Et aujourd’hui, cette année, comprenez-vous!--une idée lui était venue,
brusque, en coup de lumière: «Il me faut, il me faudrait, pour ce
soir--toute seule c’est trop triste!--un petit enfant!... J’achèterai un
bel arbre... je croirai voir mon petit Paul... Il serait content, le
petit garçon à qui je donnerais tant de choses... et ses parents aussi
seraient très contents.»
Puis, une idée poignante avait succédé: «Je ne connais pas d’enfant. Et,
si j’en connaissais un, ses parents voudraient-ils me le prêter, à
moi?... et toute une nuit?... une nuit de Noël, surtout?»
Alors elle avait pleuré beaucoup. «Suis-je bête!» se disait-elle. Et
elle reprenait: «Ce serait pourtant bon, de revivre un soir ma vie
d’autrefois?...»
La pauvre fille fut alors prise, comme d’une rage, du désir fou de
goûter à nouveau les sensations de mère qui l’avaient rendue si heureuse
dans la pauvreté, si fière d’elle dans sa honte!
Puis, elle avait renoncé, par raison, à son projet d’emprunter un
enfant...
Et, cependant, elle avait acheté, le jour de Noël, un bel arbre, très
grand, et l’avait elle-même chargé de joujoux, de bonbons, noués par des
faveurs... Et elle se promettait d’en allumer les bougies mignonnes,
cette nuit, quand elle serait seule... Elle regarderait le pauvre pantin
de Paul, et se mettrait à pleurer... Ce serait sa messe de minuit, comme
une messe de naissance et de mort à la fois, la messe de ses souvenirs.
Dans sa simplicité, elle se sentait très religieuse, très sanctifiée par
son intention... Elle se rappelait les messes de minuit, dans sa petite
ville, où l’on priait vraiment, où l’on riait pourtant beaucoup... et
où... à la sortie... Ah! l’amour! quelle triste chose!...