Si les inventeurs de ballons dirigeables ont abondé à Tours, comme nous
l'avons dit dans le courant de cet ouvrage, ils n'ont pas non plus fait
défaut à Paris. Nous parlerons en quelques mots des différents projets
soumis à l'Académie des sciences.
M. Sorel (21 novembre 1870) cherche à produire d'abord une différence de
vitesse entre celle du vent et celle du ballon. Il munit la nacelle de
deux hélices, l'une à l'arrière, l'autre à l'avant, il la garnit de trois
voiles latérales. La marche et la direction du ballon devront être la
résultante des forces combinées du vent agissant sur les voiles et sur
l'action mécanique de l'hélice latérale, prenant son point d'appui sur
l'air. L'inventeur oublie dans son système une voile, qui entraînera
probablement toutes les autres. Cette voile immense, qu'il n'a pas vue,
c'est le ballon lui-même.
M. Deroïde (28 novembre 1870) munit son ballon d'un plan incliné, il
s'élève verticalement. Puis, en descendant, il oriente son parachute
plan-incliné, et lance obliquement l'aérostat dans une direction voulue.
Il compte se diriger complètement, en renouvelant successivement et à
plusieurs reprises, ces mouvements d'ascensions verticales et de descentes
obliques. Pour faire descendre à volonté l'aérostat, M. Deroïde se sert
de deux gaz, l'hydrogène et l'ammoniaque; il diminuera la force
ascensionnelle du ballon et le fera descendre, en absorbant l'ammoniaque
par l'eau.
M. Bouvet (12 et 19 décembre 1870) propose de soumettre le gaz du ballon
à l'action de la chaleur, pour obtenir à volonté les ascensions et les
descentes. C'est le gaz du ballon lui-même qui sert de combustible.
Il faudrait prendre garde de ne pas tout enflammer! Voilà un aérostat que
peu d'aéronautes aimeraient conduire dans les airs.
M. Hir (30 janvier 187l) propose de construire un ballon muni de trois
hélices. L'une, placée à l'avant, servira d'hélice de propulsion pour
diriger la marche de l'aérostat, l'autre, placée à l'arrière, tournera
dans un plan perpendiculaire à l'hélice de marche, et servira de
gouvernail. La troisième tournera horizontalement au-dessus du ballon, et
servira à faire monter ou descendre le grand poisson aérien.
Ah! Messieurs les inventeurs! voilà certes des idées ingénieuses en
théorie, mais que de difficultés pratiques dans les constructions, que
d'impossibilités que vous n'entrevoyez même pas! Quand vous aurez fait une
douzaine de bonnes ascensions dans nos aérostats tels qu'ils sont, vous
connaîtrez le ballon, vous saurez ce que c'est que cet océan immense
aux flots mobiles et capricieux qu'on appelle l'atmosphère! A votre
intelligence s'ouvriront des horizons inconnus, des idées nouvelles et
peut-être fécondes. Montez en ballon, devenez des aéronautes, vous pourrez
alors perfectionner la machine que vous aurez étudiée. Jacquard, avant de
construire le métier à tisser, était tisserand lui-même. Bernard Palissy
s'est fait peintre céramiste avant de trouver le secret de l'émail
italien. Si vous voulez améliorer les ballons, les modifier, les munir
d'appareils dirigeables, devenez aéronautes!