MEURTRIÈRE, s. f. _Archère_, _archière_, _raière_. Nous avons vu

ailleurs[221] comment les fortifications romaines permanentes ne se

défendaient que par leur sommet. Les courtines et les tours étaient

pleines à la base et n'opposaient aux attaques que l'épaisseur de leurs

constructions; mais lorsque les armes de jet, maniables, se furent

perfectionnées et eurent acquis une portée plus longue et plus sûre, on

ne se borna plus, pour défendre les approches d'une place forte, à

couronner les parapets de crénelages; on perça des ouvertures à la base

des courtines et aux différents étages des tours. Ces ouvertures

apparaissent dans les fortifications du commencement du XIIe siècle;

assez rares alors, elles se multiplient pendant le XIIIe siècle, elles

participent aux moyens de défense; vers le milieu du XIVe siècle, ces

ouvertures redeviennent de plus en plus rares dans les parties

inférieures de défenses et se multiplient à leur sommet; elles ne

reparaissent qu'au moment où l'artillerie à feu remplace les anciens

engins de défense. Ces meurtrières ou archères, percées au niveau du sol

intérieur des remparts et des planchers des tours, permettaient

non-seulement de lancer des traits d'arbalète ou des flèches, mais aussi

de voir, sans se découvrir, les travaux que les assiégeants pouvaient

tenter pour battre ou saper les ouvrages. Parmi les plus anciennes

meurtrières caractérisées, nous citerons celles des tours et courtines

du château de la cité de Carcassonne, château dont la construction

remonte au commencement du XIIe siècle. Ces meurtrières (1) se composent

à l'intérieur d'une sorte de niche voûtée en berceau surbaissé, destinée

à recevoir au moins un défenseur. Le mur, réduit à une épaisseur de

0m,70 par la construction de la niche, est percé d'une ouverture évasée

à l'intérieur et très-étroite à l'extérieur, afin de découvrir le dehors

suivant un angle de 35º. Un linteau cintré couronne cette baie et une

plongée très-inclinée la termine dans sa partie inférieure. Le tracé A

donne le plan de cette meurtrière, le tracé B sa coupe sur _a b_, le

tracé D sa face intérieure et le tracé F son aspect extérieur. Afin de

donner plus de champ à l'angle du tir, la partie inférieure de la

rainure, qui n'a que 0m,06 d'ouverture, est taillée ainsi que l'indique

le détail C; _d_ donnant le plan, _e_ la face externe, _f_ la coupe.

La formule qui a servi à tracer cette entaille inférieure de la rainure

est celle-ci (2): AB étant l'ouverture intérieure de la meurtrière; CD

l'ouverture que l'on a voulu donner à l'entaille, prenant les points _a

b_ à une distance de 0m,03; de ces points _a b_ on a tiré les deux

lignes _a_D, _b_C. Ces entailles sont primitivement triangulaires; vers

le milieu du XIIIe siècle, elles deviennent carrées, ainsi que nous le

verrons tout à l'heure. Ces meurtrières, percées dans les tours, se

chevauchent, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas placées les unes

au-dessus des autres, mais pleins sur vides, afin de découvrir tous les

points de la circonférence. Ce n'est qu'au XIIIe siècle que l'on

reconnaît, dans le percement des archères, l'emploi d'une méthode

suivie, un tracé très-habilement calculé. À cette époque, des

meurtrières flanquent exactement les courtines à leur base et à leur

sommet, de manière à enfiler tout leur parement d'une tour à l'autre.

Voici (3) le tracé d'une tour à trois étages, plus l'étage crénelé,

comme la plupart de celles qui flanquent l'enceinte intérieure de la

cité de Carcassonne, du côté méridional.

Au-dessus de l'empattement ou talus, cette tour ayant 6m,00 de diamètre

et ses murs 1m,20, à 2m,20 environ de la circonférence AB, on a tracé

l'arc de cercle CD; divisant cet arc de cercle en 16 parties égales, _o

e_, _e f_, _f g_, _g h_, etc.; prenant sur le parement de la tour les

points _p_ à 0m,30 du parement de la courtine, on a divisé la

circonférence externe de cette tour en 8 parties égales. Alors des

points _e, g, i, k_, etc., on a tiré des lignes passant par les points

diviseurs de la circonférence de la tout. Ces lignes ont donné les

ouvertures des meurtrières percées dans les trois étages; les

meurtrières _a_ appartenant au rez-de-chaussée, celles _b_ au premier

étage et celles _c_ au troisième; les meurtrières flanquant les

courtines étant ainsi doublées dans la hauteur. Donc, tous les points de

l'arc de cercle CD sont vus, et au delà les traits se croisent. Ajoutons

les hourds supérieurs à ces meurtrières pour le commandement du pied de

la tour (voy. HOURD), et cet ouvrage se trouve entièrement défendu, les

courtines enfilées par trois meurtrières sur chaque flanc, deux

au-dessus l'une de l'autre à rez-de-chaussée et au troisième étage, et

la troisième un peu en avant.

Les meurtrières des ouvrages de petite dimension ne sont pas munies de

niches intérieures; elles ne consistent qu'en un large ébrasement. Nous

reproduisons (4) le détail de l'une d'elles. A donne leur plan, B leur

coupe sur l'axe et C leur face intérieure. L'extrémité inférieure de la

rainure est évasée pour étendre le champ du tir au moyen d'une entaille

carrée dont le détail est tracé en D (face extérieure) et en E (coupe).

En F, nous avons donné une vue perspective intérieure de ces sortes de

meurtrières, adoptées de 1250 à 1350 environ.

Dans les ouvrages importants de la cité de Carcassonne, les meurtrières

qui percent les tours et les courtines bâties sous Philippe le Hardi

possèdent des niches assez semblables à celles du château du XIIe

siècle. Mais alors les murs sont plus épais; ces niches sont surmontées

d'arcs plein-cintre, et leurs parois sont garnies de bancs de pierre.

Voici (5) une des meurtrières de la tour dite du Trésau. En A, nous

donnons le plan; en B la coupe sur l'axe; en C la face intérieure, et en

D une vue perspective intérieure. Ces dimensions paraissent avoir été

réglementaires, car elles sont semblables dans tous les ouvrages de la

même époque. L'inclination du tir, et par conséquent la longueur de la

rainure, se modifient en raison de la position de la meurtrière par

rapport au sol extérieur, ces inclinaisons étant toutes dirigées sur une

même circonférence à une distance donnée du pied de la tour, ainsi que

l'indique la figure 3.

Quelques archéologues ont prétendu que ces meurtrières, percées aux

divers étages des tours et à la base des courtines, étaient plutôt

faites pour permettre de voir à couvert ce qui se passait au dehors que

pour la défense. Il est certain que ces longues rainures facilitaient la

surveillance des dehors, mais il est impossible d'admettre qu'elles ne

dussent pas servir à la défense. L'échancrure inférieure seule qui ouvre

l'angle du tir démontrerait leur fonction. Nous avons essayé de tirer à

travers ces rainures, non au moyen d'une arbalète, ce qui est aussi

facile qu'avec un mousquet, mais avec un arc; les côtés de la rainure,

au lieu de gêner le tir, remplissent l'office d'une mire et le rendent

au contraire plus sûr que si l'on visait un objet en plein air.

D'ailleurs, les textes des XIIe et XIIIe siècles mentionnent souvent ces

_archières_ pour _lanchier_; _traire_ et _défendre_. On observera que,

quand les murs ont une très-forte épaisseur, comme dans l'exemple

précédent, les constructeurs ont toujours pratiqué ces larges niches qui

permettent au tireur de s'approcher du parement extérieur, ce qui

diminue d'autant pour lui la profondeur de l'ébrasement.

Il existe cependant des défenses très-fortes du commencement du XIIIe

siècle, dont les meurtrières assez rares étaient plutôt faites pour

surveiller les dehors que pour offrir un moyen de défense. À la porte de

Laon de la ville de Coucy, dont la construction date de 1210 environ,

les deux grosses tours sont percées de meurtrières dont l'angle peu

ouvert et l'extrême profondeur ne pouvaient guère que donner une vue sur

un point, de la lumière et de l'air à l'intérieur des salles. Voici (6)

l'une de ces meurtrières.

En A, nous avons tracé le plan; en B la coupe, et en C l'élévation

intérieure. Ici le constructeur a craint d'affamer les murs par des

niches profondes, et il n'a donné aux ébrasements des archères qu'un

angle très peu ouvert. Les rainures ne sont pas entaillées à leur

extrémité inférieure pour augmenter le champ du tir, et bien que ces

meurtrières soient très-élevées au-dessus du fossé, leur inclinaison est

peu considérable. Ces sortes de meurtrières ne peuvent donc être

considérées que comme des vues sur les dehors et des prises de jour et

d'air. Les niches ne sont pas garnies de bancs, ce qui est encore un

indice de leur usage étranger à la défense, car partout où on posait un

factionnaire ou un défenseur à l'intérieur des tours et logis, on trouve

le banc de pierre. La saillie D portait les planchers.

Nous avons dit que vers la fin du XIVe siècle, on renonça aux

meurtrières percées aux étages inférieurs des tours et courtines. C'est

qu'en effet à cette époque, l'art du mineur s'était très-perfectionné,

et que ces longues rainures indiquaient au dehors les points faibles de

la construction. En creusant une mine entre deux de ces rainures, on

était presque assuré de faire tomber toute une portion de muraille.

L'avantage qu'on retirait donc du percement des meurtrières inférieures

ne compensait pas les dangers qu'elles présentaient pour les assiégés.

Alors on établit les hourds permanents ou mâchicoulis à la crête des

tours et courtines, avec crénelages et archères percées dans le milieu

des merlons. Les constructions inférieures restèrent entièrement

pleines, empattées, épaisses, homogènes, et par conséquent beaucoup plus

propres à résister à la sape et à la mine.

Alors les meurtrières ne se rencontrent plus qu'au sommet des défenses

ou sur certains points où l'on posait des factionnaires comme, par

exemple, au-dessus des portes et sur leurs flancs, dans des passages,

des deux côtés des herses, etc. Les meurtrières, à dater du milieu du

XIVe siècle, ne consistent plus seulement, à l'extérieur, qu'en une

rainure simple ou avec entaille inférieure; la rainure est souvent

entaillée vers son milieu par une traverse formant une sorte de croix

pattée, ainsi que l'indique la figure 7[222].

Naturellement, ce sont les armes de jet qui ont imposé la forme de ces

meurtrières. Du XIIe au milieu du XIVe siècle en France, on n'employait

guère comme arme de jet, à main, que l'arbalète. Or, l'arbalète est une

arme excellente pour tirer de but en blanc; elle a les qualités du

mousquet, sauf la portée. Les archers étaient peu employés par les

armées, féodales du domaine royal. Dans le Nord, dans les Flandres et en

Angleterre, au contraire, ils formaient des corps considérables et

avaient acquis, comme nous ne l'avons que trop éprouvé à Crécy, une

supériorité marquée sur les arbalétriers, tant à cause de la rapidité du

tir de l'arc que par la portée extraordinaire des flèches. Mais les

archers, en bataille, tiraient bien plus à la volée que de but en blanc,

et, pour qui s'est exercé à tirer de l'arc, il est facile d'apprécier

les effets du tir à la volée. La flèche, en retombant verticalement

après avoir décrit une parabole, est un projectile terrible en ce qu'on

ne peut s'en garantir. Un archer médiocrement exercé envoie facilement

une flèche à quarante ou cinquante mètres de hauteur obliquement;

arrivée à fin de course, elle décrit une parabole brusque, et tombant

verticalement de cette hauteur elle perce une planche de trois

centimètres d'épaisseur. Au lieu de disposer les meurtrières pour le tir

d'arbalète rapproché, et de haut en bas seulement, on les fit de telle

sorte que les archers pussent tirer à la volée soit par une entaille

intermédiaire _a_ (voir la figure 7), soit par une entaille supérieure

_b_. Ainsi (8) l'arbalétrier ou l'archer pouvait, par l'entaille

inférieure de la meurtrière, envoyer de but en blanc le trait A, et

l'archer seulement par l'entaille intermédiaire envoyait la flèche B,

par l'entaille supérieure la flèche C. Des assiégeants masqués par des

mantelets évitaient difficilement les projectiles B, mais ne pouvaient

se garantir des projectiles C. La nécessité de laisser les parties

inférieures des tours et courtines entièrement pleines pour mieux

résister à la sape et à la mine et l'emploi fréquent des archers, dès le

milieu du XIVe siècle, pour la défense aussi bien que pour l'attaque,

firent percer les meurtrières au sommet des défenses et amenèrent à

échancrer leurs rainures, ainsi que l'indique la figure 7. En effet,

c'est en Guienne et dans le Maine et le Poitou, c'est dans le Nord que

ces meurtrières en croix pattée apparaissent d'abord, c'est-à-dire dans

les contrées occupées alors par les armées anglaises, en partie

composées d'archers. Dans les murailles d'Avignon, qui datent du milieu

du XIVe siècle, nous voyons également des meurtrières en croix pattée;

mais les papes d'Avignon n'avaient guère que des troupes de mercenaires,

et parmi celles-ci des archers recrutés en Suisse et dans le Dauphiné.

Ces sortes d'archères se retrouvent partout en France dès le XVe siècle;

leur forme était définitivement adoptée comme la meilleure, en ce

qu'elle permettait le tir de plein fouet et à la volée. L'artillerie à

feu vint alors modifier de nouveau la forme des meurtrières. Celles-ci

ne se composèrent plus que de trous ronds pour passer la gueule du

mousquet avec une mire au-dessus (9). Quelquefois ces trous sont

doubles, avec une rainure horizontale entre eux deux. Voici une de ces

meurtrières qui provient de la porte orientale d'Angolsheim (10). On

observera que ces trous sont percés dans une dalle assez mince, posée au

nu extérieur du mur de défense et entourée d'un ébrasement en maçonnerie

à l'intérieur. Une balle de mousquet envoyée du dehors pouvait très-bien

briser la dalle. Cette meurtrière est percée à côté de la porte et

commande la route qui descend vers le village; c'est ce qui explique son

élévation au-dessus du sol intérieur. En A, la meurtrière est présentée

du côté extérieur; en B du côté intérieur, et en C en coupe. Mais les

progrès rapides que faisait l'artillerie à feu au XVe siècle déroutaient

fort les constructeurs militaires. Ils abandonnaient difficilement

l'ancien système et n'opposaient aux effets des nouveaux projectiles que

des obstacles presque toujours insuffisants. Ce n'est qu'à la fin de ce

siècle que les ingénieurs ou architectes combinent de véritables

meurtrières pour de la mousqueterie, et parmi celles-ci on peut citer

comme particulièrement intéressantes celles du bastion élevé en avant de

la porte de Laon à Coucy. Ce bastion, aujourd'hui en grande partie

couvert par la route impériale, battait le plateau et enfilait les

fossés de la ville au moyen d'un ouvrage souterrain percé de meurtrières

et de petites embrasures. Il dut être élevé vers les dernières années du

XVe siècle, si l'on s'en rapporte à quelques sculptures et moulures qui

décorent les voûtes de l'étage souterrain.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Note 221: Voyez ARCHITECTURE MILITAIRE, CRÉNEAU.]

[Note 222: Des remparts d'Avignon.]

Ce bastion, dont l'ensemble est donné en A (11), possède à sa base, à

1m,00 environ au-dessus du fond du fossé, une galerie voûtée en berceau

plein-cintre de 1m,20 de largeur. Une chambre voûtée en arcs ogives est

construite derrière le saillant. Les galeries sont percées, à des

distances assez rapprochées, de meurtrières disposées de manière à

croiser les feux de mousqueterie au fond du fossé, ainsi que l'indiquent

les lignes ponctuées en B. En C, nous avons tracé le plan de la chambre

du saillant, avec ses deux meurtrières _a_ et ses évents _b_ percés dans

la voûte; en D, le plan de l'une des meurtrières des faces, lesquelles

sont doubles dans la hauteur du parement. En _d_ sont également des

évents. La coupe E est faite sur _e f_; celle G sur _g h_, et celle H

sur _i_K. Ces galeries, percées de nombreuses meurtrières, sont

évidemment destinés à empêcher le travail de la sape et de la mine au

pied du bastion. Toute cette construction est exécutée avec grand soin

et s'est parfaitement conservée. À l'article PORTE nous expliquons avec

plus de détails l'utilité de cet ouvrage, si intéressant par sa date et

si complet.

MISÉRICORDE, s. f. Petite console disposée sous la tablette mobile des

stalles, servant de siége et permettant aux clercs, lorsque cette

tablette est relevée, de s'asseoir en paraissant être debout (voy.

STALLE).

MITRE, s. f. Couronnement d'un tuyau de cheminée, destiné à empêcher la

pluie ou le vent de s'introduire dans la trémie, en laissant cependant

échapper la fumée. Les mitres, pendant le moyen âge, sont faites en

terre cuite, en brique ou en pierre. Peut-être en existait-il en fer

battu, mais nous n'en avons pas trouvé en place, bien que parfois des

scellements conservés à la tête de tuyaux de cheminée indiquent la

présence d'un chapeau en fer.

Il existe encore dans l'hôpital de Sens une belle mitre en terre cuite

vernissée qui paraît remonter au XIIIe siècle. En voici (1) le tracé.

Cette mitre, en forme de faîtière, laissait échapper la fumée par trois

orifices verticaux, quatre gueules latérales et les deux extrémités de

la courbure. La disposition de ces issues était bien faite pour empêcher

le vent de s'engouffrer dans la trémie. En A, nous donnons la projection

horizontale de cette mitre, en B sa coupe transversale, et en C sa face

latérale. Les dents qui bordent les petits cylindres sont obtenus au

moyen d'un coup de pouce donné dans le profil lorsqu'il était encore

frais et après la soudure de ces cylindres sur le dos de la faîtière.

Habituellement cependant, à cette époque, les tuyaux de cheminée se

terminaient en cylindre et les mitres alors prenaient la forme conique.

Une de ces mitres coniques en terre cuite vernissée se voyait encore, il

y a quelques années, sur une maison du XIVe siècle dépendant de la porte

orientale de la ville de Semur en Auxois (2). En A est tracé sa

projection horizontale et en B son élévation. Sens, Troyes,

Villeneuve-sur-Yonne possèdent encore quelques débris de ces anciens

couronnements de tuyaux de cheminée en terre cuite. Mais dans les

contrées où la pierre est résistante et facile à travailler, les tuyaux

ont presque toujours des couronnements tenant à la construction, et les

chapiteaux de ces tuyaux sont de véritables mitres. De même, dans les

pays où la brique était employée pendant le moyen âge, les mitres sont

faites au moyen d'assemblages de tuiles et de briques (voy. CHEMINÉE).

Les architectes du moyen âge cherchaient toujours à décorer les parties

de la construction qui se découpaient sur le ciel et à leur donner une

silhouette agréable. On voit, dans les vignettes des manuscrits du XVe

siècle, des têtes de cheminées richement ornées; mais malheureusement la

fragilité de ces détails des édifices publics ou privés, très-exposés

aux intempéries, est cause de leur destruction dans toutes nos anciennes

cités.

On fit encore, pendant l'époque de la Renaissance, d'assez belles mitres

en terre vernissée et même en faïence. Ces mitres en faïence sont

composées de plusieurs rondelles s'emmanchant les unes sur les autres et

quelquefois curieusement ornées de détails délicats soit en relief, soit

en peinture, trop petits d'échelle, il est vrai, pour la place qu'ils

occupent.

Mais alors le sentiment vrai de la décoration extérieure des édifices

était fort altéré, et ces mitres en poterie fine, très-jolies à voir de

près dans un musée, ne produisent aucun effet sur le sommet d'un comble.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

MOELLON, s. m. Pierre de petit échantillon, basse entre lits, et que

l'on débite à la carrière pour construire des murs avec du mortier ou du

plâtre. Le moellon est piqué ou brut. Le moellon piqué est celui qui

présente un parement taillé, rustiqué et qui n'a pas besoin d'être

enduit. Le moellon brut n'a pas de forme régulière, c'est-à-dire qu'il

ne possède ni lits ni parements. On employait beaucoup le moellon piqué

au moyen âge dans les constructions de maisons et d'édifices élevés à

peu de frais, et ces sortes de constructions sont excellentes, en ce que

les parements font parfaitement corps avec le blocage intérieur. Dans

quelques contrées de la France, et notamment dans la Bourgogne et le

Charolais, on trouve des bancs considérables d'un calcaire dur,

compacte, qui se délitent en assises très-basses, de 0m,10 à 0m,20,

régulières, et qui fournissent ainsi d'excellent moellon piqué, ne

demandant qu'une taille préparatoire très-légère. Aussi, dans ces

contrées, on voit beaucoup de monuments anciens dont les parements sont

montés en moellon piqué présentant une surface aussi plane que celle

donnée par la pierre de taille. Entre les contre-forts, les murs des

nefs des églises de Vézelay, de Pontigny, de Beaune, sont montés en

moellon piqué admirablement conservé. Les transports étant alors

difficiles, on comprend comment les constructeurs pouvaient

s'approvisionner plus aisément de moellon piqué, qu'on amenait à la

rigueur à dos d'âne, que de pierre de taille. Ils réservaient celle-ci

pour les colonnes, pour les angles, les piles, les contre-forts, les

socles, les corniches, les tableaux de fenêtre.

Les Romains ont souvent employé le moellon piqué, mais en morceaux

présentant extérieurement des surfaces carrées et non pas barlongues.

Cette tradition fut suivie dans certaines provinces de France jusqu'au

XIIe siècle. Ainsi la nef de la cathédrale du Mans, par exemple, dont la

construction remonte en partie au XIe siècle, présente extérieurement

des parements qui ont toute l'apparence d'une construction romaine. Sur

les bords de la Mayenne et de la Loire, on voit quantité d'édifices du

XIe et XIIe siècles qui offrent la même particularité. Le Beauvoisis et

une partie du Valois conservent encore de nombreux restes de

constructions du XIe siècle que l'on pourrait croire faites par des

maçons romains.

MONTOIR, s. m. Degré assez élevé pour permettre de monter à cheval sans

l'aide de l'étrier. Il n'y avait pas de cour de château, d'hôtel ou

d'hôtellerie sans un ou plusieurs montoirs. Il y en avait pour les

femmes et pour les hommes, et les perrons qui jouent un rôle si

important dans l'habitation seigneuriale étaient accompagnés de

montoirs. Les chevaux et mules étaient dressés à _aller au montoir_,

c'est-à-dire à se tenir assez près de ces degrés pour que le cavalier

pût se mettre facilement en selle. Un cheval qui n'allait pas au montoir

était réputé vicieux. On comprend que pour un homme pesamment armé, le

montoir était une nécessité, et sans montoir un chevalier, à l'époque où

les armures étaient d'un poids très-considérable, ne pouvait guère

enfourcher son cheval.

Il y avait au Louvre de Charles V un montoir pour le roi et un pour la

reine. Nous avons vu l'un de ces montoirs (1) dans la cour de l'hôtel de

la Trémoille, à Paris, rangé le long du mur de la façade du fond à côté

du perron. Ce montoir, taillé dans un seul bloc de pierre, se composait

de trois degrés; le dernier formant un petit palier.

Le perron du château de Pierrefonds était accompagné, à droite et à

gauche du degré principal, de deux larges montoirs (voy. PERRON). Devant

les hôtelleries, il y avait toujours en dehors un montoir de pierre et

dans la cour plusieurs montoirs de bois, sortes d'escabeaux que l'on

déplaçait au besoin. Les montoirs étaient garnis de tapis pour les jours

de cérémonie dans les châteaux et palais. À l'extrémité des lices,

pendant les tournois, on disposait des montoirs pour les combattants, et

alors se mettre en selle sans le secours du montoir était considéré

comme un acte de _druerie_.

[Illustration: Fig. 1.]

MORTAISE, s. f. _Mortoise_. Terme de charpente et de menuiserie. La

mortaise est l'entaille qui reçoit un tenon. (Voyez CHARPENTE,

MENUISERIE, TENON.)

MORTIER, s. m. Composé de sable et de chaux. Pour faire du bon mortier,

le sable de rivière, le gravier, a été reconnu comme le meilleur. Quelle

que soit la qualité du sable de plaine ou de carrière, ce sable étant

toujours mêlé d'une certaine quantité d'argile, il ne remplit pas les

conditions nécessaires à la façon du bon mortier.

Pendant le moyen âge, les mortiers sont de qualités très-différentes;

autant ils sont durs et compactes dans les constructions romaines,

autant ils sont de qualité médiocre pendant les IXe, Xe, et XIe siècles.

Il semble qu'alors on avait perdu les procédés de fabrication de la

chaux, et ce n'est que par exception que l'on trouve, dans des édifices

de cette époque, des mortiers offrant une certaine consistance. Au XIIe

siècle, les mortiers commencent à reprendre de la force; pendant les

XIIIe, XIVe et XVe siècles, on en fit d'excellents.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 27 / 32 段