Le larmier de la corniche romaine n'est qu'un léger évidement A (1)

pratiqué au-dessous de la saillie formée par le membre saillant de la

corniche; par conséquent, l'eau pluviale, avant de quitter la pierre

protectrice, suit la pente _ab_, le filet _c_, la doucine _d_ et la face

_e_. Ce principe est à peu près suivi pendant l'époque romane, et même

souvent alors, le larmier faisant défaut, l'eau bave sans obstacle tout

le long des profils jusqu'aux parements des murs que ces profils doivent

protéger. Si l'école laïque de la fin du XIIe siècle soumettait toutes

les parties de la construction à un raisonnement absolu, elle ne

négligeait pas les profils; pour l'exécution de ce détail, elle

abandonnait les traditions romanes; elle inventait des profils en raison

des nécessités reconnues, comme elle inventait un système de

construction appuyé sur de nouveaux principes. Cette école donna donc

aux larmiers, c'est-à-dire aux assises protectrices des parements, le

profil qui était le plus favorable au rejet des eaux. Ce profil se

composait (2) d'un talus A, terminé à sa partie inférieure par un

coupe-larmes B nettement découpé. Si l'on voulait éloigner davantage la

goutte d'eau du parement, on ajoutait une moulure sous le coupe-larme

(3) (voy. CORNICHE). Ce principe fut suivi pendant les XIIIe, XIVe et

XVe siècles; vers ces derniers temps, on voulut donner plus de légèreté

à ces talus, et, au lieu de les couper suivant un plan droit, on leur

donna une forme concave (4). Mais comme cet évidement affaiblissait la

pierre, comme aussi le filet A paraissait épais à côté de cette surface

courbe, on arriva à profiler l'extrémité du larmier, le coupe-larme,

suivant le tracé (5), vers la fin du XVe siècle. Le larmier persiste

longtemps encore dans l'architecture de la Renaissance; c'est qu'en

effet ce profil était certainement le plus propre à garantir les

parements sous un climat où les pluies sont fréquentes. En règle

générale, le filet B du larmier (fig. 2) est toujours tracé à angle

droit avec la ligne du talus. Les larmiers sont puissants et épais dans

l'architecture du XIIIe siècle de l'Île-de-France; ils sont plus fins et

moins hauts en Champagne; ils ne se voient qu'assez tard (vers la

seconde moitié du XIIIe siècle) en Bourgogne, et alors ils affectent

toujours la forme d'une dalle talutée avec une mouchette profonde sous

le talus (voy. PROFIL).

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

LATRINES, s. f. _Privé, retrait_. Le mot _latrines_ ne s'emploie qu'au

pluriel. On admet volontiers que nos aïeux, dans leurs maisons, palais

et châteaux, n'avaient aucune de ces commodités dont aujourd'hui on ne

saurait se passer (dans les villes du Nord au moins); et de ce qu'à

Versailles les seigneurs de la cour de Louis XIV se trouvaient dans la

nécessité de se mettre à leur aise dans les corridors, faute de

cabinets, on en déduit, en faisant une règle de proportion, que chez les

ducs de Bourgogne ou d'Orléans, au XVe siècle, on ne prenait même pas

tant de précautions[104].

Cependant, si les châteaux du moyen âge ne présentaient pas des façades

arrangées par _belle symétrie_, des colonnades et des frontons, ils

possédaient des latrines pour les nobles seigneurs comme pour la

garnison et les valets; ils en possédaient autant qu'il en fallait et

très-bien disposées. À Coucy, les tours et le donjon du commencement du

XIIIe siècle ont des latrines à chaque étage, construites de manière à

éviter l'odeur et tous les inconvénients attachés à cette nécessité. Les

latrines du donjon s'épanchent dans une fosse large, bien construite, et

dont la vidange pouvait se faire sans incommoder les habitants. Quant

aux latrines des tours, elles étaient établies dans les angles rentrants

formés par la rencontre de ces tours et les courtines, et rejetaient les

matières au dehors dans l'escarpement boisé qui entoure le château.

Voici (1) un de ces cabinets donnant sur un palier A en communication

avec les salles et l'escalier. B est la courtine, C la tour. De B en D

est construit un mur en encorbellement masquant le siége E. En F est un

urinoir et en G une fenêtre. Le tracé H donne l'aspect du cabinet à

l'extérieur, et le tracé I sa coupe sur AX. Là il n'y avait pas à

craindre l'odeur, puisque les matières tombaient dans un précipice.

La fig. 2 nous présente un cabinet qui existe encore intact dans le

château de Landsperg (Bas-Rhin)[105], et qui jette, de même que ceux des

tours de Coucy, les matières à l'extérieur. Le siége d'aisances est

entièrement porté en encorbellement sur le nu du mur. La figure A donne

le plan, la figure B la coupe, et la figure C la vue de l'encorbellement

du siége avec la chute en perspective. Comme il y avait lieu de se

défier des traits qui pouvaient être lancés du dehors, on observera que

le constructeur a eu la précaution de placer une dalle de champ

descendant en contre-bas des deux corbeaux latéraux, afin de masquer

complétement les jambes de la personne assise sur le siége, composé

d'une simple dalle trouée. La nuit, il était d'usage de se faire

accompagner, lorsqu'on se rendait au cabinet, par un serviteur tenant un

flambeau. Cette habitude ne paraît avoir été abandonnée que fort tard.

Grégoire de Tours rapporte qu'un prêtre mourut aux privés pendant que le

serviteur qui l'avait accompagné avec un flambeau l'attendait derrière

le voile qui tombait sur l'entrée[106]; et dans les _Mémoires_ de Jehan

Berthelin, écrits vers 1545, nous lisons qu'un chevalier du roi, logé à

Rouen à l'hôtel du Cheval blanc, «luy estant levé il se en alit aux

pryvetz avec le serviteur dudit logis, lesquels tous deux fondyrent et

tombèrent dedens lesdits pryvets, et furent tous deux noiez à

l'ordure[107].» Dans les _Cent nouvelles nouvelles_, il est également

question de personnages qui se font accompagner par des serviteurs. Ceci

explique pourquoi, dans les latrines du moyen âge, on laissait une place

large devant les siéges, ou souvent une sorte de couloir assez long

entre le siége et l'entrée.

Les fosses étaient l'objet d'une attention particulière de la part des

constructeurs; nous en avons de nombreux exemples dans des châteaux du

moyen âge. Elles étaient voûtées en pierre, avec ventilation et pertuis

pour l'extraction. Mais c'est surtout dans la construction des latrines

communes que les architectes ont fait preuve de soin. Dans les châteaux

devant contenir une assez grosse garnison, il y a toujours une tour ou

un bâtiment séparé réservés à l'établissement des latrines. Il y avait

au château de Coucy, entre la grand'salle et le bâtiment des cuisines,

des latrines importantes dont la fosse est conservée. On voit des restes

de latrines disposées pour un personnel nombreux dans un des trois

châteaux de Chauvigny (Poitou). En Angleterre, au château de Langley

(Northumberland), il existe un bâtiment à quatre étages destiné aux

latrines, lesquelles sont établies d'une manière tout à fait

monumentale. On en voyait de fort belles et grandes au château de

Marcoussis, à peu près pareilles à celles de Langley. Les latrines du

château de Marcoussis, élevées au XIIIe siècle, adossées à l'une des

courtines, se composaient d'un bâtiment étroit, couvert, mais dépourvu

de planchers, et dont les cabinets (3)[108] communiquaient avec les

étages des logis voisins au moyen des portes et des passages B (voir la

coupe transversale A). La fosse était en C, et sa voûte était composée

de deux arcs doubleaux entre lesquels passaient les trois trémies de

chute des trois étages de siéges. Ces siéges étaient au nombre de quatre

à chaque étage, et du sol D (rez-de-chaussée) au comble, posé à 1m,00

environ en contre-haut de la fenêtre supérieure E, il n'y avait pas de

planchers. Ainsi la ventilation pouvait se faire facilement et l'odeur

n'était pas entraînée par les portes B dans les logis voisins. En F,

nous avons tracé la coupe du bâtiment parallèlement aux siéges, et pour

les laisser voir, nous avons supposé les appuis G en partie détruits.

Au château de Pierrefonds, dont la construction date de 1400, il est une

tour, du côté des logements de la garnison, qui était entièrement

destinée aux latrines. Nous donnons (4) les tracés de cette curieuse

construction. En A est figuré le plan de la tour au niveau du sol

extérieur du château qui est le sol de la fosse; en C est le pertuis

d'extraction; en D, un ventilateur, et en E un massif de pierres de

taille planté au milieu de la fosse pour faciliter la vidange des

matières. Le tracé B donne le plan du premier étage (rez-de-chaussée

pour la cour du château). Des salles G, on ne pouvait arriver aux

latrines que par le long couloir F, muni de deux portes. La salle H

possédait une suite de siéges en I et un coffre L qui était la descente

des latrines des deux étages supérieurs. La coupe perspective faite sur

BK fait voir, en M, la fosse avec le massif N et le ventilateur O; en P,

les siéges du rez-de-chaussée; en R, les siéges du premier étage, et en

S les siéges du troisième. Pour faire voir les trémies et tous les

siéges, nous avons supposé les planchers enlevés. La dernière trémie S

se prolongeait, par une cheminée latérale, jusqu'au-dessus des combles,

de manière à former appel, et près du tuyau de prolongation de cette

dernière trémie était disposé un petit foyer pour activer cet appel. Il

faut bien reconnaître que beaucoup de nos établissements occupés par un

personnel nombreux, tels que les casernes, les lycées, les séminaires,

n'ont pas des latrines aussi bien disposées que celles-ci. Observons

que, grâce au pertuis latéral d'extraction de la fosse et au massif

central, il était très-facile de faire faire des vidanges fréquentes et

promptes; que cette fosse contenait un cube d'air considérable; qu'elle

était doublement ventilée, et que, par conséquent, elle ne devait pas

dégager beaucoup de gaz dans les pièces, lesquelles étaient ventilées

par des fenêtres; que d'ailleurs toutes les entrées ménagées aux divers

étages de cette tour consistent en des couloirs longs, détournés,

ventilés eux-mêmes et fermés par des doubles portes.

Dans le même château, les latrines du grand logis seigneurial ou donjon

sont disposées, avec un soin extrême, dans une partie étroite des

bâtiments recevant de l'air de deux côtés, isolées et ouvrant les

fenêtres des cabinets au nord (voy. DONJON, fig. 41, 42 et 43). Il faut

remarquer que les jours des grandes latrines de la garnison que nous

venons de donner dans la figure précédente s'ouvrent également vers le

nord. Ces précautions minutieuses apportées à la construction de ces

parties importantes des habitations font place, vers la fin du XVIe

siècle, à une négligence extrême. Mais c'est qu'alors on se préoccupait

avant tout de faire ce qu'on appelait de belles ordonnances symétriques;

que le bien-être des habitants d'un palais ou d'une maison, ce que nous

appelons le _comfort_, était soumis à des conditions architectoniques

plutôt faites pour des dieux que pour de simples mortels. En finissant,

nous ne devons pas omettre de prémunir nos lecteurs contre les récits

d'oubliettes que font tous les _cicerone_ chargés de guider les amateurs

de ruines féodales. Dix-neuf fois sur vingt, ces oubliettes, qui

émeuvent si vivement les visiteurs des châteaux du moyen âge, sont de

vulgaires latrines, comme certaines chambres de torture sont des

cuisines. Plusieurs fois nous avons fait vidanger des fosses de château

que l'on considérait, avec une respectueuse terreur, comme ayant

englouti de malheureux humains; mêlés à beaucoup de poudrette, on y

trouvait quantité d'os de lapins ou de lièvres, quelques pièces de

monnaie, des tessons et des momies de chats en abondance.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Note 104: Cette négligence à satisfaire aux nécessités de

notre nature physique était poussée très-loin dans le temps

où l'on songeait surtout à faire de l'architecture _noble_.

Non-seulement le château de Versailles, où résidait la cour

pendant le XVIIIe siècle, ne renfermait qu'un nombre

tellement restreint de privés, que tous les personnages de la

cour devaient avoir des chaises percées dans leurs

gardes-robes; mais des palais beaucoup moins vastes n'en

possédaient point. Il n'y a pas fort longtemps que tous les

appartements des Tuileries étaient dépourvus de cabinets, si

bien qu'il fallait chaque matin faire faire une vidange

générale par un personnel _ad hoc_. Nous nous souvenons de

l'odeur qui était répandue, du temps du roi Louis XVIII, dans

les corridors de Saint-Cloud, car les traditions de

Versailles s'y étaient conservées scrupuleusement. Ce fait,

relatif à Versailles, n'est point exagéré. Un jour que nous

visitions, étant très-jeune, ce palais avec une respectable

dame de la cour de Louis XV, passant dans un couloir empesté,

elle ne put retenir cette exclamation de regret: «Cette odeur

me rappelle un bien beau temps!»]

[Note 105: Ce dessin nous a été fourni par M. Cron,

architecte. Ce château date du XIIe siècle.]

[Note 106: Lib. II, cap. XXIII.]

[Note 107: _Journal du bourgeois de Rouen; Revue rétrospect.

normande._ Publ. par André Pottier; 1842.]

[Note 108: D'après un ancien dessin en notre possession.]

LAVABO, s. m. Grande vasque en pierre ou en marbre répandant l'eau par

une quantité de petits orifices, percés autour de ses bords, dans un

bassin inférieur, et destiné aux ablutions; par extension, le nom de

_lavabo_ a été donné à la salle ou à l'aire au milieu de laquelle

s'élevait la fontaine. La plupart des cloîtres de religieux possédaient

un lavabo. Quelquefois le lavabo était posé au centre du préau, à ciel

ouvert, plus fréquemment le long d'une des galeries du cloître ou dans

un angle, et alors le lavabo était couvert; c'était une annexe du

cloître vers laquelle les religieux se dirigeaient avant d'entrer au

réfectoire et en revenant des travaux des champs, quand ils

travaillaient aux champs. Les cisterciens, qui, au XIIe siècle, se

piquaient de revenir aux premières rigueurs de la vie monastique, qui

excluaient de leurs couvents tout luxe, toute superfluité, avaient

cependant construit des lavabos dans leurs cloîtres, disposés non point

comme un motif de décoration, mais comme un objet de première nécessité.

C'est qu'en effet les cisterciens du XIIe siècle s'occupaient à de rudes

travaux manuels; il leur fallait, avant d'entrer à l'église ou au

réfectoire, laver les souillures qui couvraient leurs mains. Aussi

voyons-nous que les lavabos des monastères cisterciens sont une partie

importante du cloître. L'abbaye de Pontigny possédait un lavabo dont la

cuve existe encore; celle du Thoronet (Var), XIIe siècle, possède au

contraire l'édicule qui contenait la cuve, tandis que celle-ci a

disparu.

Voici (1) le plan de ce lavabo; c'est une salle hexagone tenant à la

galerie du cloître qui longe le réfectoire; les religieux entraient dans

la salle par une porte et sortaient par l'autre, de manière à eviter

tout désordre; ils se rangeaient ainsi autour du bassin, au nombre de

six ou huit, pour faire leurs ablutions.

La fig. 2 présente la coupe de ce lavabo sur _ab_[109]. Conformément à

la règle de l'ordre de Cîteaux, cette salle est extrêmement simple,

couverte par une coupole en pierre à cinq pans avec arêtiers dans les

angles rentrants.

L'abbaye de Fontenay, près Montbard, dépendant du même ordre, possédait,

le long de l'une des galeries de son cloître, un lavabo d'une

remarquable construction (3)[110]. En A était le réfectoire. Les

religieux entraient à la file dans le lavabo par une arcade et sortaient

par l'autre, comme au Thoronet. Une colonne centrale, passant à travers

la vasque B, portait la retombée de quatre voûtes d'arête avec arcs

doubleaux. Cette salle, assez spacieuse pour permettre à quinze

religieux au moins de se tenir autour du bassin, était basse comme les

galeries du cloître et bien abritée du vent et du soleil par conséquent.

La fig. 4 présente une vue perspective de ce lavabo prise du point C, en

supposant la voûte coupée de _a_ en _b_. C'était là un édifice dont la

disposition était rigoureusement prise d'après le programme donné et qui

devait présenter un aspect agréable, bien que l'architecture en fût

très-simple. Les beaux matériaux calcaires dont disposaient les

religieux de Fontenay leur avaient permis d'élever cette salle au moyen

de gros blocs de pierre; les noyaux des piles sont monolithes, les bases

et chapiteaux pris dans une seule assise. Ce mode de construction

ajoutait au caractère de grandeur du monument malgré sa petite

dimension. L'abbaye de Saint-Denis possédait une fort belle vasque dans

son cloître qui servait aux ablutions des moines; cette vasque, déposée

aujourd'hui au milieu de la seconde cour de l'École des Beaux-Arts, date

du XIIIe siècle, est d'un profil remarquable et présente, tout autour,

entre chaque goulotte, une tête sculptée d'un beau style[111]. Lorsque

les moines ne pouvaient amener l'eau dans une vasque pour les ablutions

journalières, ils se contentaient d'un puits avec une auge circulaire ou

semi-circulaire[112] autour ou à proximité.

Cependant, en Espagne, les couvents possédaient des lavabos magnifiques.

Le voisinage des établissements arabes, dans lesquels l'abondance de

l'eau était considérée comme une nécessité de premier ordre, avait dû

exercer une certaine influence sur les constructions des cloîtres. C'est

aussi dans les monastères du midi de la France qu'on trouvait autrefois

les lavabos les mieux disposés et les plus spacieux. Il est à regretter

que ces salles, qui se prêtaient si bien aux compositions

architectoniques, aient été détruites partout, dès avant la fin du

dernier siècle, par les moines eux-mêmes, qui ne se soumettaient plus à

l'usage de se laver au même moment et ensemble. Les lavabos consistaient

seulement parfois en une grande auge en marbre, en pierre ou en bronze,

placée à l'entrée du réfectoire (voyez, dans le _Dictionnaire du

Mobilier_, l'article LAVOIR).

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Note 109: Voy. les gravures faites d'après les relevés de M.

Questel, dans le recueil des archives des _Monuments

historiques_, pub. sous les auspices de M. le ministre

d'État.]

[Note 110: On voit encore en place les deux entrées du

lavabo, et nous avons retrouvé, en 1844, dans les débris qui

jonchaient le cloître, les fragments des piles de la salle,

dont le périmètre était apparent au-dessus du sol du préau.]

[Note 111: Voy. la gravure de cette vasque dans les _Exemples

de décoration_ de M. Léon Gaucherel.]

[Note 112: Voy. le cloître de la cathédrale de Girone.]

LAVATOIRE, s. m. Auge placée dans une salle près du cloître des

monastères, et servant à déposer et laver les morts avant leur

ensevelissement.

L'usage de laver les morts avant de les enterrer est une pratique qui

remonte à l'antiquité[113] et qui s'est conservée jusqu'à la fin du

dernier siècle dans quelques provinces, comme le pays basque, par

exemple, les environs d'Avranches et le Vivarais. Le sieur de

Moléon[114] décrit ainsi le lavatoire de l'abbaye de Cluny: «Au milieu

d'une chapelle fort spacieuse et fort longue, où l'on entre du cloître

dans le chapitre, est le lavatoire, qui est une pierre longue de six ou

sept pieds, creusée environ de sept ou huit pouces de profondeur, avec

un oreiller de pierre qui est d'une même pièce que l'auge; et un trou au

bout du côté des pieds, par où s'écoulait l'eau après qu'on avait lavé

le mort.» L'auteur donne un figuré de ce lavatoire que nous présentons

ici (1); il ajoute qu'il y avait des pierres semblables dans l'hôpital

de la ville de Cluny, dans le chapitre de l'église cathédrale de Lyon,

dans le revestiaire de celle de Rouen et dans presque tous les

monastères des ordres de Cluny et de Cîteaux.

[Illustration: Fig. 1.]

[Note 113: Voy. les _Actes des apôtres_, chap. IX; Sidoine

Apollinaire, liv. III, lettre III.]

[Note 114: _Voyages liturgiques en France_. Paris, 1718.]

LÉGENDE, s. f. Ce mot, en architecture, s'applique aux représentations

groupées, soit sculptées, soit peintes, sur mur ou sur verre, de sujets

légendaires, comme, par exemple, l'histoire de l'Enfant prodigue,

l'histoire du mauvais Riche, ou bien certaines vies de saints racontées

dans la _Légende dorée_. Les portails de nos églises du moyen âge

présentent souvent des sujets légendaires sculptés sur leurs

soubassements à dater de la fin du XIIIe siècle. À la cathédrale

d'Auxerre, au portail de la Calende de la cathédrale de Rouen, au

portail occidental de celle de Lyon, on voit de très-fines sculptures

représentant des sujets légendaires. Mais c'est surtout sur les vitraux

que s'étendent les séries innombrables de ces sortes de sujets (voy.

VITRAIL).

LICE, s. f. Barrière, palissade, par extension, espace réservé entre les

deux enceintes d'une ville fortifiée, ou entre les murs et les barrières

extérieures (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE). On donnait aussi le nom de

lices aux champs clos destinés aux exercices, joutes, tournois, pas

d'armes et jugements de Dieu.

Lorsqu'une armée campait et s'entourait de palis, on disait «sortir des

lices» pour sortir de l'enceinte palissadée. Quand Harold vient de

Londres au-devant de Guillaume le Bâtard, il fait placer son corps

d'armée derrière des palissades. Le matin de la bataille, Harold va

reconnaître l'ennemi,

«E de lor lices furz issu[115].»

Après la bataille de Mansourah ou de la Massoure, des espions viennent

avertir saint Louis qu'il sera attaqué de grand matin dans son camp. «Et

lors commanda le roy à touz les cheveteins des batailles que il feissent

leur gent armer dès la mienuit, et se traisissent hors des paveillons

jusques à la lice, qui estoit tele que il y avoit lous merriens, pour ce

que les Sarrazins ne se férissent parmi l'ost; et estoient atachiés en

terre en tel manière, que l'en pooit passer parmi le merrien à

pié[116].» Ainsi, dans les campements faits à la hâte, les pieux qui

formaient la lice étaient espacés l'un de l'autre de manière à permettre

aux gens de pied de passer entre eux. Ces pieux formaient ainsi une

suite de merlons qui n'empêchaient pas les fantassins de se jeter sur

l'assaillant, mais qui arrêtaient les charges de cavalerie, et

permettaient aux soldats de se rallier s'ils étaient obligés de se

replier.

Les châteaux étaient toujours entourés de lices, c'est-à-dire de

barrières palissadées, quelquefois avec fossés, qui protégeaient le pied

des remparts et permettaient de faire des rondes extérieures lorsque

l'on était investi. C'était là une tradition des populations guerrières

du Nord.

«Amis, beau-frère, est Orenge si riche?

Dist li chêtis: «Si m'aïst Dex, beau sire,

Se véiez le palés de la vile,

Qui toz est fez à voltes et à lices[117]!»

Ce qui veut dire que le château de la ville est maçonné, voûté et

entouré de palissades de bois.

[Note 115: Le _Roman de Rou_, vers 12,125.]

[Note 116: _Hist. de saint Louis_, Joinville. Pub. par M.

Franc. Michel; 1858.]

[Note 117: _La prise d'Orenge; Guillaume d'Orange_, chanson

de geste des XIe et XIIe siècles, pub. par M. W. J. A.

Jonckbloet; 1854.]

LIEN, s. m. Terme de charpenterie. Pièce de bois ayant un tenon à chaque

bout et qui, posée en écharpe, lie le poinçon avec l'arbalétrier ou avec

le faîtage d'une charpente de comble (1). A étant le poinçon et B les

arbalétriers, les pièces C sont des liens; D étant des poinçons et F le

faîtage, les pièces G sont des liens.

[Illustration: Fig. 1.]

LIERNE, s. f. Nervure d'une voûte en arcs d'ogive qui réunit la clef des

arcs ogives aux sommets des tiercerons. Les nervures A (1) sont des

liernes (voy. CONSTRUCTION, VOÛTE).

Dans la charpenterie, les liernes sont des pièces de bois horizontales

qui réunissent à leur base deux poinçons dans le sens longitudinal du

comble et qui reçoivent les solives des faux planchers. Ce sont aussi

des pièces de bois courbes, posées horizontalement entre les

arbalétriers d'un comble conique, et qui servent à assembler les

chevrons lorsque ceux-ci doivent être répartis à distances à peu près

égales dans la hauteur de la toiture. Les pièces A (2) sont des liernes.

Dans les combles de tours cylindriques, les liernes sont nécessaires

lorsque la charpente n'est pas disposée de manière à ce que chaque

chevron porte ferme. La méthode des chevrons portant ferme étant presque

toujours adoptée dans les charpentes de combles du moyen âge, il est

rare qu'on ait eu recours aux liernes. On les emploie depuis le XVe

siècle pour les charpentes sphéroïdes formant coupole.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

LIMON, s. m. Est une pièce de bois rampante qui porte les marches d'un

escalier à leur extrémité opposée au mur (voy. ESCALIER). Les limons de

pierre n'étaient pas employés dans l'architecture du moyen âge, les

révolutions des marches dans les escaliers à plan carré ou barlong étant

alors portées sur des arcs, ce qui était beaucoup plus solide que le

système de limons appareillés.

LINÇOIR, s. m. Terme de charpenterie. Pièce de bois posée

horizontalement au-dessus des lucarnes ou des souches de cheminées pour

recevoir les chevrons du comble.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 11 / 32 段