[Illustration: M. Farion, le centenaire de Verjux, et sa femme.]
[Illustration: Maison natale de Mme Boucicaut, fondatrice du Bon
Marché.--_Clichés Ronco, Beaune._]
Partout en France, sauf à Verjux--près de Chalon-sur-Saône--la moyenne
de la mortalité humaine est trente-trois ans, dit-on. A Verjux, par
exception, et pendant les trois dernières années, cette moyenne s'est
élevée à soixante-quatre, soixante-cinq et soixante-six ans. Pour peu
que la progression continue, tout le monde, dans ce pays-là, deviendra
centenaire comme M. Augustin Farion.
M. Farion est né à Verjux le 17 août 1805. Il a vu et entendu beaucoup
de choses, pendant un siècle, sans quitter son lopin de terre. Il a
connu et vénéré Mme Boucicaut, la bienfaitrice du pays. Il a élevé trois
enfants qui sont maintenant des vieillards.
Actuellement, le centenaire de Verjux a toujours bon pied, bon oeil, ou
presque. Il possède encore sa femme, l'heureux homme! Ah! dame, ce n'est
pas une jeunesse, la femme du père Farion. Elle va bien sur ses
quatre-vingt-onze ans puisqu'elle est née le 7 mars 1815. Mais cela
n'empêche pas le ménage d'être très uni, au contraire. Et l'on a pu se
convaincre, la semaine dernière, tandis que l'on célébrait leurs noces
de platine--organisées par le châtelain de Gergy, M. Louis Morin--que
les deux bons vieux s'aimaient encore et se taquinaient comme à vingt
ans. Ah! ces noces! Imaginez-vous une escorte d'honneur d'octogénaires,
un garçon d'honneur de quatre-vingt-six ans et une fille d'honneur de
quatre-vingt-sept, échangeant des galanteries chevrotantes, un banquet
et un bal de vieux, tout cela formant un très attendrissant tableau.
Ajoutons que l'on accède à Verjux par un pont que fit construire Mme
Boucicaut. Sur l'une des places du village, un monument commémore la vie
charitable de la noble femme dont la maison natale--une simple
chaumière--est située à Monts, à un kilomètre de Verjux.