34e Ascension. _2 décembre_.--_Le Volta_ (2,000 mèt.
cub.).--Aéronaute: Chapelain, marin.--Passager: M. Janssen astronome.
Départ: gare d'Orléans, 6h. m.
Arrivée: Savenay (Loire-Inférieure), 11h. 30 m.
M. Janssen emportait avec lui les instruments nécessaires pour observer en
Algérie l'éclipse de soleil.
Ainsi, pendant que l'étranger souillait par sa présence et ses ravages
le sol de la patrie, l'Académie des sciences, restant en dehors de ces
monstruosités sociales, portait toujours ses regards vers les grands
problèmes de la science. Nous croyons devoir reproduire les nobles paroles
de M. Dumas, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, au sujet de
l'expédition scientifique organisée pendant le siège.
Dans la séance du 5 décembre 1870, voici comment s'est exprimé l'illustre
secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences:
«Une éclipse de soleil, totale pour une partie de l'Algérie, aura lieu le
27 décembre. M. Janssen, si célèbre par les belles découvertes qu'il
a effectuées dans l'Inde, à l'occasion de l'éclipse de 1868, était
naturellement désigné de nouveau, pour compléter ses observations, au
patronage et au concours du bureau des longitudes et de l'Académie, qui,
avec l'autorisation de M. le ministre de l'instruction publique, se sont
empressés de les lui accorder.
«M. Janssen est parti de Paris, vendredi à 5 heures du matin, par un
ballon spécial: le _Volta_. L'administration avait bien voulu se mettre
entièrement à sa disposition; cet appareil n'emportait que le savant,
les instruments de la science, et le marin chargé de la manoeuvre. Notre
confrère, M. Charles Deville et moi, nous assistions au départ de M.
Janssen, soit pour l'aider dans ses derniers apprêts, soit pour lui donner
une preuve de plus de l'intérêt que l'Académie porte à ses travaux.
L'ascension, grâce aux précautions minutieuses de M. Godard aîné, s'est
accomplie dans les meilleures conditions, et la direction excellente
prise par l'aérostat, doit faire espérer le succès d'une expédition que
menacent, il est vrai, des périls de plus d'un genre.
«Les secrétaires perpétuels de l'Académie, il est utile de le déclarer
publiquement, se portant garants du caractère absolument scientifique de
l'expédition et de la parfaite loyauté de M. Janssen, l'ont recommandé
officiellement à la protection et à la bienveillance des autorités et des
amis de la science, en quelque lien que les chances du voyage l'aient
dirigé. Il fut un temps, où ce témoignage aurait suffi pour lui assurer un
accueil chevaleresque dans les lignes ennemies. On nous a appris le doute
sur ce point. Aussi chacun a-t-il compris que des rigueurs et des menaces,
non justifiées par les lois de la guerre, aient fait à M. Janssen comme
un devoir de compter sur son propre courage et non sur la générosité
d'autrui. Je suis entouré de témoins qui peuvent attester, cependant,
qu'en pleine guerre, en 1813, Davy, un Anglais, recevait, dans ce palais
même, l'hospitalité de la France, comme un hommage rendu au génie et aux
droits supérieurs de la civilisation.
«En suivant du regard notre digne missionnaire dans l'espace, où il se
perdait peu à peu, j'ai senti ce souvenir se réveiller et renouveler en
moi le besoin de protester, soit au nom de la science, soit au nom des
principes eux-mêmes, contre tout empêchement qui pourrait être mis à son
expédition. Deux inventions françaises, liées aux gloires de l'Académie,
ont concouru aux opérations de la défense: les ballons que Paris investi
expédie, les dépêches microscopiques qui lui reviennent sur l'aile des
pigeons.
«La décision prise par le comte de Bismark de renvoyer devant un conseil
de guerre les personnes qui, montées dans les ballons, auront, sans
autorisation préalable, franchi les lignes ennemies, intéresse donc
l'Académie. Elle ne saurait accepter que des opérations soient punissables
parce qu'elles reposent sur des principes scientifiques nouveaux; que
l'homme dévoué qui, dans l'intérêt de la science, passe au-dessus des
lignes prussiennes, soit coupable de manoeuvre illicite; qu'en donnant,
enfin, nos soins à l'aéronautique, nous ayons contribué nous-mêmes à
fabriquer des engins de guerre prohibés.
«Comment! les voies de terre, de fer nous étaient interdites, la voie de
l'air nous restait seule, inconstante et douteuse; elle n'avait jamais été
pratiquée; quoi de plus légitime que son emploi! Nous l'avons conquise par
des procédés méthodiques, et si elle fonctionne régulièrement au profit de
nos armes, où est le délit?
«Que l'ennemi détruise, s'il le peut, nos ballons au passage; qu'il
s'empare de nos aéronautes au moment où ils touchent terre, soit; c'est
son intérêt, c'est chance de guerre. Mais que les personnes, tombant ainsi
entre ses mains, soient livrées à une cour martiale, au loin, en pays
ennemi, comme des criminels, c'est un abus de la force....
«Dans Syracuse assiégée, Archimède opposant aussi aux efforts de l'ennemi
toutes les ressources de la science de son temps, rendait pour les Romains
l'attaque de plus en plus meurtrière. Marcellus, loin de lui faire un
crime d'avoir prolongé la défense par ses inventions, ordonna que la
vie de ce grand homme fût respectée, et, plein de regret pour sa mort
fortuite, entoura sa famille de soins et d'égards!...»
Ajoutons pour l'honneur de M. Janssen que, lors de son départ, il apprit
que les savants anglais lui offraient un laisser-passer à travers les
lignes prussiennes, M. Janssen refusa; il préféra ne rien devoir à
l'ennemi de son pays, et il aima mieux risquer les chances du voyage
aérien!
35e Ascension. _4 décembre_.--_Le Franklin_ (2,050 mèt.
cub.).--Aéronaute: Marcia, marin.--Passager: M. le comte d'Andrecourt,
officier d'état-major du général Trochu, il apporte en province les
nouvelles de la prise du plateau d'Avron.
Départ: gare d'Orléans, 1h. m.
Arrivée: près Nantes (Loire-Inférieure), 8h. m.
36e Ascension. _5 décembre_.--_L'armée de Bretagne_ (
mèt. cub.). Aéronaute: Surrel.--Passager: M. Lavoine, consul à
Jersey.--Dépêches: 400 kil.
Départ: gare du Nord, 6h. m.
Arrivée: Bouillet (Deux-Sèvres). L'aéronaute à la descente a été assez
grièvement blessé à la tête.
37e Ascension. _7 décembre_.--_Le Denis Papin_ (2,000 mèt.
cub.).--Aéronaute: Domalin, marin.--Passagers: MM. Montgaillard, Delort et
Robert, inventeurs des cylindres sous-aquatiques, pour le transport des
lettres de province par la Seine.--Dépêches: 55 kil. Pigeons: 3.
Départ: gare d'Orléans, 4h. m.
Arrivée: près le Mans (Sarthe), 7 h.m.
38e Ascension. _11 décembre_.--_Le général Renault_ (2,000 mèt.
cub.).--Aéronaute: Joignerey, gymnaste.--Passagers: MM. Wolff et
Lermanjat.--Dépêches: 1,000 kil.--Pigeons: 12.
Départ: gare du Nord, 3h. 15m.
Arrivée: (Seine-Inférieure) près Rouen, 5h. 30m., 130 kil. en 3h. 15.