_N. B._ Les notes suivantes sont prises sur les lieux, sur les registres
du commandant du poste, sur les procès-verbaux, sur les actes de décès;
enfin, sur les pièces les plus authentiques.
* * * * *
_Extrait de la correspondance de l'officier de poste, M. Freytag._
«Les déportés, disoit cet officier à l'agent Burnel, le détachement, les
employés sont dans un état épouvantable; tout le monde est malade, et
plusieurs sont près d'expirer; ils sont dépourvus de tout, et même de
médicamens: les déportés ont des hamacs fort étroits, qui n'ont que
quatre pieds de long. Les malades tombent et meurent sans secours. Il
est des jours où il en est mort trois et quatre, etc.» (Cette lettre est
du Ier. nivôse an 7.)
_Le même à l'agent Burnel, 2 nivôse an 7._
L'hôpital est dans l'état le plus déplorable; la mal-propreté, le peu de
surveillance ont causé la mort à plusieurs déportés. Quelques malades
sont tombés de leurs hamacs pendant la nuit, sans qu'aucun infirmier les
relevât: on en a trouvé de morts ainsi par terre. Un d'eux a été
étouffé, les cordes de son hamac ayant cassé du côté de la tête, et les
pieds étant restés suspendus.
Les effets des morts ont été enlevés de la manière la plus scandaleuse.
_On a vu ceux qui enterroient les morts, leur casser les jambes, leur
marcher et peser sur le ventre, pour faire entrer bien vîte leur cadavre
dans une fosse trop étroite et trop courte; ils commettoient promptement
ces horreurs, pour aussi-tôt courir à la dépouille des expirans._ Les
infirmiers insultoient les malades, et les accabloient d'expressions
infâmes, ignominieuses, cruelles, au moment même de leur agonie.
Le garde-magasin, dépositaire des effets des déportés, ne consentoit à
leur rendre qu'une partie de ce qu'ils réclamoient, il leur disoit:
_Vous êtes morts; ceci doit vous suffire._
Les malades refusoient d'aller à l'hospice pour plusieurs raisons; il
n'y avoit ni table, ni chaise, ni aucun meuble; ils y étoient plus mal
que dans leurs karbets: les nègres les insultoient en leur montrant le
bâton; d'autres les rudoyoient, disant à ceux qui pouvoient encore se
soutenir: _Vous n'êtes pas malades, puisque vous êtes debout, et que
vous marchez._ Les malheureux se traînoient chez Henry, ou au magasin,
pour prendre leur ration, que Beccard et Gerner leur délivroient
très-chichement, en les maudissant. Les nègres laissoient pourrir les
malades dans leurs lits, leur demandoient vingt-quatre sols pour leur
extirper les chiques. _Garnesson_, _Vandersloten_, _Bailly_, _Mathieu_,
_Vanhessvic_, et trente autres, avoient les jambes si enflées par la
négligence des infirmiers, que quelques-uns n'ont point été déchaussés,
et tous avant de mourir voyoient sauter les vers qui sortoient de leurs
cadavres. (Extrait du journal du chirurgien.) La plupart de ces
malheureux attaqués de peste et scorbut, n'ont cessé de vivre, que quand
les vers ont eu gagné leurs intestins. Ce fléau provenoit des chiques
qu'ils ne pouvoient pas faire extirper faute d'argent, tandis que les
nègres étoient engagés pour les servir.
Les déportés restoient dans leurs karbets pour être soignés par leurs
camarades plus attentifs que les nègres qui les laissoient mourir de
soif ou de consomption.
Bourdois à l'hospice, tourmenté d'une fièvre convulsive, tombe le 27
vendémiaire à moitié renversé de son hamac, les jambes prises dans les
rabans et le front sur le pavé; il y reste jusqu'au lendemain, et on le
trouve étouffé. (Voyez ci dessus la lettre du commandant.)
Le 21 du même mois, le Divelec expire sur les onze heures du soir,
l'infirmier court éveiller le garde-magasin._--Levez-vous, voilà un
déporté mort!--À-t-il quelque chose?--Non, répond celui-ci.--Ce sera
pour demain._
Roux de _la Bayonnaise_ avoit mis ses effets dans la malle de son
confrère Pradier; ce dernier meurt, Roux demande le linge marqué à son
nom. Beccard le renvoie en l'outrageant. Il revient à la charge avec
témoins, Beccard lui dit en lui rendant quelques mauvais effets: «En
voilà assez _pour vous, vous êtes mort_.» J'omets les juremens et les
paroles indécentes. Roux à la vérité étoit sur le bord de sa tombe. Ses
jambes enflées ne lui permettoient pas de se soutenir, il a pourtant
survécu à Beccard; c'est lui qui m'a confirmé cette note avec plusieurs
autres témoins durant mon premier voyage à Synnamary en février 1799
(pluviose et ventose an VIIe.)
Le 28 brumaire an 7 une hécatombe étoit ouverte pour recevoir les restes
de cinq déportés morts les 26 et 27; les infirmiers qui les portoient au
cimetière apprennent en route que quatre autres viennent d'expirer à
l'hospice; ils jettent les cadavres dans la fosse qui se trouvoit déjà
étroite; l'appât du gain les fait redoubler de vîtesse; ils trépignent
sur les morts, leur jettent quelques pellées de sable, s'encourent au
milieu des prières que leurs confrères récitoient sur la tombe, et
reviennent combler la fosse après avoir tellement spolié les nouveaux
décédés, que les survivans furent obligés de leur fournir du linge pour
les inhumer. (Voyez plus haut le rapport du commandant du poste contre
Prévost et Beccard.)
Le 22 fructidor an 6, Brunégat s'enfonce dans le bois; on le trouve mort
au pied d'une bache; il n'avoit absolument rien qu'un drap sale qui lui
servoit de lit et de garde-robe; Beccard indigné de ne trouver aucune
succession, lui fait retirer ce drap. Les nègres refusent de l'inhumer;
il reste trois jours nu; pendant ce tems, on le porte de karbets en
karbets; ils le jettent dehors avec moins de respect qu'un morceau de
boeuf fraîchement dépouillé; enfin ses confrères, faute d'avoir douze
francs à donner aux nègres, l'ensevelirent, creusèrent sa fosse et
l'inhumèrent; tous les morts sans succession ont éprouvé le même
traitement. J'ai visé le mémoire des fossoyeurs de Konanama, en deux
mois et demi, il montoit à onze cent cinquante deux livres.
Le 14 brumaire an 7, Pierre Brétault dont la succession se monte à trois
francs, moribond et tourmenté depuis trois jours d'une soif brûlante,
demandoit depuis douze heures une goutte d'eau; personne n'avoit fait
attention à ce saint vieillard dont les lèvres noires étoient le siège
de la mort; il étoit d'un tempérament robuste; la voix lui manquant
faute de salive, il faisoit signe de la main, tantôt les yeux fixés vers
le ciel, tantôt vers l'infirmier où le soldat que l'appât du gain
engageoit à faire la visite. Le hasard y conduit un militaire blanc qui
poursuivoit un noir accusé _d'avoir fait un coup_; Brétault l'arrête,
lui fait signe qu'il a soif, le presse de lui apporter une goutte
d'eau, le soldat court dans les karbets, n'en trouve point, va chez le
garde-magasin, saisit un sapyra[5] plein d'eau de vaisselle, l'apporte à
ce moribond qui le saisit à deux mains, boit deux ou trois gorgées et
s'écrie: «Ah! mon Dieu, que c'est bon, vous me faites revivre!» Il
reprend le vase, le tarit avidement, et se sentant étouffer, aspire et
dit: «Au moins j'ai encore vécu... mais... Ah! mon Dieu....» À ces mots
il retombe dans son hamac et expire...
[Note 5: Le sapyra est un plat rond coloré en banderoles, en forme
de soupière, dont le fond est étroit et le ventre très-large, s'évase
encore à son embouchure. C'est une poterie des femmes indiennes, les
hommes la mettent en couleur et s'en servent pour boire du cachyery.]
Au commencement de vendémiaire an 7 (1er octobre 1798), les nègres
voyant que Prévost étoit à s'amuser chez Boudreau à une lieue au levant,
se mirent à la débandade pendant trois jours. Un soir, qu'ils étoient
enluminés de tafia, ils courent au pillage dans l'hospice, retournent
les malades dans leurs hamacs. Ces malheureux crient au secours, mais
tout le poste garde le silence. Le sergent Gerner si actif à inventorier
les effets des morts, se tapit chez le garde-magasin; les nègres peu
contens de leur expédition, se précipitent dans les autres karbets sous
prétexte de voir s'il y a des morts; les déportés ne viennent à bout de
les chasser qu'en se mettant en défense avec la hache que la nation leur
avoit donnée pour couper des choux palmistes. Les malades refusoient
souvent leurs soins de peur qu'ils ne les empoisonnassent pour les
dépouiller.
Ces noirs, après avoir fait marché à six livres par tête (ils étoient
quatre), pour faire une fosse et enterrer un mort, reportoient jusqu'à
cinq et six fois le cadavre nu et infect au karbet où ils l'avoient
pris; de six francs dont ils étoient convenus, ils parvenoient à en
tirer dix-huit et vingt-quatre. Sourzac, Bouchard, Mathieu, et tant
d'autres, ont été les objets de semblables spéculations.
Si quelque déporté, si Beccard même s'en plaignoit à Prévost, il parloit
de _mitrailler_; il écumoit de rage et s'écrioit comme un forcené:
«_Rien n'est trop chèrement vendu à ces monstres, ils ne sont pas au
bout de leur pelotons, ils danseront bien une autre carmagnole, quand
il faudra fouiller la terre. Au bout de six mois, ils n'auront plus de
vivres; ils connoissent l'arrêté de l'agent, qu'ils aient à se rétablir,
à se placer ou à crever au plus vîte._»
Les nègres, en l'absence de Prévost, qui ne paroissoit jamais que pour
molester les malheureux, se sont permis de mettre aux fers un nommé
Lachenal injustement accusé de s'être approprié les haillons d'un jeune
prêtre savoyard qui venoit d'expirer; ce malheureux devoit même à
monsieur Missonier jusqu'à la chemise qui devoit l'ensevelir; mais il
fut jetté tout nu dans la fosse, parce que les perquisiteurs n'avoient
trouvé dans son gousset que six piastres qui font 42 liv. de Cayenne et
31 liv. 10 s. de France.
Ici le lecteur ne peut contenir son indignation. Des sous-agens, il
remonte aux chefs; plus les faits sont graves, plus nous serons réservés
dans les inculpations. Nous n'étions pas des personnages assez
importans, pour que le directoire et les ministres s'occupassent des
détails de notre emplacement, ils vouloient nous rendre malheureux; mais
je crois qu'ils n'auroient pas souscrit aux mesures atroces secondaires
qui ont été employées; j'ajouterai même avec connoissance de cause, que
le mauvais traitement des seize premiers à Synnamary a été autant
l'effet du préposé Boucher, que de Jeannet.
Ce Boucher, qui nous a plus tourmentés que les agens, enveloppe de
flatterie sa complaisance et son dévoûment aux ordres les plus durs et
les plus foiblement intimés. De semblables pestes dans les
administrations, sont les plus grands fléaux des gouvernemens, des
gouverneurs et des opprimés.
En partant, nous avons eu contre nous les chances les plus funestes,
d'abord la présence du nommé Po.... au comité des colonies. Cet homme
avoit donné le plan de nos établissemens dans le canton de Vincent
Pinçon; s'il connoît bien ce local où il a gardé les vaches, il connoît
encore mieux l'abandon et les précipices de ce séjour tant dévasté par
les Portugais; c'est ce qui lui faisoit dire que _nous n'y pourrions pas
remuer_, ou plutôt qu'on pourroit nous y faire mourir, sans que nous
fussions entendus de personne. Ce plan révolta le ministre de la marine,
comme on le voit dans sa lettre du 25 ventose an 6: «Le local de
Konanama, dit-il, vaut mieux que _Vasa_, désigné par les ingénieurs; il
est plus près des endroits habités et les déportés qui voudroient
devenir habitans, y trouveroient plus de débouchés pour le commerce.»
Monsieur Lescalier, chef du bureau des colonies, qui, avec les
meilleures intentions du monde a souvent vu par les yeux des autres, a
publié en même tems un ouvrage sur la Guyane, où il fait le plus grand
éloge de ce pays. S'il avoit vu Konanama comme moi, il n'en auroit pas
dit tant de bien; je sais qu'il n'a rien négligé pour rendre la colonie
florissante; il auroit dû se souvenir qu'il a été dupé bien des fois, et
ne pas hasarder notre destinée par des assertions souvent téméraires;
nous sommes tentés de croire que son ouvrage a beaucoup influencé les
vues du gouvernement, car le directoire n'avoit pas plus de connoissance
du sol de la Guyane que le ministre de la marine à cette époque. S'ils
vouloient utiliser notre exil, sans qu'il leur en coûtât rien, ils ne
vouloient peut-être pas que nous pussions leur reprocher de nous avoir
envoyés à quinze cents lieues pour nous empoisonner.
Un des directeurs à cette époque, François de Neuchâteau, doit être
exempt même de soupçon; le peu de bienfaits que nous avons reçus sont
dus à son foible crédit.
Passons aux sous-agens du second rang.
Dans la traversée, Villeneau avoit les ordres les plus sévères contre
nous; il s'en est chargé avec plaisir et les a exécutés de même.
À Cayenne, Jeannet en a reçu de particuliers à notre égard. Le
directoire vu le nombre et l'affermissement que prenoit la journée du
dix-huit fructidor, n'a plus gardé de ménagemens, il nous a jettés dans
une île déserte, en ne nous accordant que des ombres de justice, afin de
se mettre au-dessus du châtiment. Il a paru se reposer sur la bonne foi
de Jeannet, qui nous a montré peut-être malgré lui une verge de fer; il
a changé notre séjour de Vasa en celui de Konanama. Desvieux a été
chargé du détail avec le département, il ne vouloit pas faire le mal et
n'a pas osé faire le bien.
La bonne volonté et la sage administration de Roustagneng, le mettent à
l'abri des reproches; grâces à ses soins, Konanama a toujours été
très-bien approvisionné de vivres. _Beccard_, _Prévost_, _Gerner_,
seront moins coupables, si on veut scruter le coeur humain. Leur
férocité est un crime local dont ils ne se fussent point entachés, si
les déportés eussent été moins nombreux, si la mauvaise humeur n'eût pas
jetté des deux côtés une pomme de discorde, si l'insalubrité, la misère,
l'abandon, la nature du sol et du climat n'eussent pas influé sur leur
tempérament et sur leur caractère; il auroit fallu être plus qu'homme,
pour parer à tous ces accidens; l'hypocondrie ou la consomption sont les
fléaux de la zone torride; si le lecteur se transportoit sur les lieux,
il apprécieroit la force de mes raisons.
Les nègres ne sont nullement impliqués dans tous ces crimes, ce sont des
êtres semblables à l'homme que la liberté rend méchans comme des tigres.
Ils ont tourmenté ceux-ci comme il ont tourmenté Billaud et Collot,
comme ils auroient tourmenté Robespierre, enfin ils gaspillent la
liberté. Les derniers sous-agens ont tous été malades de la peste.
Beccard et Gerner ont péri misérablement. Prévost est destitué quoiqu'il
dise:--J'avois des ordres; ceux qui me les ont donnés, rejetteront sur
moi l'animadversion publique, je m'y attends. Mais ils sont si justes,
qu'il ne m'ont pas encore payé l'ouvrage des Larbets; ce plan qu'on
improuve tant aujourd'hui a paru superbe à l'agent et à.....» (Jeannet a
fait monter cet ouvrage à dix mille francs, le tout n'a pas coûté
vingt-cinq louis[6]). «J'ai pu être trop sévère, mais si j'ai mal fait
je ne suis pas seul coupable». Ces messieurs voudroient tout rejetter
sur lui; tel fut le sort de l'amiral Thorinkton[7] et du fameux Lally.
Louis quinze, après lui avoir donné par sous seing-privé, signé de lui
et de la marquise de Pompadour, l'ordre de vendre Pondichéry pour huit
millions, le laissa entre les mains du parlement qui, méconnoissant la
signature du roi par une politique respectueuse pour le trône, condamna
Lally à être décapité, et lui fit mettre un bâillon dans la bouche de
peur que la vérité ne perçât[8]. Revenons aux déportés.
[Note 6: J'ai vu près de Cayenne, le pont de Montabo, dont le plan
fut déposé au bureau de la marine bien avant la révolution. Le
gouverneur qui a fait dessécher le pripris auquel ce pont donne
écoulement, a envoyé en France le montant de l'ouvrage. C'est une
mauvaise charpente en bois qui vaut douze cents livres, et qui a été
payée cent mille écus, d'après les mémoires de prétendus architectes qui
étoient censés l'avoir fait en pierre et à trois arcades; si dans un
tems de paix il étoit si facile d'en imposer à la mère-patrie, combien
des agens ont-ils eu de plus grands moyens en tems de guerre?]
[Note 7: Guillaume III, surnommé le Politique, se déclara pour la
Hollande, contre la France. Les flottes bataves et françaises étoient à
la voile, et celle de la Grande-Bretagne sortoit de ses ports, commandée
par l'amiral Thorinkton. «_Suivez mes ordres_, lui dit Guillaume; si les
français sont les plus forts, vous gagnerez au large, pour n'éprouver
aucun échec; s'ils sont inférieurs, vous donnerez pour avoir part au
butin.» La flotte batave fut dispersée. Thorinkton prit la fuite sans
brûler une amorce. La cause fut portée aux deux chambres. Guillaume,
pour ménager ses intérêts et l'amitié de ses alliés, laissa faire le
procès à l'amiral, le livra au peuple qui lui trancha la tête en criant:
_Vive Guillaume!_ (Extrait du Machiavel, ou Atlantis de madame Manley.)]
[Note 8: Extrait des mémoires d'un officier de Pondichéry, imprimés
à Londres et prohibés en France.
L'auteur de cet ouvrage fut sollicité sous main de vendre son manuscrit
à Louis XV qui vouloit le brûler; il refusa les offres du ministre
français en disant qu'il devoit la vérité aux manes de son chef; on ne
négligea rien pour le conduire dans un lieu propre à l'embarquer pour la
Bastille; il ne se laissa pas prendre au piège. Le même monarque employa
le même stratagème contre un chevalier attaché à Choiseul disgrâcié,
qui avoit fait recueillir la vie privée de la Dubary.]
J'ai déjà dit qu'ils ne manquoient pas de vivres, je voudrois que leurs
persécuteurs n'innovassent rien à leur ration dans le nouveau désert
qu'ils vont habiter. Voici cette ration:
8 onces de pain, 12 onces de cassave ou coaq, 8 onces de viande, 2 onces
de riz, 4/32me de tafia, 15 onces d'huile (qu'ils n'ont jamais eues
cependant), et une livre de savon par mois. Cette ration étoit la même
pour les 16 premiers. Billaud et Collot avoient cent francs par mois,
les vivres, du vin au lieu d'eau-de-vie, et une case aux frais de la
république. Au bout de trois semaines, on leur annonce qu'ils vont aller
à Synnamari. Des architectes un peu plus habiles que Prévost y bâtissent
de nouveaux karbets. L'épidémie fait trop de progrès pour retarder plus
long-tems leur départ; il aura lieu dans cinq jours. À cette nouvelle
ils élèvent les mains au ciel, ils s'embrassent et se trouvent à moitié
guéris, ils soupirent après ce cinquième jour comme le cerf après une
source d'eau vive.--Nous ne périrons donc pas tous, s'écrient-ils...!
Maintenant que le trépas et la vie ont posé les armes, voyons ceux qui
restent sur le champ de bataille, depuis le 24 thermidor an 6 jusqu'au 5
frimaire an 7, (11 août, jusqu'au 25 novembre 1798.)
Liste des morts à Konanama, copiée sur les registres du garde-magasin et
de l'inspecteur Prévost, rédigée par ordre alphabétique. Je marquerai
les deux bâtimens de _la Bayonnaise_ et de _la Décade_, qui les ont
apportés, par les lettres initiales B...D.