. Avec ce matériel, et
de l'eau qu'on trouve partout, le ballon pourrait être alimenté tous les
jours.
Pour bien exposer les différentes manoeuvres du ballon militaire,
supposons qu'un corps d'armée prenne ses positions en avant d'une ville
quelconque, de Reims, si vous voulez. Le général en chef dispose de trois
ballons d'observations qu'il va placer, l'un à l'aile droite de son armée,
l'autre à l'aile gauche, le troisième au centre. Les aérostiers militaires
sont à Reims. Dès que l'ordre leur est donné de se porter vers leurs
postes d'observations, ils gonflent de suite un premier ballon, ce qui est
fait en une journée. Les deux autres aérostats se remplissent de même le
lendemain et le surlendemain.
L'équipe du ballon militaire se compose d'un capitaine aérostier, d'un
lieutenant, d'un chef d'équipe, et de six hommes de manoeuvre. Une
compagnie de quatre-vingts soldats est chargée du transport de l'aérostat
à terre et des manoeuvres des ascensions captives.
Le ballon gonflé va se mettre en route; le chef aérostier monte dans
la nacelle avec son lieutenant; huit cordes sont attachées à la barre
transversale de l'aérostat, quatre hommes s'attellent à chacune d'elles
et font avancer l'appareil, en tirant en même temps les quatre cordes de
droite et les quatre cordes de gauche. On n'utilise ainsi que quarante
hommes qui, lorsqu'ils ont besoin de repos, peuvent être remplacés par les
quarante autres. Le ballon est suivi des deux voitures-batteries, pour la
préparation du gaz, et d'un fourgon, où sont placés les plateaux et les
cordes d'ascension, des pelles et des pioches pour enfouir la nacelle en
terre, des tuyaux de gonflement, des cordes pour les réparations, etc.
Arrivé au lieu d'observation, l'aérostat est placé sur le sol. Sa pointe
est orientée dans le sens du vent, et des cordes d'équateur attachées à
des pieux, enfoncés en terre, le maintiennent à l'état de repos absolu.
Quand les trois ballons sont installés à leurs postes, ils sont prêts à
renseigner le général en chef à toute heure du jour. Lorsque l'ascension
doit s'exécuter, un officier d'état-major monte dans la nacelle avec le
chef aérostier. Le ballon s'élève à 200 mètres de haut, retenu par deux
cordes que quarante hommes laissent glisser dans des poulies, amarrées à
des plateaux de bois remplis de pierres. Tandis que l'aéronaute surveille
le ballon, jette du lest, s'il le juge nécessaire, l'officier sonde
l'horizon soit à l'oeil nu, soit à l'aide d'une lunette. Si le temps est
pur, il aperçoit, sous la nacelle, une immense campagne, d'une étendue de
plusieurs lieues, il peut distinguer au loin des camps ou des lignes de
bataille, il étudie minutieusement les positions et les mouvements de
l'ennemi.
Rien n'empêche de munir les trois ballons d'un appareil électrique. Un
employé du télégraphe ferait alors partie de la compagnie des aérostiers.
Juché dans la nacelle, il ferait fonctionner l'appareil Morse sous la
dictée de l'officier d'état-major; un fil électrique descendrait du ballon
jusqu'à terre et s'étendrait jusqu'au quartier-général.
Si un combat est livré et que l'aérostat captif plane dans les airs,
l'observateur voit les bataillons ennemis reculer ou avancer, il surveille
leur moindre mouvement, il fait part de tout ce qu'il-voit, à l'aide du
télégraphe. Avec trois aérostats ainsi organisés, un général en chef peut
connaître à tout moment toutes les phases successives de la grande partie
qui est en jeu.
Mais, pourra-t-on objecter, le ballon sera le point de mire des ennemis,
ils lui lanceront une pluie de balles et de mitraille, et finiront
certainement par l'abattre.
N'oublions pas que l'aérostat captif, à 200 mètres de haut, et à une
distance de 1,500 mètres des feux ennemis, n'est pas un point de mire
facile à atteindre; car la hauteur à laquelle il plane rend le tir du
canon contre lui presque impossible. Quant aux balles de fusil, il ne les
craint pas à cette distance. S'il était surpris par un détachement ennemi,
et qu'il se trouvât percé de quelques trous de balles, il perdrait
rapidement du gaz, et ne pourrait certainement plus continuer ses
opérations, mais la vie des observateurs ne serait pas compromise pour si
peu. Si les aéronautes étaient menacés d'être faits prisonniers dans un
cas de panique, ils auraient la ressource de couper leurs cordes et de
faire une ascension libre. Enfin, si par malheur un obus atteignait
l'aérostat, et y mettait le feu, les observateurs seraient, cette fois,
bel et bien perdus, mais pour ce cas particulier, nous n'aurons qu'à
dire avec un brave officier qui défendait autrefois la cause des ballons
militaires: «Au pis-aller, on sauterait, et cela n'arriverait pas tous
les jours. Ce sont des désagréments dont il est difficile de s'affranchir
absolument à la guerre.»
Dans le cas où les mouvements de l'armée, pendant le combat, rendent
nécessaire de porter les ballons d'observation, soit en avant, soit en
arrière, n'oublions pas qu'ils sont très-facilement transportables. Avec
une équipe expérimentée, bien rompue aux manoeuvres, les aérostats se
déplaceraient avec une grande rapidité. Nous pouvons affirmer que
dans tout ce que nous venons d'exposer sur l'organisation des ballons
militaires, il n'y a rien qui ne soit parfaitement pratique, rien qui ne
puisse se réaliser avec les plus grandes chances de succès. Or, étant
donnée cette possibilité--que nul aéronaute ne mettra en doute,--de
transporter à l'avance des ballons, au milieu des lignes d'une armée,
nous avons la persuasion que pas un militaire expérimenté ne pourra nier
l'efficacité d'observatoires qui lui ouvrent, à 200 mètres de haut, le
panorama d'un champ de bataille.
Quant à la dépense que nécessiterait une telle organisation, elle est
presque insignifiante. Les trois ballons de soie d'un corps d'armée ne
coûteraient pas plus de cent mille francs avec tout leur matériel. Les
frais de rétribution de l'équipe, les frais de préparation du gaz,
s'élèveraient pour chacun d'eux à quelques centaines de francs par jour.
Qu'est-ce qu'une semblable dépense pour une armée, qui coûte des millions
par jour?
Pour que l'organisation des ballons militaires soit efficace, il serait
de toute nécessité de créer une école aérostatique, où l'on formerait des
aérostiers, car il en est de la manoeuvre du ballon, comme de celle du
canon. On n'improvise pas des aéronautes, pas plus que des artilleurs.
Dans cette école, on exercerait les hommes d'équipe et les chefs
aérostiers, au gonflement des aérostats, à leur transport d'un point à un
autre. Des officiers d'état-major seraient initiés aux ascensions captives
et libres, ils exerceraient leurs yeux à bien voir du haut des airs, art
très-compliqué qui nécessite une longue pratique.
Les élèves de l'école aérostatique apprendraient aussi à construire des
ballons; on les enverrait plus tard, en temps de guerre, dans les places
assiégées, et ils ne seraient plus embarrassés pour construire des ballons
messagers de grandes dimensions, ou de petits aérostats libres en papier.
Mais nous n'avons pas l'intention de tracer ici un programme complet, et
sans parler davantage des ballons d'observations militaires, nous voulons
dire quelques mots des aérostats incendiaires.
Le procédé qu'ont employé les Autrichiens au siège de Venise est
évidemment celui qui offre la plus grande chance de succès dans la
pratique. Rien n'est plus simple que d'attacher à un ballonneau libre,
un obus fixé à un fil de fer, muni d'une mèche combustible, qui brûle
lentement, et arrive à enflammer l'aérostat au bout d'un temps déterminé.
Le ballon brûlé, l'obus tombe. Si l'on attaque une ville, une place
forte que l'on cerne, on trouvera toujours sur un point de la ligne
d'investissement un vent favorable, poussant un aérostat vers l'enceinte
assiégée. On lancera quelques ballons d'essai avec des corps pesants
inoffensifs, pour s'assurer de la vitesse du vent, du temps que l'aérostat
met à parcourir pour passer au-dessus de l'ennemi. Si l'on voit qu'un
premier ballon n'arrive à traverser la ville assiégée que cinq minutes
après son ascension, on a les conditions nécessaires au succès du
bombardement; on fixe les bombes successivement à cent ou deux cents
ballonneaux, on munit ceux-ci de mèches d'une longueur déterminée
qui brûlent entièrement en cinq minutes, et qui ne peuvent enflammer
l'aérostat que lorsque leur combustion va s'achever. Ces mèches sont
préparées à l'avance; on a constaté, par exemple, qu'une longueur de
10 centimètres a brûlé en 1 minute, on en prendra 50 centimètres, pour
obtenir la combustion du globe aérien au moment voulu.
Pour plus de sécurité, on ne tentera l'expérience définitive qu'après
avoir sondé l'atmosphère, par des ballons d'essai, afin d'être bien
certain qu'il n'existe pas de courants supérieurs capables de ramener les
projectiles sur ceux qui les ont lancés.--Une fois que les conditions des
mouvements de l'air sont étudiées, le bombardement par aérostats peut se
prolonger autant de temps que le vent restera le même.--Pour enlever une
bombe de vingt kilogrammes, il suffit d'un petit ballonneau de papier de
25 à 30 mètres cubes, gonflé d'hydrogène pur. Avec quelques hommes initiés
au gonflement et à la préparation du gaz, on pourrait lancer ainsi, dans
un temps assez restreint, plusieurs centaines de ballons munis de bombes.
Ce procédé vraiment terrible ne serait surtout efficace que dans l'attaque
d'une place forte, où l'on peut aller toujours chercher le vent, puisqu'on
occupe des positions circulaires, où se trouvent compris les quatre points
cardinaux; cependant il pourrait, dans certains cas, être utilisé en rase
campagne, quand le vent se dirigerait, du point que l'on occupe, vers les
lignes ennemies.
En augmentant le nombre des batteries qui serviraient aux aérostats
d'observation, on aurait toujours le gaz nécessaire pour gonfler les
ballons de bombardement. Il est vraiment affligeant de parler de l'usage
si effroyable qu'il serait possible de faire des aérostats, mais nous ne
devons pas oublier le bombardement de Strasbourg et le bombardement de
Paris. Que les engins meurtriers décrivent dans l'air une vaste parabole
dont l'origine est la gueule d'un canon, qu'ils s'échappent des hauteurs
de l'atmosphère, en tombant d'un aérostat qui brûle, le résultat n'est-il
pas toujours le même? Je sais bien qu'en France on n'emploiera jamais sans
répugnance des moyens de destruction vraiment barbares et féroces, mais
si l'on ne veut pas s'attacher à l'étude des ballons incendiaires, qu'on
n'oublie pas, au moins, les ballons d'observations militaires, dont il est
permis de faire usage sans être accusé de franchir les bornes des droits
de la guerre.
Nous avons rappelé succinctement les expériences aérostatiques du passé;
il appartient à ceux qui réorganisent l'armée de songer aux ballons
militaires pour l'avenir. Après 1871, espérons qu'on saura bien
recommencer ce qui a été fait en 1794, par les aérostiers de la première
République!