La qualité des mortiers est donc un des moyens fournis aux architectes

pour reconnaître la date d'un édifice, mais il est d'autres signes plus

caractérisés. Le mortier employé dans les monuments romans antérieurs au

XIIe siècle est quelquefois mélangé de débris de tuileaux, surtout

pendant le Xe siècle et avant; il est maigre, c'est-à-dire qu'il

contient peu de chaux, et celle-ci est mal cuite. Au XIe siècle, on

trouve dans l'Île-de-France, la Champagne et la Bourgogne, des mortiers

composés de gravier fin (sable de plaine souvent) et de chaux en

quantité, mais mal cuite et noyée, n'ayant plus de force. Les débris de

tuileaux ont disparu. Au XIIe siècle, surtout à dater de la seconde

moitié, les mortiers sont égaux, bien corroyés, le sable fin, choisi

parfois avec soin ou tamisé. À dater de la fin du XIIe siècle, les

mortiers deviennent généralement très-bons et sont de deux sortes. Le

mortier des blocages est fait avec de très-gros gravier, celui des

joints et lits avec du bon sable de rivière, fin et pur. La chaux

employée pour les lits et joints est plus blanche que celle des blocages

qui est très-mélangée de débris de charbon. Pendant les XIVe et XVe

siècles, on emploie souvent le sable de plaine, très-rarement le gros

gravier; les mortiers sont parfaitement corroyés, la chaux bien cuite et

bien éteinte. Mais alors le sable de plaine employé paraît avoir été

lavé, car il ne contient pas d'argile. Il n'y a que dans certaines

parties de la Picardie où le sable argileux de plaine ait été employé

sans lavage pour faire du mortier, et bien que ces mortiers aient acquis

de la dureté, ils sont toujours gercés dans les blocages et ne

présentent pas une masse parfaitement compacte.

Les constructeurs ont employé la chaux telle que pouvaient la leur

fournir les calcaires dont ils disposaient. Ces chaux sont hydrauliques

dans les contrées où la pierre à chaux possède cette qualité, grasses

dans les pays où la pierre à chaux ne contient que très-peu d'argile.

Ils ne connaissaient pas, par conséquent, la chaux hydraulique factice.

Mais leurs chaux grasses ont, à dater de la fin du XIIe siècle, acquis

une très-grande dureté, même en fondation, ainsi que nous avons pu le

reconnaître dans les substructions des cathédrales de Reims, d'Amiens,

de Paris, de Sens, etc.

Il faut dire qu'à cette époque, c'est-à-dire au commencement du XIIIe

siècle, des raisons d'économie forçaient quelquefois les constructeurs à

n'employer que très-peu de chaux dans leur mortier et du sable comme on

le trouvait. Les mortiers dans la construction des cathédrales de Laon,

de Troyes, de Châlons-sur-Marne, de Séez sont très-mauvais. Mais nous

avons donné ailleurs les raisons qui avaient fait élever ces édifices

avec une extrême économie (voy. CATHÉDRALE, CONSTRUCTION).

MOSAÏQUE, s. f. Ouvrages faits de petits cubes de pierres dures ou de

pâtes de verre de diverses couleurs, collés sur les parements des

monuments ou sur les aires au moyen d'un ciment composé de chaux, de

sable très-fin, de pouzzolane ou de brique pilée. Les Romains des bas

temps ont employé la mosaïque non-seulement pour décorer les aires des

salles, mais aussi pour tapisser les murs. Il n'est pas nécessaire ici

de répéter ce qui a été écrit sur ce sujet. Il nous suffit de constater

que la mosaïque était fort souvent appliquée dans les monuments de

l'époque mérovingienne en Occident. Grégoire de Tours parle des

mosaïques qui décoraient plusieurs églises de son temps. Saint Pallade,

évêque d'Auxerre, fit élever au VIIe siècle le monastère de

Saint-Eusèbe; l'abside de l'église était décorée de mosaïques dans

lesquelles l'or entrait pour une grande partie[223]. En effet, le

travail de mosaïque, auquel on donne le nom de _byzantin_, se compose de

fonds d'or obtenus au moyen de petits cubes de pâtes de verre dorés et

recouverts d'un émail transparent. Les sujets, les ornements se

détachent sur ces fonds d'or. Ces sortes de mosaïques, très-répandues en

Italie, en Sicile et en Orient, sont très-rares en France, puisque nous

n'en connaissons qu'un seul exemple existant encore dans la petite

église de Germigny-les-Prés, près de Sully-sur-Loire, exemple qui paraît

dater du IXe siècle.

L'abbé Lebeuf, dans son _Histoire du diocèse de Paris_[224], dit que

dans le château de Bicêtre, bâti par le duc de Berry, frère de Charles

V, il y avait deux petites salles «enrichies d'un parfaitement bel

ouvrage à la mosaïque.» Il est difficile aujourd'hui de se faire une

idée de ce que pouvait être cet ouvrage de mosaïque du XIVe siècle,

puisque nous ne connaissons aucun travail de ce genre ayant été exécuté

en France depuis le XII siècle. Cependant nous possédons encore, dans

les magasins de l'église abbatiale de Saint-Denis, les restes d'un pavé

en mosaïque à fonds d'or et de couleur datant de la fin du XIIe siècle,

et qui rappelle parfaitement, comme facture, les mosaïques italiennes de

la même époque. Ce pavage, dont l'ensemble a été conservé par un dessin

de Percier fait en 1797, représentait les travaux de l'année entourant

un large compartiment occupé par des animaux fantastiques. Si la facture

est italienne, le dessin est évidemment français. Mais il ne faut pas

oublier que Suger avait fait venir, si l'on en croit ses _gestes_, des

artistes de tous pays pour contribuer à l'érection de la nouvelle église,

commencée en 1140. Toutefois, nous ne pouvons donner aux cartons qui ont

dû servir à l'exécution de ce pavage une date antérieure à 1190[225]. En

débarrassant cette même église de Saint-Denis des tristes superfétations

qui en ont si profondément altéré le caractère, nous avons trouvé, sous

les carrelages modernes, quantité de petits cubes de terre cuite

vernissée de 0m,015 à 0m,02 de côté qui ont évidemment servi à faire des

mosaïques par un procédé peu dispendieux. Au XIIe siècle, nos

architectes ont quelquefois cherché à imiter ces pavages italiens,

connus sous le nom d'_opus alexandrinum_, mais les pierres dures leur

manquant, ils y suppléaient par la terre cuite vernissée. Plus

habituellement, les carrelages en terre cuite avec dessins incrustés ou

les dalles gravées remplaçaient chez nous les anciennes mosaïques

gallo-romaines ou celles d'outre-monts. Quant aux mosaïques sur

parements, ainsi que nous l'avons dit, il n'en existe qu'un nombre

très-restreint de ce côté-ci des Alpes, et sont-elles antérieures au

XIIe siècle. Les vitraux étaient la véritable décoration des édifices en

France à dater de cette époque, et par le fait les vitraux sont une

sorte de mosaïque translucide (voy. VITRAIL).

[Note 223: L'abbé Lebeuf. _Mémoires concernant l'hist. civile

et ecclésiastique d'Auxerre_, t. I, p. 149.]

[Note 224: T. X, p. 16.]

[Note 225: Il faut mentionner ici la mosaïque représentant

les figures du zodiaque retrouvée en 1831 à Saint-Omer, et

provenant de la tombe du prince Guillaume, mort à Aire en

1109 (abbaye de Saint-Bertin).]

MOULIN, s. m. _Molin_, _molinel_, _molis_. Ne nous occupant ici que des

bâtiments contenant une machine à moudre, à fouler ou à façonner des

métaux, nous avons les moulins mus par un cours d'eau et les moulins à

vent. Les moulins à eau paraissent être les plus anciens. Lambert,

quarantième abbé de Saint-Bertin, fait établir définitivement des

moulins à eau, commencés sous Odland en 797. Ces moulins, dit la

chronique des abbés de Saint-Bertin, étaient les premiers qui furent

établis dans le pays[226]. Cet abbé Lambert (1095 à 1123) fit exécuter

même des travaux hydrauliques qui paraissent avoir été assez importants,

puisqu'au moyen des roues motrices des moulins abbatiaux il fit monter

l'eau nécessaire au service du monastère, afin de la répandre dans les

bâtiments par des aqueducs souterrains. Il n'est pas question de moulins

à vent en France antérieurement au XIIe siècle. Quelques auteurs

prétendent que l'invention de ces sortes de moulins fut rapportée

d'Orient par les premiers croisés; et, en effet, les moulins à vent sont

nommés en Normandie, pendant le XIVe siècle, _moulins turquois_. Des

chartes de Philippe-Auguste concèdent le droit d'établir des moulins à

vent et des moulins à eau[227], et dans le roman d'Ogier de

Danemarche[228], il est deux fois question de moulins à eau.

«Del brut de lui (de la fontaine) tornent troi molinel

Qui ne s'arestent ne esté ne yver[229].

...

Quant il velt molre, par soi le va cargier,

Et le molin vait par lui afaitier[230].»

Les _Olim_ donnent des arrêts du parlement relatifs à l'établissement de

moulins à vent. Nous citerons l'un de ces arrêts, rendu en 1275, sous

Philippe III:

«Les moines de Royaumont se plaignaient de ce qu'un moulin à vent,

appartenant à Pierre de Baclai, avait été récemment construit, près de

Baclai, à leur préjudice et dommage, et au détriment de leurs moulins de

Gonesse; ils demandaient que ce moulin fût détruit, lorsque,

disaient-ils, le seigneur Roi l'aurait dit ou commandé par jugement. Les

raisons des parties adverses entendues, l'arrêt suivant fut prononcé: Le

moulin, quant à ce qui concernait les moines, ne devait pas être

détruit[231].»

Au XVe siècle, le seigneur de Caumont, en passant à Rhodes et décrivant

les édifices qui lui paraissent remarquables dans la ville, s'exprime

ainsi:

«...Et tout au lonc d'icelle (muraille de la cité) sont assis .XVI. molis

de vent, toux d'un ranc, qui nuyt et jour molent yver et esté; et à

paynes l'on les voit toux ensemble molir he toux à ung cop cesser[232].»

Sur les tours de l'enceinte intérieure de la cité de Carcassonne, il y

avait plusieurs moulins à vent, ainsi que le constatent une vignette de

1467[233] et les dénominations anciennes de quelques-unes de ces

tours[234]. Les moulins à eau dépendant de châteaux ou d'abbayes isolés

étaient souvent fortifiés. L'établissement d'un moulin ne pouvait avoir

lieu que par une cession du seigneur terrien. En cédant le droit de

bâtir un moulin, le seigneur lui assignait une étendue de territoire, le

_ban_ du moulin. Tous les habitants compris dans les limites du ban

étaient tenus de faire moudre leur grain dans le moulin _banal_, sous

peine de voir confisquer leur blé, le cheval et la voiture, au profit du

propriétaire du moulin et du seigneur du délinquant. Ces moulins

devenaient ainsi de véritables fiefs dont la conservation importait au

seigneur qui en avait permis l'établissement, au propriétaire et aux

habitants compris dans le ban; il était nécessaire que ces bâtiments

fussent en état de résister à un coup de main, de se défendre. Aussi les

bâtissait-on autant que possible sur des îlots, ou bien le long d'un

pont facilement barricadé. Ces moulins étaient assez forts quelquefois

pour soutenir un siége en règle, et, afin qu'on ne pût détruire leurs

roues motrices au moyen de pierriers ou de mangonneaux, celles-ci

étaient alors soigneusement abritées sous la construction en maçonnerie.

Le moulin dit du Roi, sur l'Aude, à Carcassonne, résista ainsi aux

attaques de l'armée de Trencavel, en 1240. Dans son excellent ouvrage

sur la _Guienne militaire_, M. Léo Drouyn donne plusieurs exemples de

moulins à eau qui datent la plupart du XIVe siècle, et qui font voir

avec quel soin ces usines étaient établies au moyen âge. Le bâtiment qui

contient le mécanisme est presque toujours sur plan carré ou barlong, la

roue motrice étant placée en dedans le long d'un des côtés du

parallélogramme. S'il n'existe plus de moulins antérieurs au XIIIe

siècle, les textes aussi bien que les représentations de ces usines ne

peuvent nous laisser de doutes sur leur établissement dès le

commencement du XIIe siècle au moins. Un des chapiteaux de la nef de

Vézelay nous montre un mécanisme de moulin et des gens qui apportent du

grain dans la trémie. Le manuscrit d'Herrade de Landsberg[235], qui date

du XIIe siècle, nous montre également le mécanisme d'un moulin à eau

possédant une roue motrice à palettes dont l'arbre, muni d'une roue

d'engrenage, fait tourner la meule inférieure. Dès le temps de Guillaume

le Conquérant, dit M. L. Delisle[236], on avait établi à l'entrée du

port de Douvres un moulin mis en mouvement par le flux et le reflux de

la mer[237]. «En 1235, il en existait un à Veules[238].

«Au XIVe siècle, l'archevêque de Rouen possédait à Dieppe deux moulins

de marée...» En 1277, Philippe le Hardi avait affermé à Guillaume

l'Archier les moulins de marée établis aux ponts d'Ouve, près Carentan.

Il existe en France des moulins à eau d'une date ancienne et qui sont

encore en usage; on en trouve en Normandie, en Touraine, et

particulièrement en Guienne, où ces usines, presque toutes fortifiées,

ont été établies pendant la domination anglaise, époque de prospérité et

de développement pour cette province. À Melun, avant 1830, on voyait

encore les restes d'un moulin fortifié dépendant des ruines connues sous

le nom de château de la _reine Blanche_. Ce moulin, dont on ne voyait

plus que les soubassements, se composait de deux piles épaisses avec

éperons opposés au courant de la rivière et couronnées de tourelles; de

celles-ci, les premières assises seulement étaient apparentes. La roue

motrice était placée entre ces deux piles et parfaitement garantie par

conséquent. Le plan du rez-de-chaussée, porté par une arche qui

réunissait les deux piles, n'était probablement qu'une salle barlongue.

Nous n'avons pu nous procurer sur le couronnement de cette usine aucun

renseignement. La construction datait certainement du XIIIe siècle, à

considérer les profils de la souche des tourelles.

Voici (1) le plan de cette usine en A et les restes de son élévation en

B. Nous ne pensons pas que le côté aval fût couronné par des tourelles;

c'est qu'en effet on n'avait guère à craindre (le moulin étant autrefois

entouré d'eau) que des attaques venant d'amont. Le plancher du

rez-de-chaussée au-dessus de la roue motrice était placé au niveau C, et

en D était un pont de bois porté sur des corbeaux, l'entrée du moulin

étant en E. Le moulin de Bagas (canton et arrondissement de la Réole,

Gironde), donné par M. Léo Drouyn[239], fut élevé au XIVe siècle. «En

1436, dit cet auteur, cent vingt ans après sa construction, il fut donné

par Henri VI, roi d'Angleterre, à Pierre Durant, écuyer.» Aujourd'hui

cette usine fonctionne encore. Voici (2X) le plan du moulin de Bagas ou

de Bagatz à rez-de-chaussée, tel qu'il s'établit sur l'un des bras du

Drot. La digue qui maintient le bief est en A. Deux éperons BB' dirigent

les eaux sur deux roues CC'. En aval, les eaux des vannes s'échappent

par des ouvertures couvertes par des linteaux, D est un îlot. Les

entrées du moulin sont en amont et en aval, par les portes fermées au

moyen des tiers-points (G et H). On ne pouvait arriver à ces portes que

par l'îlot D, ou directement en bateau par la pointe de terre H. Ce

rez-de-chaussée est défendu sur trois de ses faces par six meurtrières

s'ouvrant latéralement et en amont. Par un escalier de bois on monte au

premier étage XX. De la berge, du côté opposé à l'îlot, on arrivait de

plain-pied ou à peu près à la porte E, au moyen d'un pont volant. C'est

par cette porte que les grains entraient dans l'usine. Cet étage, qui ne

se compose, comme le rez-de-chaussée, que d'une salle, contient des

latrines en F; une petite porte I s'ouvrait autrefois sur une galerie de

bois J, qui probablement régnait le long de la façade d'aval. On montait

au second XXX également par un escalier de bois. Cet étage est muni aux

quatre angles d'échauguettes flanquantes dont l'une contient l'escalier

qui monte aux combles et au crénelage supérieur. Quatre fenêtres

éclairent cette salle, percée en outre de sept meurtrières et garnie

d'une cheminée.

Voici (3) la vue perspective de ce moulin prise du point P[240]. M. Léo

Drouyn, auquel nous empruntons ces renseignements, présente des vues et

plans de plusieurs autres moulins pris dans la même contrée et bâtis

pendant le XIVe siècle.

Dans les villes, on profitait souvent des arches de pont pour établir

des moulins, et même alors les ponts et moulins, bâtis en bois, ne

formaient qu'une seule et même construction. Avant 1835, il existait

encore à Meaux, en Brie, un pont de ce genre entièrement en bois ainsi

que les moulins y attenant; cet ensemble datait de la fin du XVe siècle.

À Châlon-sur-Saône, le pont de pierre qui communiquait à l'île était

garni de tours rondes au-dessus des piles, avec moulins entre ces tours

au droit des arches; cette disposition pittoresque a subsisté jusqu'au

XVIIe siècle[241]. À Paris, le pont aux meuniers qui traversait le grand

bras de la Seine en aval du pont au Change, en face le Palais, était

établi dans les mêmes conditions que celui de Meaux.

Nous n'avons pu trouver de documents ayant quelque valeur sur la forme

des moulins à vent du moyen âge, ou plutôt sur la disposition de leur

couronnement, car, pour le corps de la bâtisse, elle se composait d'une

tour ronde. Cependant la vignette citée plus haut, et qui donne une vue

de la cité de Carcassonne en 1467, indique un des moulins à vent qui

garnissaient les tours de l'enceinte intérieure; or cette représentation

rappelle les moulins de notre temps: toit conique sur une tour ronde et

quatre ailes garnies de toiles. À Castelnaudary, il y a quinze ans, on

voyait encore quelques moulins à vent du XVIe siècle qui ne différaient

pas des nôtres.

Au XVe siècle il existait des moulins à vent sur la butte dite _des

Moulins_, à Paris, située entre le palais actuel des Tuileries et le

boulevard; et sur plusieurs des tours de l'enceinte de Philippe-Auguste

on en avait établi dès avant cette époque. La célèbre tapisserie de

l'hôtel-de-ville, qui date de la seconde moitié du XVIe siècle, montre

autour de la capitale un assez grand nombre de moulins à vent sur les

points élevés.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Note 226: Voy. _les abbés de Saint-Bertin, d'après les

anciens monuments de ce monastère_, par M. Henri De La Place,

Ire partie, 1854, p. 41, 186 et 187.]

[Note 227: En 1195. Voy. Ducange, _Gloss._: «Concedo

monialibus antedictis... molendina ad aquam et ad ventum.»]

[Note 228: Du XIIe siècle.]

[Note 229: Vers 6673.]

[Note 230: Vers 8349.]

[Note 231: _Les Olim_. t. I, p. 62.]

[Note 232: _Voyage d'Oultremer en Jérusalem_, par le S. de

Caumont, l'an MCCCCXVII, publ. par M. le marquis de La

Grange, 1858.]

[Note 233: Bibl. imp. Estampes, nº 7402, folio 40.]

[Note 234: Du moulin du connétable, du moulin d'Avar, du

moulin du midi.]

[Note 235: Bibl. de Strasbourg.]

[Note 236: _Études sur la condition de la classe agric. en

Normandie_. Évreux, 1851.]

[Note 237: In introitu portus de Dovere est unum molendinum

quod omnes pene naves confringit per magnam turbationem

maris, et maximum damnum facit regi et hominibus, et non ibi

fuit tempore regis Edwardi. _Domesday Book_, cité par S. H.

Ellis, t. I, p. 124.]

[Note 238: _Cartul._ de Fécamp.]

[Note 239: Dans son ouvrage déjà cité sur la _Guienne

militaire_, p. 28. Nous ne saurions trop recommander le

travail de M. Léo Drouyn à nos lecteurs. On ne peut trouver

réunis plus de renseignements intéressants sur les monuments

d'une de nos belles provinces de France, ni rendre avec plus

de charme et de scrupule l'aspect de ces édifices civils et

militaires.]

[Note 240: Les crénelages seuls aujourd'hui sont détruits.

Les autres parties de la construction sont à peu près

intactes.]

[Note 241: Voy. _Civitat. orbis terrar._, in-fol., 2 vol.,

1574. La vue de Châlon-sur-Saône se trouve au commencement du

4e livre.]

MOUSTIER, s. m. _Muster_, _monastère_. Voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE.

N

NAISSANCE, s. f. Point de départ d'un arc sur les pieds-droits. Au moyen

âge, les architectes de l'époque romane, aussi bien que ceux de l'époque

gothique, ont presque toujours relevé les naissances des arcs au-dessus

des bandeaux ou tailloirs de chapiteaux. Ainsi, ces architectes

avaient-ils à tracer une archivolte sur deux colonnes AB (1): au lieu de

poser le point de centre de l'arc sur la ligne _a b_, ils relevaient ce

point de manière à ce qu'un rayon visuel _c d_, par exemple, ne perdît

pas la naissance de cet arc par l'effet de la saillie des tailloirs ou

bandeaux.

Dans l'article CONSTRUCTION, nous donnons les raisons qui souvent

obligeaient les architectes à relever les naissances des arcs. On peut

aussi recourir au mot OGIVE.

[Illustration: Fig. 1.]

NARTHEX, s. m. Dans la basilique romaine, le narthex est le portique

élevé en avant de la nef et formant le fond de l'atrium. Dans la

primitive Église, le narthex était destiné à contenir les catéchumènes,

les énergumènes, et au centre, en face la porte de la nef, les pénitents

auditeurs, c'est-à-dire ceux auxquels il était permis d'assister au

service divin en dehors du temple. Pendant le moyen âge, le mot de

_narthex_ n'a point été appliqué aux porches ouverts ou fermés de nos

églises; d'ailleurs il n'y avait plus alors ici ni catéchumènes ni

énergumènes. Ce n'est que depuis le réveil des études archéologiques que

cette dénomination de _narthex_ a été donnée aux porches fermés de

certaines églises, comme les porches de Cluny, de Vézelay, de Tournus,

etc. Nous l'acceptons, puisque nous avons cru devoir ne point modifier

le vocabulaire admis par les architectes et les archéologues. Il n'en

faut pas moins constater que le mot _narthex_ n'est pas applicable à nos

édifices religieux; il est remplacé par le mot _Porche_.

Il y a des porches ouverts, il y en a de fermés. Les églises de l'ordre

de Cluny et celles de l'ordre de Cîteaux avaient toutes des porches

fermés plus ou moins étendus, en avant de la nef. Le porche des églises

de Cluny était même une sorte d'_antéglise_ très-vaste, ainsi que ceux

des églises abbatiales de Vézelay, de la Charité-sur-Loire, de

Saint-Philibert de Tournus, etc. La distinction entre les porches

ouverts et fermés étant fort difficile à établir souvent, nous renvoyons

nos lecteurs au mot PORCHE pour l'étude de cette partie

très-intéressante de nos édifices religieux; d'autant que nous ne

saurions dire pourquoi les archéologues de nos jours ont donné aux

porches fermés la dénomination de _narthex_, tandis que les véritables

narthex n'étaient qu'un portique ouvert, au moins sur sa face

antérieure, dans les premières basiliques chrétiennes.

NEF, s. f. La basilique antique romaine se compose d'une ou de trois

nefs terminées par un hémicycle servant de tribunal, au-devant duquel,

quand l'espace le permettait, au dire de Vitruve, on élevait des

_chalcidiques_, ce que nous appelons aujourd'hui _croisée_, _transsept_.

Le mot _nef_ ne veut donc dire autre chose qu'une salle plus longue que

large, fermée par deux murs et un comble, ou accompagnée latéralement de

deux autres nefs plus basses, portant une galerie ou un comble en

appentis. Dans les premières basiliques chrétiennes, comme Saint-Paul

hors les murs, à Rome, les nefs ont été portées jusqu'au nombre de cinq:

une nef centrale et deux collatéraux de chaque côté de la nef centrale.

Aujourd'hui, on ne donne pas le nom de nefs aux ailes, aux collatéraux,

mais seulement au vaisseau central, qu'il soit couvert par une charpente

lambrissée ou voûté. L'ancienne église de Saint-Martin-des-Champs, à

Paris, aujourd'hui École des Arts et Métiers, ne se compose que d'une

seule nef rebâtie vers le milieu du XIIIe siècle et terminée par un

choeur du XIe entouré d'un bas-côté avec chapelles. Les cathédrales de

Reims, d'Amiens, de Rouen, de Chartres, de Bayeux, de Coutances, de

Tours, etc., possèdent une nef centrale avec bas-côtés simples,

précédant le transsept. Les cathédrales de Paris, de Bourges, de

Cologne, l'église abbatiale de Saint-Sernin de Toulouse, etc., ont une

nef centrale accompagnée latéralement de bas-côtés doubles. Jusqu'à la

fin du XIIe siècle, les nefs des églises avec collatéraux n'excèdent

guère dix à onze mètres d'axe en axe des piles; mais, à dater de la

période gothique, ces nefs atteignent quinze et seize mètres d'axe en

axe des piles. Quant aux églises à une seule nef, comme les cathédrales

de Toulouse et d'Alby (XIIe et XIVe siècles), leur largeur dans oeuvre

atteint vingt mètres et au delà (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE,

CATHÉDRALE, TRAVÉE). Les églises conventuelles des Jacobins, bâties

pendant le XIIIe siècle, se composent habituellement de deux nefs égales

en longueur, largeur et hauteur; ces nefs jumelles sont séparées par un

rang de piliers (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE). Cette disposition est

observée aussi pour des salles affectées à des services monastiques ou

civils, comme le réfectoire de Saint-Martin-des-Champs à Paris, comme

l'ancienne Grand'salle du Palais à Paris (voy. SALLE).

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 28 / 32 段