VI

Et pendant le repas, de temps en temps, les enfants regardent leur

crèche, pour voir si rien n’a bougé... mais rien ne bouge, s’ils n’y

touchent pas!

Revenons à mon grand-père. La crèche fut faite, comme j’ai dit, dans la

grande cheminée. C’était magnifique. On alluma des lampes. Les voisins

vinrent voir. On en parla beaucoup dans tout le village.

«Et vous allez détruire cette belle crèche! Comment pourrez-vous faire

ça?»

Non, on ne la détruisit pas! Il fut convenu que la crèche resterait

jusqu’à l’année prochaine, dans la grande cheminée. Et elle y resta, en

effet; seulement, on fit tomber, devant,--un rideau, et elle attendit la

Noël prochaine.

--N’y touche pas, Jacques, jusqu’à la Noël, avait-on dit à mon

grand-père. Le bonhomme Noël ne serait pas content!

Mais le diable est fin... et comme la Noël suivante approchait, mon

grand-père, le petit Jacques, était très tourmenté de l’idée de la

crèche.

Tout était-il bien resté en ordre depuis un an? la mousse était-elle

encore verte? et toutes ces grandes branches de houx, avec des fruits

rouges, les tiges de bruyère, qui jouaient des forêts véritables, ne

faudrait-il pas les renouveler?... Jacques était donc très tourmenté.

Une nuit, la veille de la Noël, il n’y tint plus, il se leva tout

doucement... (à huit ans, on se lève tout seul), il alluma une allumette

qu’il avait volée, ce qui lui était encore plus défendu que tout le

reste, et, une bougie à la main, il alla visiter sa crèche.

L'Été à l'ombre · 第 65 / 135 题