31e Ascension. _30 novembre_.--Le _Jacquard_ (2,000 mèt.
cub.).--Aéronaute: Prince, marin.--Pas de passager.
Dépêches: 250 kil.
Départ: gare d'Orléans, 11h. soir.
Arrivée: lieu inconnu.
Il paraît que lorsque le marin Prince partit en ballon, il s'écria
avec enthousiasme: «Je veux faire un immense voyage, on parlera de mon
ascension!» Il s'éleva lentement à 11 heures du soir, par une nuit
noire.--On ne l'a jamais revu depuis.
Un navire anglais aperçut le ballon, en vue de Plymouth; il se perdit en
mer. Quel drame épouvantable a dû torturer l'esprit de l'infortuné Prince,
avant de trouver la plus horrible des morts! Seul du haut des airs, il
contemple l'étendue de l'Océan où fatalement il doit descendre. Il compte
les sacs de lest, et ne les sacrifie qu'avec une parcimonie scrupuleuse.
Chaque poignée de sable qu'il lance est un peu de sa vie qui s'en va.--Il
arrive, ce moment suprême, où tout est jeté par dessus bord! Le ballon
descend, se rapproche du gouffre immense!... La nacelle se heurte sur la
cime des vagues, elle n'enfonce pas, elle glisse à la surface des flots,
entraînée par le globe aérien, qui se creuse comme une grande voile!
Pendant combien de temps durera ce sinistre voyage? Il peut se prolonger
jusqu'à ce que la mort saisisse l'aéronaute, par la faim, par le froid
peut-être!--Quel épouvantable et navrant tableau, que celui de ce
voyageur, perdu dans l'immensité de la mer! Il cherche de loin un
navire..., jusqu'au dernier moment il espère le salut!
Pauvre Prince, brave marin, tu as perdu la vie pour ton pays, l'histoire
enregistrera ton nom--ainsi que celui de Lacaze qui est mort comme toi, au
milieu de l'Océan--sur la liste des hommes de coeur, qui dans les moments
suprêmes savent noblement mourir pour la patrie!