La maison neuve n’est plus à lui. La moitié de l’argent empilé dans les
bottes a payé l’incendie, qui a été grave. Pourtant l’échoppe n’a pas
souffert. La verdure, depuis ce jour (qui fut il y a deux ans), a
repoussé; et l’horloge, au fond de l’échoppe, fait tac, tac, comme si
rien ne s’était passé.
Sur la place, les arbres tour à tour sont verts ou jaunissants ou tout
dépouillés. La fontaine aux quatre becs coule, coule, coule avec son
bruit gai, d’une gaieté triste parce qu’elle n’a point d’âme, et qu’elle
laisse indifféremment passer les morts et les nouveaux-nés.
Enterrements, mariages, baptêmes, sur la place de l’église de mon
village, cela se voit tous les jours. Le chœur des grenouilles fait la
nuit un grand tapage qui ne déplaît pas à ceux qui ont coutume de
l’entendre, lesquels se réveilleraient brusquement, si ce bruit venait à
se taire. En été, les cigales saccadées bruissent dans les hautes
branches des platanes remués, sous lesquels l’ombre est criblée de ronds
lumineux qui eux aussi s’agitent selon le vent, comme nos âmes qui
toujours vont de l’espérance à la crainte, toujours! Tac, tac, pan, pan!
le temps coule, le marteau frappe; les hommes marchent, les souliers
s’usent... «Bonjour! bonjour! père Martin!...»