--Bonsoir, Antoine, et ta statue?... Tu as une statue en train?
--Merveilleuse, ami, merveilleuse.
--Et le sujet, peut-on savoir?
--Oh! bien simple: un coureur tout nu; mais si lancé qu’on croit qu’il
gagnera le prix de la course. Il est seul parce que--on le devine--il a
laissé les autres coureurs bien loin derrière lui, là-bas, tout là-bas,
perdus dans la poussière soulevée!... Et tout cela dans ma statue, doit
se voir écrit comme dans un livre, ou comme dans un tableau... La foule
applaudit. On l’acclame, tant il court bien, mon coureur! Sa main,
tendue, déjà, en rêve, saisit la palme! la palme glorieuse, la
palme!--Les filles agitent les mouchoirs! Elles l’aiment. Il est si
beau! Chaque muscle sera en place, comme copié sur nature, bien que nul
modèle ne puisse, immobile, me donner le mouvement d’un coureur si
violemment lancé, de tout son être, en avant, vers la victoire!...