63e Ascension. _27 janvier_.--_Le Richard Wallace_ (2,000 mèt.
Cub.). Aéronaute: E. Lacaze, soldat.--Pas de passager.
Dépêches: 220 kil.--Pigeons: 2.
Départ: gare du Nord, 3h. 30 m.
Arrivée: inconnu. Ce ballon a été perdu en mer en vue de la Rochelle.
Il est difficile d'expliquer la cause de ce malheur. L'aérostat monté par
M. Lacaze, a presque touché terre en vue de Niort; on a crié à l'aéronaute
de descendre, mais il est reparti dans les hautes régions de l'air après
avoir vidé un sac de lest. Il a été vu à la Rochelle à une grande hauteur;
au lieu de descendre sur le rivage de la mer, il a continué sa course vers
l'Océan, où on l'a vu se perdre à l'horizon.
L'infortuné Lacaze n'a-t-il pas pu trouver la corde de soupape pour
descendre? S'est-il évanoui dans la nacelle? C'est ce que l'on ne saura
jamais. Ses restes ont aujourd'hui pour tombeau l'immensité des flots!
64e Ascension. 38 _janvier_.--_Le général Cambronne_ (3,000 mèt. cub.).
Aéronaute: Tristan, marin.--Pas de passager.
Dépêches: 20 kilogr.
Départ: gare de l'Est, 6h. m.
Arrivée: Mayenne (Mayenne), 4h. S.
Cet aérostat a apporté en province la nouvelle de l'armistice.
Tels sont les voyages aériens exécutés pendant le siège de Paris.
Soixante-quatre ballons ont franchi les lignes ennemies. Cinq d'entre eux,
comme on l'a vu, ont été faits prisonniers, deux autres se sont perdus
en mer.--Ils ont enlevé dans les airs 64 aéronautes, 94 passagers, 363
pigeons voyageurs, et 9,000 kilogr. de dépêches représentant trois
millions de lettres à 3 gr. Nous ne terminerons pas ce chapitre, sans dire
que les ballons-poste qui ont si puissamment contribué à la prolongation
du siège de Paris, resteront dans l'histoire un sujet d'admiration pour
les amis de la France, comme ils susciteront pendant longtemps la jalousie
de ses ennemis. Un prisonnier de guerre français, retenu à Mayence
pendant la guerre, m'affirmait récemment que les Allemands avaient été
profondément surpris des merveilles de la poste aérienne. Pendant le
siège, il avait entendu dire ces mots à un sujet de Bismark:
--Ces maudits ballons nous font bien du tort, car grâce à eux le
gouverneur de Paris parle sans cesse aux généraux de province. Décidément
ces diables de Français sont ingénieux!