Nous ne multiplierons pas ces exemples; ils sont entre les mains de tout

le monde, et les monuments sont là qui parlent éloquemment. Blois,

Gaillon, Azay-le-Rideau, Chenonceau, Amboise, le château neuf de Loches,

le château d'Ussé et tant d'autres demeures seigneuriales du

commencement du XVIe siècle, offrent un charmant sujet d'études pour les

architectes; elles sont la plus brillante expression de la renaissance

française et, ce qui ne gâte rien, la plus raisonnable application de

l'art antique chez nous. La royauté donnait l'exemple, et c'est autour

d'elle que s'élèvent les plus beaux châteaux du XVIe siècle. Souveraine

de fait, désormais, elle donnait l'impulsion aux arts comme à la

politique. François Ier, ce roi chevalier qui porta le dernier coup à la

chevalerie, détruisait les anciennes résidences royales, et son exemple

fit renverser plus de donjons que tous ses devanciers et successeurs

réunis ne purent faire par la force. Il jeta bas la grosse tour du

Louvre, de laquelle relevaient tous les fiefs de France. Quel seigneur

de la cour, après cela, pouvait songer à conserver son nid féodal? Ce

prince commence et achève la transition entre la demeure seigneuriale du

moyen âge et le château moderne, celui de Louis XIII et de Louis XIV. Il

bâtit Chambord et Madrid. Le premier de ces deux palais conserve encore

l'empreinte du château féodal; le second n'est qu'une demeure de

plaisance, dans laquelle on ne trouve plus trace des anciennes

traditions. Quoique nous ne soyons pas un admirateur passionné du

château de Chambord, il s'en faut de beaucoup, cependant nous ne pouvons

le passer sous silence; il doit naturellement clore cet article. Nous en

donnons ici le plan (38)[154].

Il n'est personne en France qui n'ait vu cette singulière résidence.

Vantée par les uns comme l'expression la plus complète de l'art de

l'architecture au moment de la renaissance, dénigrée par les autres

comme une fantaisie bizarre, un caprice colossal, une oeuvre qui n'a ni

sens ni raison, nous ne discuterons pas ici son mérite; nous prendrons

le château de Chambord pour ce qu'il est, comme un essai dans lequel on

a cherché à réunir deux programmes sortis de deux principes opposés, à

fondre en un seul édifice le château fortifié du moyen âge et le palais

de plaisance. Nous accordons que la tentative était absurde; mais la

renaissance française est, à son début, dans les lettres, les sciences

ou les arts, pleine de ces hésitations; elle ne marche en avant qu'en

jetant parfois un regard de regret derrière elle; elle veut s'affranchir

du passé et n'ose rompre avec la tradition; le vêtement gothique lui

paraît usé, et elle n'en a pas encore un autre pour le remplacer.

Le château de Chambord est bâti au milieu d'un territoire favorable à la

chasse, entouré de bois couvrant une plaine agreste; éloigné des villes,

c'est évidemment un lieu de plaisir, retiré, parfaitement choisi pour

jouir à la fois de tous les avantages qu'offrent la solitude et

l'habitation d'un palais somptueux. Pour comprendre Chambord, il faut

connaître la cour de François Ier. Ce prince avait passé les premières

années de sa jeunesse près de sa mère, la duchesse d'Angoulême, qui,

vivant en mauvaise intelligence avec Anne de Bretagne, éloignée de la

cour, résidait tantôt dans son château de Cognac, tantôt à Blois, tantôt

à sa maison de Romorantin. François avait conservé une affection

particulière pour les lieux où s'était écoulée son enfance dans la plus

entière liberté. Parvenu au trône, il voulut faire de Chambord, qui

n'était jusqu'alors qu'un vieux manoir bâti par les comtes de Blois, un

château magnifique, une résidence royale. On prétend que le Primatice

fut chargé de la construction de Chambord; le Primatice serait-il là

pour nous l'assurer, nous ne pourrions le croire, car Chambord n'a aucun

des caractères de l'architecture italienne du commencement du XVIe

siècle; c'est, comme plan, comme aspect et comme construction, une

oeuvre non-seulement française, mais des bords de la Loire. Si l'on veut

nous accorder que le Primatice ait élevé Chambord en cherchant à

s'approprier le style français, soit; mais alors cette oeuvre n'est pas

de lui, il n'y a mis que son nom, et cela nous importe peu[155].

Le plan de Chambord est le plan d'un château français; au centre est

l'habitation seigneuriale, le donjon, flanqué de quatre tours aux

angles. De trois côtés, ce donjon est entouré d'une cour fermée par des

bâtiments, munis également de tours d'angles. Conformément à la

tradition du château féodal, le donjon donne d'un côté directement sur

les dehors et ne se réunit aux dépendances que par deux portiques ou

galeries. La grand'salle, figurant une croix, forme la partie principale

du donjon. Au centre est un grand escalier à double vis permettant à

deux personnes de descendre et monter en même temps sans se rencontrer,

et qui communique du vestibule inférieur à la grand'salle, puis à une

plate-forme supérieure. Cet escalier se termine par un couronnement à

jour et une lanterne qui sert de guette. Dans les quatre tours et les

angles compris entre les bras de la salle, en forme de croix, sont des

appartements ayant chacun leur chambre de parade, leur chambre, leurs

retraits, garde-robes, privés et escalier particulier. La tour A

contient, au premier étage, la chapelle. Les bâtiments des dépendances,

simples en épaisseur suivant l'usage, sont distribués en logements; des

fossés entourent l'ensemble des constructions. Du donjon on descendait

dans un jardin terrassé et environné de fossés, situé en B. Les écuries

et la basse-cour occupaient les dehors du côté de l'arrivée par la route

de Blois. Comme ensemble, c'est là un château féodal, si ce n'est que

tout est sacrifié à l'habitation, rien à la défense; et cependant ces

couloirs, ces escaliers particuliers à chaque tour, cet isolement du

donjon rappellent encore les dispositions défensives du château

fortifié, indiquent encore cette habitude de l'imprévu, des issues

secrètes et des surprises. Ce n'était plus, à Chambord, pour dérouter un

ennemi armé que toutes ces précautions de détail étaient prises, mais

pour faciliter les intrigues secrètes de cette cour jeune et toute

occupée de galanteries. C'était encore une guerre.

Chambord est au château féodal des XIIIe et XIVe siècles ce que l'abbaye

de Thélème est aux abbayes du XIIe siècle; c'est une parodie. Plus riche

que Rabelais, François Ier réalisait son rêve; mais ils arrivaient tous

deux au même résultat: la parodie écrite de Rabelais sapait les

institutions monastiques vieillies, comme la parodie de pierre de

François Ier donnait le dernier coup aux châteaux fermés des grands

vassaux. Nous le répétons, il n'y a rien d'italien en tout ceci, ni

comme pensée ni comme forme.

À l'extérieur, quel est l'aspect de cette splendide demeure? C'est une

multitude de combles coniques et terminés par des lanternes s'élevant

sur les tours, des clochetons, d'immenses tuyaux de cheminée richement

sculptés et incrustés d'ardoises, une forêt de pointes, de lucarnes de

pierre; rien enfin qui ressemble à la demeure seigneuriale italienne,

mais, au contraire, une intention évidente de rappeler le château

français muni de ses tours couvertes par des toits aigus, possédant son

donjon, sa plate-forme, sa guette, ses escaliers à vis, ses couloirs

secrets, ses souterrains et fossés.

Mais Chambord nous donne l'occasion de signaler un fait curieux. Dans

beaucoup de châteaux reconstruits en partie au commencement du XVIe

siècle, on conserva les anciennes tours, autant à cause de leur extrême

solidité et de la difficulté de les démolir que parce qu'elles étaient

la marque de la demeure féodale. Mais pour rendre ces tours habitables,

il fallait les éclairer par de larges fenêtres. Pratiquer des trous à

chaque étage et construire des baies en sous-oeuvre eût été un travail

difficile, dispendieux et long. On trouva plus simple, dans ce cas, pour

les tours avec planchers de bois (et c'était le plus grand nombre), de

pratiquer du haut en bas une large tranchée verticale et de remonter

dans cette espèce de créneau autant de fenêtres qu'il y avait d'étages,

en reprenant seulement ainsi les pieds-droits les linteaux et alléges.

Une figure est nécessaire pour faire comprendre cette opération. Soit

(39) une tour fermée; on y pratiquait une tranchée verticale, ainsi

qu'il est indiqué en A, tout en conservant les planchers intérieurs.

Puis (39 bis) on bâtissait les fenêtres nouvelles, ainsi qu'il est

indiqué dans cette figure. Pour dissimuler la reprise et éviter la

difficulté de raccorder les maçonneries neuves des pieds-droits avec les

vieux parements extérieurs des tours, qui souvent étaient fort

grossiers, on monta, de chaque côté des baies, des pilastres peu

saillants se superposant à chaque étage. Cette construction en

raccordement, donnée par la nécessité, devint un motif de décoration

dans les tours neuves que l'on éleva au commencement du XVIe siècle,

ainsi que nous le voyons dans les vues des châteaux de Bury et de

Chambord. Les machicoulis devinrent aussi l'occasion d'une décoration

architectonique là où on n'en avait plus que faire pour la défense; à

Chambord, les tours et murs des bâtiments sont couronnés par une

corniche qui rappelle cette ancienne défense; elle se compose de

coquilles posées sur des corbeaux et formant ainsi un encorbellement

dont la silhouette figure des machicoulis. Rien d'italien dans ces

traditions, qui sont à Chambord la décoration principale de tous les

extérieurs.

Au XVIe siècle, le sol français était couvert d'une multitude de

châteaux qui faisaient l'admiration des étrangers. Car, à côté des

vieilles demeures féodales que leur importance ou leur force avaient

fait conserver, à la place de presque tous les châteaux de second ordre,

les seigneurs avaient élevé des habitations élégantes et dans la

construction desquelles on cherchait à conserver l'ancien aspect

pittoresque des demeures fortifiées. Les guerres de religion, Richelieu

et la Fronde en détruisirent un grand nombre. Alors la noblesse dut

s'apercevoir, un peu tard, qu'en rasant elle-même ses forteresses pour

les remplacer par des demeures ouvertes, elle avait donné une force

nouvelle aux envahissements de la royauté. C'est surtout pendant les

luttes de la fin du XVIe siècle et du commencement du XVIIe que les

suprêmes efforts de la noblesse féodale se font sentir. Agrippa

d'Aubigné nous paraît être le dernier rejeton de cette race puissante;

c'est un héros du XIIe siècle qui surgit, tout d'une pièce, dans des

temps déjà bien éloignés, par les moeurs, de cette grande époque. Le

dernier peut-être il osa se renfermer dans les forteresses de Maillezay

et du Dognon, les garder contre les armées du roi, auxquelles il ne les

rendit pas; en quittant la France il les vendit à M. de Rohan. Avec cet

homme d'un caractère inébranlable, mélange singulier de fidélité et

d'indépendance, plus partisan que français, s'éteint l'esprit de

résistance de la noblesse. Quand, de gré ou de force, sous la main de

Richelieu et le régime absolu de Louis XIV, la féodalité eut renoncé à

lutter désormais avec le pouvoir royal, ses demeures prirent une forme

nouvelle qui ne conservait plus rien de la forteresse seigneuriale du

moyen âge.

Cependant le château français, jusqu'au XVIIIe siècle, fournit des

exemples fort remarquables et très-supérieurs à tout ce que l'on trouve

en ce genre en Angleterre, en Italie et en Allemagne. Les châteaux de

Tanlay, d'Ancy-le-Franc, de Verneuil, de Vaux, de Maisons, l'ancien

château de Versailles, les châteaux détruits de Meudon, de Rueil, de

Richelieu, de Brèves en Nivernais, de Pont en Champagne, de Blérancourt

en Picardie, de Coulommiers en Brie, offrent de vastes sujets d'études

pour l'architecte. On y trouve la grandeur du commencement du XVIIe

siècle, grandeur solide, sans faux ornements; des dispositions larges et

bien entendues, une richesse réelle. Dans ces demeures, il n'est plus

trace de tours, de créneaux, de passages détournés; ce sont de vastes

palais ouverts, entourés de magnifiques jardins, faciles d'accès. Le

souverain peut seul aujourd'hui remplir de pareilles demeures, aussi

éloignées de nos habitudes journalières et de nos fortunes de parvenus

que le sont les châteaux fortifiés du moyen âge.

La révolution de 1792 anéantit à tout jamais le château, et ce que l'on

bâtit en ce genre aujourd'hui, en France, ne présente que de pâles

copies, d'un art perdu, parce qu'il n'est plus en rapport avec nos

moeurs. Un pays qui a supprimé l'aristocratie et tout ce qu'elle

entraîne de priviléges avec elle ne peut sérieusement bâtir des

châteaux. Car qu'est-ce qu'un château avec la division de la propriété,

sinon un caprice d'un jour? Une demeure dispendieuse qui périt avec son

propriétaire et ne laissant aucun souvenir, est destinée à servir de

carrière pour quelques maisons de paysans ou des usines.

Nos vieilles églises du moyen âge, toutes dépouillées qu'elles soient,

sont encore vivantes; le culte catholique, ne s'est pas modifié; et s'il

est survenu, depuis le XIIIe siècle, quelques changements dans la

liturgie, ces changements n'ont pas une assez grande importance pour

avoir éloigné de nous les édifices sacrés. Mais les châteaux féodaux

appartiennent à des temps et à des moeurs si différents des nôtres,

qu'il nous faut, pour les comprendre, nous reporter par la pensée à

cette époque héroïque de notre histoire. Si leur étude n'a pour nous

aujourd'hui aucun but pratique, elle laisse dans l'esprit une trace

profondément gravée. Cette étude n'est pas sans fruits; sérieusement

faite, elle efface de la mémoire les erreurs qu'on s'est plu à propager

sur la féodalité; elle met à nu des moeurs empreintes d'une énergie

sauvage, d'une indépendance absolue, auxquelles il est bon parfois de

revenir, ne fût-ce que pour connaître les origines des forces, encore

vivantes heureusement, de notre pays. La féodalité était un rude

berceau; mais la nation qui y passa son enfance et put résister à ce dur

apprentissage de la vie politique, sans périr, devait acquérir une

vigueur qui lui a permis de sortir des plus grands périls sans être

épuisée. Respectons ces ruines, si longtemps maudites, maintenant

qu'elles sont silencieuses et rongées par le temps et les révolutions;

regardons-les, non comme des restes de l'oppression et de la barbarie,

mais bien comme nous regardons la maison, désormais vide, où nous avons

appris, sous un recteur dur et fantasque, à connaître la vie et à

devenir des hommes. La féodalité est morte; elle est morte vieillie,

détestée; oublions ses fautes, pour ne nous souvenir que des services

qu'elle a rendus à la nation entière en l'habituant aux armes, en la

plaçant dans cette alternative ou de périr misérablement ou de se

constituer, de se réunir autour du pouvoir royal; en conservant au

milieu d'elle et perpétuant certaines lois d'honneur chevaleresque que

nous sommes heureux de posséder encore aujourd'hui et de retrouver dans

les jours difficiles. Ne permettons pas que des mains cupides

s'acharnent à détruire les derniers vestiges de ses demeures, maintenant

qu'elles ont cessé d'être redoutables, car il ne convient pas à une

nation de méconnaître son passé, encore moins de le maudire.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Illustration: Fig. 21.]

[Illustration: Fig. 22.]

[Illustration: Fig. 23.]

[Illustration: Fig. 24.]

[Illustration: Fig. 25.]

[Illustration: Fig. 26.]

[Illustration: Fig. 27.]

[Illustration: Fig. 28.]

[Illustration: Fig. 29.]

[Illustration: Fig. 30.]

[Illustration: Fig. 31.]

[Illustration: Fig. 32.]

[Illustration: Fig. 33.]

[Illustration: Fig. 34.]

[Illustration: Fig. 35.]

[Illustration: Fig. 36.]

[Illustration: Fig. 37.]

[Illustration: Fig. 38.]

[Illustration: Fig. 39.]

[Illustration: Fig. 39 bis.]

[Note 17: _De bell. Gall._, I, VI, c. 23.]

[Note 18: _Demor. Germ._, c. 16.]

[Note 19: Voy. l'_Hist. de la civil. en France_, par M.

Guizot, leçon 8e.]

[Note 20: _Hist. de la civil. en France_, leçon 8e.]

[Note 21: Grégoire de Tours parle de plusieurs châteaux

assiégés par l'armée de Théodoric... «Ensuite, dit-il, liv.

III, Chastel-Marlhac fut assiégé (dans le Cantal, arrond. de

Mauriac). _Tunc obsessi Meroliacensis castri..._ Il est

entouré, non par un mur, mais par un rocher taillé de plus de

cent pieds de hauteur. Au milieu est un grand étang, dont

l'eau est très-bonne à boire; dans une autre partie sont des

fontaines si abondantes, qu'elles forment un ruisseau d'eau

vive qui s'échappe par la porte de la place; et ses remparts

renferment un si grand espace, que les habitants y cultivent

des terres et y recueillent des fruits en abondance.» On le

voit, cet établissement présente plutôt les caractères d'un

vaste camp retranché que d'un château proprement dit.]

[Note 22: _Expéd. des Normands_, par M. Depping, liv. IV,

chap. III.--_Recherches sur le Haguedike et les prem. étab.

milit. des Normands sur nos côtes_.--_Mém. de la Soc. des

antiq. de Normandie, ann._ 1831-33, par M. de Gerville.]

[Note 23: Voy., dans les _Actes de l'ac. imp. de Bordeaux_,

la notice de M. Léo Drouyn sur _quelques châteaux du moyen

âge_, 1854.]

[Note 24: En Angleterre même, les Gallois qui sont de même

race que les Bretons, encore aujourd'hui, ne se regardent pas

comme Anglais; pour eux les Anglais sont toujours des Saxons

ou des Normands.]

[Note 25: Les bordiers devaient le curage des biefs de

moulins, la couve des blés et du foin, des redevances en

nature comme chapons, oeufs, taillage des haies, certains

transports, etc.]

[Note 26: Les _vavasseurs_ et les _hôtes_ étaient des hommes

libres: les premiers tenant des terres par droit héréditaire

et payant une rente au seigneur; les seconds possédant un

tènement peu important, une maison, une cour et un jardin, et

payant cette jouissance au seigneur au moyen de redevances en

nature s'ils étaient établis à la campagne, ou d'une charge

d'hébergeage s'ils étaient dans une ville. La condition des

hôtes diffère peu d'ailleurs de celle du paysan.]

[Note 27: Hic Willelmus castrum Archarum in cacumine ipsius

montis condidit (Guillaume de Jumiéges). Arcas castrum in

pago Tellau primus statuit. _Chron. de Fontenelle_.]

[Note 28: Lib. VII, cap. I.]

[Note 29: On voit encore des restes assez considérables de

cette enceinte extérieure, notamment du côté de la porte vers

Dieppe.]

[Note 30: Le plan est complété, en ce qui regarde les

bâtiments intérieurs, au moyen du plan déposé dans les

archives du château de Dieppe, dressé au commencement du

XVIIIe siècle, et réduit par M. Deville dans son _Histoire du

château d'Arques_. Rouen, 1839.]

[Note 31: _Le Roman de Rou_, Rob. Wace, vers 8600 et suiv.]

[Note 32: _Le Roman de Rou_, vers 10211.]

[Note 33: Le roi de France, afin de corrompre les vassaux du

duc Robert de Normandie. _Roman de Rou_, vers 15960.]

[Note 34: Il avait de l'or à boisseaux.]

[Note 35: Marquis, seigneurs chargés de la défense des

marches ou frontières.]

[Note 36: Le château inférieur fut presque entièrement

reconstruit au XVe siècle; cependant de nombreux fragments de

constructions antérieures à cette époque existent encore,

entre autres une poterne du commencement du XIIIe siècle et

des caves qui paraissent fort anciennes.]

[Note 37: _Hist. du château Gaillard et du siége qu'il

soutint contre Philippe-Auguste_, en 1203 et 1204, par A.

Deville. Rouen, 1849.]

[Note 38: Les parties intérieures de cet ouvrage existent

encore:

«Endroit la vile d'Andeli,

Droit en mi Sainne, a une ilete,

Qui comme un cerne ost réondete;

Et est de chascune partie

Sainne parfonde et espartie.

Cele ilete, qui s'en eléve,

Est si haute au-dessus de l'éve (l'eau),

Que Sainne par nule cretine (crue)

N'a povoir d'i faire ataïne.

Ne jusqu'au plain desus reclorre,

Li Roy Richart l'ot faite clorre,

A cui ele estoit toute quite,

De forz murs à la circuite,

Bien crenelez d'euvre nouvele.

En mi ot une tour trop bele;

Le baille (l'enceinte extérieure) et le maisonnement,

Fu atournez si richement

Aus pierres metre et asséoir,

Que c'iert un déduit du veoir.

Pont i ot qui la rabeli,

Pour passer Sainne à Andeli

Qui là endroit est grant et fiére.

(Guill. Guiart, _Branche des roy. Lignages_, vers 3162 et suiv.)]

[Note 39:

«Au desus et travers de Sainne,

Estoïent en cete semainne

Ordenéement, comme **aliz**,

Entroit Gaillart trois granz paliz

A touchant l'une et l'autre rive.

N'i furent pas mis par oidive,

Mes pour faire aus nés destourbance

Que l'en amenast devers France.

Jamais nule nef ne fut outre

Qui ne féist les piex descoutre;

Dont là ot plainnes maintes barges.»

(Guill. Guiart, _Branche des roy. lignages_, vers 3299 et

suiv.)]

[Note 40: Ces quatre tours sont dérasées aujourd'hui; on n'en

distingue plus que le plan et quelques portions encore

debout.]

[Note 41: Les traces des défenses de ce chemin de ronde sont

à peine visibles aujourd'hui. Nous avons eu le soin de

n'indiquer que par un trait les ouvrages complétement

dérasés.]

[Note 42: «Ecce quam puichra filia unius anni!» (Bromton,

_Hist. angl. scriptores antiqui._ col. 1276.)--_Hist. du

chât. Gaillard_, par A. Deville. C'était, comme le dit

Guillaume Guiart,

«Un des plus biaus chastiaus du monde

Et des plus forz, si com je cuide,

Au deviser mist grant estuide (Richard)

Tuit cil qui le voïent le loent.

Trois paires de forz murs le cloent,

Et sont environ adossez

De trois paires de granz fossez

Là faiz on le plain de sayve,

Acisel, en roche nayve,

Ainz que li liens fu entaillez,

En fu maint biau deniers bailliez.

Ne croi, ne n'ai oï retraire,

Que nus homs féist fossez faire

En une espace si petite

Comme est la place desus dite,

Puis le tens au sage Mellin (l'enchanteur Merlin);

Qui coustassent tant estellin.»

(Guill. Guiart, vers 3202 et suiv.)

Nous verrons tout à l'heure comment cette agglomération de

défenses sur un petit espace fut précisément la cause, en

grande partie, de la prise du château Gaillard.]

[Note 43: Jean de Marmoutier, moine chroniqueur du XIIe

siècle, raconte que Geoffroy Plantagenet, grand-père de

Richard Coeur de Lion, assiégeant un certain château fort,

étudiait le traité de Végèce.]

[Note 44:

...

«Mes l'autre (la seconde enceinte) est quatre tanz plus bèle,

Trop sont plus bèles les entrées;

Et les granz tours, dont les ventrées

Ens el fonz du fossé s'espandent,

Trop plus haut vers le ciel s'estandent.

...

Entre les deus a grant espace,

Pour ce que, se l'en préist l'une,

L'autre à deffendre fut commune.

Tout amont comme en réondèce,

Resiet la mestre forterèce (la dernière enceinte)

Qui rest noblement façonnée,

Et de fossez environnée;

Onques tiex ne feurent véuz.

S'un rat estoit dedanz chéuz,

Là seroit qui ne l'iroit querre.»

(Guill. Guiart, vers 3238 et suiv.)

En effet, les fossés sont creusés à pic, et, comme le dit

Guillaume, nul n'aurait pu aller chercher un rat qui serait

tombé au fond.]

[Note 45: Les constructions sont dérasées aujourd'hui au

niveau du point O (fig. 13); il est probable que des hourds

ou bretèches se posaient, en cas de siège, au sommet de la

partie antérieure des segments, ainsi que nous l'avons

indiqué en B, afin d'enfiler les fossés, de battre leur fond

et d'empêcher ainsi le mineur de s'y attacher. Nous en sommes

réduits sur ce point aux conjectures.]

[Note 46:

«Pluseurs François garnis de targes,

Que l'en doit entiex faiz loer,

Prennent nus par Sainne à noer;

À dalouères et à haches,

Vont desrompant piex et estaches;

Les gros fuz de leur place lièvent.

Cil de Gaillart forment les grièvent,

Qui entr'eus giètent grosses pierres,

Dars et quarriaus à tranchanz quierres,

Si espés que tous les en queuvrent.

Non-pour-quant ileuques tant euvrent,

Comment qu'aucuns ocis i soient,

Que les trois paliz en envoient,

Ronz et tranchiez, contreval Sainne,

Si que toute nef, roide ou plainne

Puet par là, sans destourbement,

Passer assez legièrement.»

(Guill. Guiart, vers 3310 et suiv.)]

[Note 47:

«Anglois meuvent, le jour décline;

Leur ost, qui par terre chemine,

S'en va le petit pas serrée.

Là ot tante lance serrée,

Tante arbaleste destendue,

Et tante targe à col pendue,

Painte d'or, d'azur et de sable,

Que li véoirs est délitable.

(Guill. Guiart, vers 3445 et suiv.)]

[Note 48: Ce passage explique parfaitement l'assiette du camp

de Philippe-Auguste qui se trouvait en R (fig. 10),

précisément au sommet de la colline qui domine la roche

Gaillard et qui ne s'y réunit que par cette langue de terre

dont nous avons parlé. On voit encore, d'ailleurs, les traces

des deux fossés de contrevallation et de circonvallation

creusés par le roi. Ces travaux de blocus ont les plus grands

rapports avec ceux décrits par César et exécutés à l'occasion

du blocus d'Alesia; ils rappellent également ceux ordonnés

par Titus lors du siége de Jérusalem.]

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 3 - (C suite) · 第 15 / 40 段