Il ajouta: «Je ne suis pas une bête!»

--Enfin, il est à toi!... Puisque je te le dis!... Je pense que tu aimes

les pigeons?... Eh bien! en voilà un! Du reste, j’en avais deux: il m’en

fallait deux!... Je ne sais que faire d’un seul... je te répète qu’il

est à toi, celui-ci...»

Je le flattai de la main, en songeant:

«Canaille! voleur! tu m’as trahi comme si tu n’étais qu’un homme! Tu es

un chien perfide! Tu as menti à toute une existence de loyauté, gredin!»

A haute voix, j’ajoutai:--«Oh! le bon chien! le brave chien! l’honnête

chien! Oh! qu’il est beau!»

Il se décida, prit le pigeon entre les dents, se leva, et s’en alla,

lentement, non sans tourner de mon côté la tête plusieurs fois, _pour

voir ma pensée véritable_.

Dès qu’il fut dehors, sur la terrasse, je fermai la porte à claire-voie,

et je demeurai à l’épier.

Il fit quelques pas, comme résolu à aller dévorer sa proie plus loin,

puis s’arrêta de nouveau, posa encore son pigeon à terre et _réfléchit

longtemps_. Plusieurs fois il regarda la porte avec son œil faux. Puis

il renonça à chercher une explication satisfaisante, se contenta du

fait, ramassa sa proie et s’éloigna... Et à mesure qu’il s’éloignait, la

queue, timide, hésitante dans ses attitudes depuis notre conversation,

devenait sincère: «Bah! attrapons toujours ça! Personne ne me regarde?

Vive la joie! Qui vivra, verra!»

Je le suivis de loin et je le surpris en train de creuser dans la terre

un trou avec ses deux pattes, très actives. Le pigeon que je lui avais

offert traîtreusement, était à côté de la fosse... Je grattai la terre

moi-même, tout au fond... Le premier pigeon était là, volé! habilement

caché!

J’étais navré. Mon ami Pierrot, revenu aux instincts de ses congénères,

les renards et les loups, enterrait ses provisions. Mais, animal

domestique, _il avait appris à mentir_!

Je fis, sous les yeux du menteur, un paquet des grosses plumes de mes

deux pigeons, et je déposai ce plumeau sur ma table de travail.

Et quand Pierrot m’apportait la boule, en disant d’un air dégagé: «Eh

bien! voyons, ne pense plus à ça, jouons!» j’élevais le petit balai de

plumes... et Pierrot baissait la tête... la queue se rabattait honteuse,

se collait à son pauvre ventre frémissant... La boule lui tombait des

dents! «Mon Dieu! mon Dieu! tu ne me pardonneras donc jamais!»

--Tu ne m’aimais pas, lui dis-je un matin, non, tu ne m’aimais pas,

puisque tu m’as trompé, et si savamment!

Je ne sais qui me répondit, avec bonne humeur:--«Mais si, mais si, mon

cher, il vous aimait! et il vous aime encore sincèrement... mais que

voulez-vous? il aimait aussi le pigeon!... Il est bien assez puni,

maintenant, allez!»

L'Été à l'ombre · 第 31 / 135 题