Et pendant le repas, de temps en temps, les enfants regardent leur
crèche, pour voir si rien n’a bougé... mais rien ne bouge, s’ils n’y
touchent pas!
Revenons à mon grand-père. La crèche fut faite, comme j’ai dit, dans la
grande cheminée. C’était magnifique. On alluma des lampes. Les voisins
vinrent voir. On en parla beaucoup dans tout le village.
«Et vous allez détruire cette belle crèche! Comment pourrez-vous faire
ça?»
Non, on ne la détruisit pas! Il fut convenu que la crèche resterait
jusqu’à l’année prochaine, dans la grande cheminée. Et elle y resta, en
effet; seulement, on fit tomber, devant,--un rideau, et elle attendit la
Noël prochaine.
--N’y touche pas, Jacques, jusqu’à la Noël, avait-on dit à mon
grand-père. Le bonhomme Noël ne serait pas content!
Mais le diable est fin... et comme la Noël suivante approchait, mon
grand-père, le petit Jacques, était très tourmenté de l’idée de la
crèche.
Tout était-il bien resté en ordre depuis un an? la mousse était-elle
encore verte? et toutes ces grandes branches de houx, avec des fruits
rouges, les tiges de bruyère, qui jouaient des forêts véritables, ne
faudrait-il pas les renouveler?... Jacques était donc très tourmenté.
Une nuit, la veille de la Noël, il n’y tint plus, il se leva tout
doucement... (à huit ans, on se lève tout seul), il alluma une allumette
qu’il avait volée, ce qui lui était encore plus défendu que tout le
reste, et, une bougie à la main, il alla visiter sa crèche.