Comment donc s’amusent chez nous les petits enfants pour la Noël?
Voilà, ils font des «crèches». Et comment fait-on des crèches? Voici:
On prend une caisse de bois, de la grandeur qu’on veut, on la pose sur
une table ou sur une étagère, et, au lieu de la laisser debout,
l’ouverture en haut comme si on voulait la remplir de quelque chose, on
la renverse. De cette manière, l’un des côtés étant l’ouverture, elle a
tout de suite l’air d’un théâtre.
Dans ce théâtre, on met les décors. Oh! les jolis décors!... Ce sont
d’abord des pierres naturelles, les plus pleines de trous et de bosses
qu’on puisse trouver dans la colline ou au bord de la mer.
Après cela, on va chercher de belles plaques de mousse bien verte. On en
trouve dans la colline, du côté du nord, au fond des ravins où le soleil
n’entre jamais. La mousse est là, qui vit bien tranquille, au pied des
bruyères. Elle est épaisse et molle comme un beau tapis:--c’est vrai
qu’on dirait du velours... mais c’est plus beau. Cette mousse est formée
de milliers de petites étoiles vertes pressées les unes contre les
autres. Il y a quelquefois dessus des aiguilles de pins qui sont
tombées... on les écarte ou on les laisse, s’il n’y en a pas trop, car
cela aussi est joli. Elle est tout humide, la mousse, puisqu’elle vit
d’humidité... On enfonce ses cinq doigts tout droits dedans, puis, bien
doucement, on glisse sa main par dessous, à peu près comme on fait pour
prendre une toupie en train de tourner... Quand on a placé ainsi sa
main, on la soulève avec précaution; de tous les côtés les brins de
mousse s’arrachent et on a une belle plaque, avec les racines qui
portent de la terre mouillée, légère... on dirait véritablement une
prairie, une prairie tout entière. Quelquefois une fougère naissante est
venue avec; alors il semble tout à fait qu’on a dans la main une grande
prairie, avec un grand arbre au milieu! Quand on a la mousse (on peut en
prendre aussi sur les murailles, toujours au nord, mais celle-là est
moins souple, moins belle, moins vivante), on la porte à la maison et on
la met, à son idée, sur les pierres qui font le décor du théâtre.
Et, tout de suite, les pierres ont l’air d’être des montagnes... Voici
des chemins pour les charrettes, d’autres où ne peuvent passer que les
mulets et les hommes, d’autres où ne pourront venir que les chèvres
seulement... le berger sera bien forcé de rester plus bas... ce sont des
cimes inaccessibles.
Quand tout ce pays est bien arrangé, on pense à montrer qu’il y a de
l’eau; alors on pose un morceau de vitre ou de miroir entre deux
pierres... on fait déborder, par-dessus, tout autour, un peu de mousse
verte, et voilà un bassin, une source... Ah! que c’est beau!
Mais le décor n’est rien. Il faut que la pièce commence. C’est toujours
la même, et elle est si touchante! Le petit enfant Jésus est né dans une
étable... Il est couché sur de la paille. Sa mère et saint Joseph le
regardent, et, de tous les côtés, des paysans, des pâtres, lui apportent
des présents, parce qu’un ange, descendu du ciel, leur a annoncé la
grande nouvelle... Il vient aussi des rois pour voir Jésus dans son
berceau... Ceux-là, une étoile marche devant eux, qui leur montre le
chemin...