Depuis l'invention, par Marconi, du premier appareil de télégraphie sans
fil, de nombreux savants, le professeur Saby en Allemagne, M. Popof en
Russie, M. Forest en Amérique, le capitaine Cervera en Espagne, MM.
Ducretet et Rochefort en France, se sont efforcés d'apporter au système
les perfectionnements indispensables: amélioration des installations;
isolement des communications ou syntonisation des postes; augmentation
de la distance de transmission.
[Illustration: Le poste de télégraphie sans fil de Villejuif: vue
intérieure.]
La télégraphie, sans fil emploie les ondes électriques produites dans
des conditions déterminées et dont, avant Marconi, MM. Maxwell, Herz et
Branly avaient révélé les propriétés et indiqué l'utilisation possible.
Ces ondes sont analogues aux ondes lumineuses qui émanent des corps
incandescents. Pour faciliter leur production, le poste transmetteur et
le poste récepteur sont munis chacun d'une antenne, sorte de tige
métallique fixée à une hauteur du sol qui varie avec la portée de
transmission à obtenir et qui, pour un rayon d'action de 50 kilomètres
sur mer, doit atteindre jusqu'à 40 ou 50 mètres, ce qui est beaucoup.
Les ondes partent de l'antenne du poste transmetteur; celle du poste
récepteur les recueille et les dirige sur l'appareil enregistreur ou
_cohéreur_. Mais, trop fréquemment, il arrive que les cohéreurs se
permettent d'enregistrer des communications qu'on ne leur destine pas.
Si, en effet, plusieurs postes récepteurs se trouvent situés dans la
zone d'action ou champ d'un même poste transmetteur, le cohéreur de
chaque poste récepteur se laisse impressionner par les ondes émanant du
poste transmetteur. Il se produit quelque chose d'analogue avec ce qui
se passe lorsqu'on jette une pierre dans une eau tranquille et que
plusieurs bouchons de liège flottent dans l'espace où se forment les
ondes aquatiques: tous ces bouchons exécutent des mouvements de bas en
haut déterminés par la production des ondes.
En dépit de ces désavantages auxquels on remédiera certainement avec un
peu de temps, la télégraphie sans fil est appelée à rendre les plus
grands services au commerce maritime et à la navigation en général. Elle
permettra de maintenir en pleine mer des communications avec la côte et
surtout de donner aux navires en détresse la possibilité d'obtenir des
secours, même s'ils se trouvent à une distance considérable d'un port.
Ces considérations n'avaient pas échappé à notre administration des
postes et télégraphes qui, dans le but de généraliser ce mode de
transmission entre la mer et le littoral, songea à faire valoir son
monopole des communications aériennes. Aussi, après avoir établi, à
Villejuif et au moulin de Chérisy, deux postes d'expérimentation de
télégraphie sans fil, cette administration, autorisée par décret du 27
février 1904, a-t-elle pris possession, d'accord avec la marine, de tous
les postes que l'administration de la rue Royale possédait sur le
territoire français. Grâce à ce changement de mains, ces postes, occupés
par un personnel spécialisé, pourront être ouverts à la télégraphie
privée sans cesser de rendre au département de la marine tous les
services désirables. On évitera de la sorte les inconvénients auxquels
pouvait donner lieu le fonctionnement de deux réseaux parallèles,
ressortissant à deux administrations différentes, notamment une dualité
de personnel, des frais superflus et surtout un enchevêtrement des
communications qui nous eût ramenés aux plus beaux jours des malentendus
téléphoniques.
L'administration des postes et des télégraphes a ouvert, dans le courant
de l'année dernière, deux postes que possédait antérieurement la marine:
l'un à Ouessant, l'autre à Porquerolles. On procédera prochainement à
une installation analogue à Cherbourg, tandis que des expériences seront
faites en vue de la construction d'un poste extra-puissant à Toulon.