Les galeries des habitations privées, destinées à desservir

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PARIS

IMPRIMÉ CHEZ BONAVENTURE ET DUCESSOIS

Quai des Augustins, 55, près du Pont-Neuf.

DICTIONNAIRE RAISONNÉ

DE

L'ARCHITECTURE

FRANÇAISE

DU XIe AU XVIe SIÈCLE

PAR

M. VIOLLET-LE-DUC

ARCHITECTE DU GOUVERNEMENT

INSPECTEUR-GÉNÉRAL DES ÉDIFICES DIOCÉSAINS

TOME SIXIÈME

[Illustration]

PARIS

B. BANCE, ÉDITEUR

RUE BONAPARTE, 13.

MDCCCLXIII

G

GÂBLE, s. m. Terme de charpenterie appliqué à la maçonnerie. Il y a

encore une association de charpentiers à laquelle on donne le nom de

_Gavauds_, et, dans le Berri, un homme qui a les jambes arquées en

dehors s'appelle un _gavaud_. Le gâble est originairement la réunion, à

leur sommet, de deux pièces de bois inclinées. Le gâble d'une lucarne

comprend deux arbalétriers assemblés dans un bout de poinçon et venant

reposer au pied, à l'extrémité de deux semelles (1).

Nous avons vu ailleurs (voy. CATHÉDRALE, CONSTRUCTION) qu'à la fin du

XIIe siècle et au commencement du XIIIe, on reconstruisit, dans les

villes du domaine royal et du nord de la France, toutes les cathédrales

et un grand nombre d'églises paroissiales. Bien qu'en commençant ces

édifices les ressources fussent abondantes, lorsqu'on atteignit le

niveau des voûtes hautes, l'argent vint à manquer, ou du moins ne put-on

le recueillir que beaucoup plus lentement. Il fallut donc employer des

moyens provisoires de couvertures qui permissent d'abriter les

constructions faites, tant pour éviter les dégradations causées par la

pluie et la gelée que pour livrer ces édifices au culte. D'ailleurs,

dans les très-grands monuments, comme la cathédrale d'Amiens, par

exemple, il eût été imprudent d'élever les piles, les grandes fenêtres,

le mur et le bahut qui les surmontent, de poser la charpente supérieure

sur ces murs isolés, ou plutôt sur ce quillage, sans bander les grandes

voûtes et les arcs-boutants qui les contre-buttent; car la stabilité de

ces sortes d'édifices ne consiste qu'en un système d'équilibre, de

pressions opposées, dont nous avons suffisamment expliqué le mécanisme à

l'article CONSTRUCTION. Il fallait donc souvent maçonner les hautes

voûtes parties par parties, puis attendre la récolte des ressources

nécessaires pour élever, les murs-goutterots et les grandes charpentes.

Alors on couvrait provisoirement chaque portion de voûte terminée par le

procédé le plus simple et le plus économique: au-dessus des

arcs-formerets, on élevait des gâbles en charpente dont le sommet était

au niveau d'un faîtage posé sur des potelets suivant l'axe principal de

la voûte. On réunissait ces sommets de gâbles avec ce faîtage, on

chevronnait, et on posait du lattis et de la tuile sur le tout (2) (voy.

le tracé A). Les constructeurs avaient eu le soin de réserver, dans les

reins des voûtes, des cuvettes aboutissant à des gargouilles jetant les

eaux directement sur le sol, comme à la Sainte-Chapelle de Paris, ou

dans les caniveaux de couronnements d'arcs-boutants, comme à Notre-Dame

d'Amiens (v. le tracé B, en C). Ainsi pouvait-on attendre plusieurs

mois, plusieurs années même, avant de se mettre à élever les tympans

au-dessus des fenêtres, les bahuts et les grandes charpentes; les voûtes

étaient couvertes, et les maçonneries n'avaient rien à craindre de la

pluie, de la neige ou de la gelée. Dès que les approvisionnements

accumulés permettaient de continuer l'oeuvre, entre ces gâbles, et sans

détruire les couvertures provisoires, on élevait les piles D et les

portions de bahuts G; sur ces portions de bahuts, dont l'arase

supérieure atteignait le niveau des faîtages des couvertures

provisoires, on faisait passer les sablières du comble définitif (voy.

le tracé A, en H), on posait la grande charpente, on la couvrait et,

celle-ci terminée, on enlevait par-dessous les couvertures provisoires,

les gâbles de bois, et on posait les tympans sur les formerets ou

archivoltes de fenêtres, ainsi que les bouts de corniches et de bahuts

manquants. Des tuyaux ménagés dans les piles D (voy. le tracé B)

jetaient les eaux des chéneaux E dans les gargouilles C, qui avaient

ainsi été utilisées avec les couvertures provisoires et avec les

couvertures définitives. Mais les yeux s'étaient habitués à voir ces

gâbles de bois surmontant les formerets des voûtes, interrompant les

lignes horizontales des corniches et bahuts. Lorsqu'on les enlevait,

souvent les couronnements des édifices achevés devaient paraître froids

et pauvres; les architectes eurent donc l'idée de substituer à ces

constructions provisoires, dont l'effet était agréable, des gâbles en

pierre. C'est ce que Pierre de Montereau fit à la Sainte-Chapelle de

Paris dès 1245[1]. Cet exemple fut suivi fréquemment vers la fin du

XIIIe siècle, et notamment autour du choeur de la cathédrale d'Amiens;

puis, plus tard, à Cologne.

Pendant la seconde moitié du XIIIe siècle, les gâbles de pierre

devinrent ainsi un motif de décoration souvent employé. Les portails

nord et sud du transsept de la cathédrale de Paris, dont la construction

date de 1257, sont surmontés de gâbles qui ne remplissent aucune

fonction utile, mais qui terminent les archivoltes par de grands

triangles en partie ajourés, rompant la monotonie des lignes

horizontales de ces immenses pignons.

Voici (3) le gâble du portail méridional de Notre-Dame de Paris. La

balustrade et la galerie passent derrière ce gâble, qui n'est autre

chose qu'un mur triangulaire isolé de 0,33 c. d'épaisseur. D'autres

gâbles, plus petits, surmontent les niches qui accompagnent ce portail,

et forment ainsi une grande dentelure à la base de l'édifice. Nous avons

dit ailleurs[2] comment les constructeurs du moyen âge s'étaient servis

de ces gâbles décoratifs pour charger les sommets des arcs-formerets et

empêcher leur gauchissement.

Les trois portails de la cathédrale d'Amiens, très-profonds, compris

entre de larges contre-forts saillants, sont couverts par des combles à

double pente fermés par des gâbles pleins, donnant un angle presque

droit au sommet et décorés seulement par des crochets rampants et un

fleuron de couronnement. À la cathédrale de Laon, la même disposition a

été adoptée; mais l'architecte de la façade de la cathédrale de Reims,

vers 1260, voulut, tout en conservant ce principe, donner aux gâbles des

trois portails une richesse sans égale.

Le gâble du portail central (4) représente le Couronnement de la Vierge

de grandeur colossale, surmonté d'une succession de dais s'étageant, en

manière de gradins, jusqu'au sommet du triangle. La statuaire est

ronde-bosse; les saillies sont prononcées au point de faire presque

oublier la forme primitive du gâble. Ici les lignes de l'architecture

sont détruites par la sculpture.

Le XIVe siècle, tout en donnant aux gâbles une grande richesse de

détails, eut toujours pour principe, cependant, de laisser aux lignes de

l'architecture leur importance nécessaire. Le gâble du portail de la

Calende, à la cathédrale de Rouen, est un des mieux composés parmi ceux

qui nous restent de cette époque (5). Il est entièrement ajouré

au-dessus de la galerie, et orné de bas-reliefs dans des lobes

au-dessous; ses rampants sont garnis de redans délicats, qui ont

remplacé les crochets, comme au portail méridional de la cathédrale de

Paris.

Au XVe siècle, les rampants des gâbles deviennent plus aigus encore,

plus épais, plus chargés de moulures, et les découpures intérieures plus

ajourées et plus maigres. À la fin du XVe siècle, souvent les rampants

des gâbles forment des angles curvilignes concaves, en manière

d'accolades allongées, au-dessus des archivoltes. (Voy. CONTRE-COURBE;

CONSTRUCTION, fig. 106, 108; FENÊTRE, fig. 19, 26; FLÈCHE, fig. 4,6;

LUCARNE, PIGNON.)

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Note 1: Voy. FENÊTRE, fig. 19.]

[Note 2: Voy. CONSTRUCTION, fig. 108.]

GALERIE, s. f. Passage couvert, de plain-pied, donnant à l'intérieur ou

à l'extérieur, servant de communication d'un lieu à un autre, de

circulation, aux différents étages d'un édifice; c'est plutôt l'aspect

monumental que le plus ou moins de largeur et de hauteur qui fait donner

le nom de galerie à un passage. La dénomination de galerie entraîne avec

elle l'idée d'un promenoir étroit relativement à sa longueur, mais

décoré avec une certaine richesse. On donne aussi le nom de _galerie_ à

tout passage de service, très-étroit d'ailleurs, mais très-apparent et

faisant partie de l'architecture d'un édifice. On dit la galerie des

Rois à Notre-Dame, la _galerie des Latéraux_ de la cathédrale de Rouen,

bien que cette dernière galerie ne soit qu'un très-fâcheux passage.

Quant aux galeries qui surmontent les bas-côtés dans les églises, les

archéologues sont convenus de leur donner le nom de _triforium_, que

nous leur conserverons sans discuter la valeur de cette dénomination.

Nous diviserons les galeries en galeries _de service_ contribuant à la

décoration extérieure ou intérieure des monuments, et en galeries

_promenoirs_, dans les châteaux ou les édifices publics ou privés.

Les architectes du moyen âge établissaient, dans leurs grands monuments,

des couloirs de service à différentes hauteurs, afin de rendre la

surveillance et l'entretien faciles. Les hautes façades des cathédrales,

par exemple, étaient divisées en plusieurs étages de galeries qui

permettaient de communiquer de l'intérieur à l'extérieur, d'entretenir

les parements, de réparer les vitres des roses, et de décorer au besoin

les façades, à l'aide de tentures, lors des grandes cérémonies. Nos

cathédrales françaises du Nord, bâties vers le commencement du XIIIe

siècle, celles dont les façades ont été terminées, sont décorées de

galeries superposées. À Notre-Dame de Paris, la façade, qui a été

construite entre les années 1210 et 1225, présente, au-dessus des trois

portails, une première galerie, fort riche, dont les entre-colonnements

sont remplis de statues colossales des rois de Juda. Cette galerie est

un véritable portique couvert par un plafond de dalles épaisses.

Au-dessus est la galerie de la Vierge, sous la rose; celle-ci est

découverte et n'est qu'une terrasse munie d'une balustrade. Une

troisième galerie, en manière de portique très-svelte et très-riche,

ceint la base des deux tours et les réunit. Sur la façade de Notre-Dame

d'Amiens, au-dessus des trois porches, est une galerie de service

couverte, richement décorée d'arcatures et de colonnettes; la galerie

des Rois la surmonte, et celle-ci supporte une terrasse comme à Paris. À

Reims, à la base des deux tours occidentales, au-dessus de la rose

centrale, est la galerie découverte dite du _Gloria_. C'est de cette

galerie qu'à certaines fêtes de l'année, devant le peuple assemblé sur

le parvis, le clergé de Notre-Dame entonnait le _Gloria in excelsis..._

Une longue suite de statues colossales de rois enveloppe la base du

pignon et des tours au-dessus de cette terrasse. À Notre-Dame de

Chartres, on observe une disposition analogue, mais dans des proportions

beaucoup plus simples, et ne s'étendant qu'entre les deux tours. On peut

donc ainsi se faire une idée de ce que sont les galeries dans les

édifices du moyen âge. Nous allons entrer dans de plus amples détails

sur ces parties importantes des constructions.

_Galeries des Rois_. La plus ancienne galerie des Rois à laquelle on

puisse donner ce nom, en ce qu'elle sert en même temps de passage pour

le service et de décoration, est celle de la façade de Notre-Dame de

Paris; on ne saurait lui assigner une date postérieure à 1220. Elle se

compose d'une suite de piles (1) portant un plafond de pierre sur des

encorbellements, et devant chacune desquelles est plantée une colonne.

Les rois sont posés en A et abrités sous l'arcature portée par ces

colonnes. La fig. 2 donne cette galerie en coupe; les statues des rois

sont placées en A, un peu en retraite du socle des colonnes, et en B est

une circulation pour le service, derrière les piliers de renfort posés

au droit des colonnes. La terrasse dite de _la Vierge_ est en C. La fig.

3 présente l'aspect extérieur de la galerie. Par son style comme par sa

composition, cette galerie est certainement la plus belle de toutes

celles qui existent sur les façades de nos cathédrales françaises. On

observera comme cette arcature, basse, simple par la composition

générale, brillante par ses détails, forme un encadrement favorable

autour des statues des rois. Quant à son effet sur l'ensemble de la

façade, il est excellent. La galerie des Rois de Notre-Dame de Paris

trace une zone riche et solide cependant au-dessus des trois portails et

les couronne très-heureusement. La statuaire est bien à l'échelle du

monument, paraît grande, sans pour cela rapetisser les membres de

l'architecture[3].

Le style de la galerie des Rois de Notre-Dame de Reims est tout autre.

À Reims, cette galerie remplace celle qui à Paris enveloppe la base des

tours: elle n'est qu'une décoration et ne fournit pas une circulation

continue. La construction date de la fin du XIIIe siècle, la statuaire

en est médiocre. Cette galerie étant donnée en détail dans l'ouvrage de

M. J. Gailhabaud[4], il ne paraît pas nécessaire de la reproduire ici.

Quant à la cathédrale d'Amiens, la disposition de sa galerie des Rois

est fort belle. Comme celle de Paris, elle surmonte les trois portails;

mais à Amiens, entre la galerie des Rois et les gâbles des porches, est

une galerie intermédiaire du plus beau style de l'art du XIIIe siècle

(1235 environ). La galerie basse (4), celle des Rois et la terrasse

supérieure A sont praticables et communiquent avec les étages intérieurs

des tours. Derrière la galerie basse s'ouvrent de grandes baies sans

meneaux, qui éclairaient la nef centrale, à travers une autre galerie

intérieure, avant la pose de la tribune des grandes orgues. D'autres

fenêtres courtes sont ouvertes derrière la galerie des Rois; celles-ci

donnent sur une seconde galerie qui surmonte la galerie inférieure. Le

plan (5) explique cette belle disposition, qui, malheureusement, est

masquée aujourd'hui par le buffet d'orgues. On remarquera (fig. 4) que

la galerie inférieure porte sur des piles composées de trois colonnes

groupées devant un pilastre; des arcs de décharge richement décorés de

redans et d'animaux sculptés sur le devant des sommiers reposent sur ces

piles. Entre ces arcs de décharge, l'arcature est libre: c'est un simple

remplissage à jour porté sur une colonne monolithe et maintenu seulement

sous l'intra-dos des archivoltes par deux tenons dépendants des deux

morceaux supérieurs du cercle. Ainsi l'architecte n'avait pas à craindre

la rupture des parties de ce remplissage à jour sous la charge ou le

tassement des parties supérieures. Une seule assise de pierre sépare la

galerie basse de celle des Rois. Le dallage du passage découvert

supérieur porte sur des linteaux qui forment les sommiers de l'arcature

des rois. Chacun de ces sommiers est taillé en caniveau et rejette

extérieurement les eaux du dallage par les têtes de gargouilles qui

décorent les faces au-dessus des tailloirs.

_Galeries de service des églises_. Avec la galerie des Rois de la

cathédrale d'Amiens, nous voyons une de ces galeries de service et

décoratives à la fois qui venaient couper les lignes verticales des

façades. Ces galeries, pendant le XIIIe siècle, sont passablement

variées dans leur composition et leurs détails; elles prennent une

importance considérable comme la grande galerie à jour de la base des

tours de Notre-Dame de Paris, comme celles du portail de Notre-Dame de

Dijon, ou elles ne sont que des portiques bas, trapus, comme la galerie

de la façade de Notre-Dame de Laon.

La question d'art et de proportions domine dans ces cas la question de

service. Cependant ces galeries ont toujours une utilité. Dans leurs

grands édifices, les architectes du moyen âge établissaient des moyens

de circulation faciles à des niveaux différents, afin de pouvoir

surveiller et entretenir les constructions, les couvertures et les

verrières, sans être obligés, comme on le fait aujourd'hui, de poser des

échafaudages dispendieux et nuisibles, à cause des dégradations qu'ils

occasionnent aux sculptures et parties délicates de l'architecture.

Les deux galeries superposées de la face occidentale de l'église

Notre-Dame de Dijon (XIIIe siècle) sont remarquablement belles, comme

composition et sculpture. Nous donnons (6) l'une de ces galeries,

surmontée d'une haute frise d'ornements en façon de métopes posées entre

des figures saillantes. Ces galeries étaient destinées à relier la base

de deux tours qui n'ont jamais été élevées.

À l'extérieur des églises rhénanes du XIIe siècle, sous les combles,

règnent souvent des galeries de circulation, particulièrement autour des

absides. Ces galeries étaient prises alors aux dépens des reins des

voûtes en cul-de-four de ces absides; elles sont basses, formées de

colonnettes portant une arcature plein cintre, et donnent de la richesse

et de la légèreté aux couronnements de ces édifices.

Nous observerons que ce parti est adopté quelquefois dans le midi de la

France, notamment dans les monuments religieux construits en brique.

Ainsi, au sommet de l'église des Jacobins à Toulouse, on voit une

galerie de service, un véritable chemin de ronde, placé sous le chéneau,

et qui, donnant dans des échauguettes placées aux angles de l'édifice,

permet de faire le tour de la construction près du sommet des voûtes.

Cette galerie A (7) prend jour du dehors, par les oeils B, et permet

d'examiner les voûtes par les petites fenêtres C vitrées et s'ouvrant

sous les formerets; elle est portée sur de grands arcs de décharge D

bandés d'un contre-fort à l'autre et abritant parfaitement les verrières

placées en E. Toute cette construction est en brique et présente un

aspect des plus monumental.

À l'intérieur des grands vaisseaux gothiques voûtés, on trouve,

au-dessus des triforiums, particulièrement en Bourgogne, des galeries de

service qui passent derrière les formerets des voûtes. Nous voyons des

galeries de ce genre à l'intérieur de l'église Notre-Dame de Dijon, de

Notre-Dame de Semur, de Saint-Étienne d'Auxerre (voy. CONSTRUCTION, fig.

78, 79 bis. et 88). Dans les églises de Champagne et de Bourgogne, nous

voyons aussi que des galeries de service sont disposées dans les

bas-côtés et chapelles, au-dessus des arcatures de rez-de-chaussée, sous

les appuis des fenêtres (voy. CONSTRUCTION, fig. 86, 87).

Une galerie de ce genre, fort joliment composée, existe autour des

bas-côtés du choeur de l'église abbatiale de Saint-Jean à Sens[5]. Sous

les formerets des voûtes de ces bas-côtés s'ouvrent des triples

fenêtres; la galerie passe à travers leurs pieds-droits comme elle passe

derrière les piles portant les voûtes (8).

Nous ne pouvons omettre ici les galeries de service qui coupent à peu

près aux deux tiers de la hauteur des bas-côtés les piles de la nef de

la cathédrale de Rouen, qui passent sur des arcades et pourtournent ces

piles du côté du collatéral. Cette disposition singulière, et dont on ne

s'explique guère aujourd'hui le motif, a paru assez nécessaire alors

(vers 1220) pour que l'on ait cru devoir bander des arcs sous les

archivoltes et donner aux encorbellements pourtournant les piles une

importance et une richesse considérables. La figure perspective 9 donne,

en A, le plan de la galerie au niveau B de la naissance des arcades. En

C devait exister une balustrade, dont les supports sont en place, mais

qui n'a, croyons-nous, jamais été posée. La nef de l'église

Saint-Étienne-du-Mont à Paris, qui date du XVIe siècle, présente une

disposition analogue. Ces galeries ne pouvaient servir qu'à faciliter la

tenture des nefs, les jours de fête. On observera encore, à ce sujet,

combien les architectes du moyen âge apportent de variété dans

l'ensemble comme dans les détails de leurs conceptions. Leurs méthodes

souples leur donnent toujours des moyens neufs lorsqu'il s'agit de

satisfaire à un besoin, de remplir les diverses parties d'un programme.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Note 3: Voy., au 7e _Entretien sur l'Architecture_,

l'ensemble de cette façade.]

[Note 4: _L'Architecture du Ve au XVIIe siècle et les arts

qui en dépendent_. T. I.]

[Note 5: Actuellement chapelle de l'hospice (1230 environ).]

_Galeries de service des palais_. On établissait souvent, dans les

châteaux et palais du moyen âge, des galeries de service donnant sur les

pièces principales (voy. CONSTRUCTION, fig. 119 et 120). Ces galeries

desservaient un ou plusieurs étages. Au sommet des bâtiments fortifiés

des XIVe et XVe siècles, elles devenaient des chemins de ronde propres à

la défense et étaient munies alors de mâchicoulis (voy. CHÂTEAU, DONJON,

MÂCHICOULIS). Nous voyons dans quelques châteaux les restes de ces

galeries de service; elles sont quelquefois prises dans l'épaisseur même

des murs, passent à travers des contre-forts, comme dans l'exemple cité

ci-dessus (fig. 120, CONSTRUCTION), ou sont portées sur des

encorbellements.

Dans le bâtiment méridional du palais des Papes à Avignon, du côté de la

cour, on trouve encore une jolie galerie, du XIVe siècle, qui donnait

entrée dans les salles du second étage. Nous reproduisons (10) la coupe

transversale de cette galerie voûtée en arcs d'ogives et éclairée par de

petites fenêtres ouvrant sur la cour. Le dessus de cette galerie servait

de chemin de ronde découvert, crénelé et décoré de pinacles.

Ces sortes de galeries de service aboutissaient à des escaliers et se

combinaient avec ceux-ci. Vers la fin du XIVe siècle, on augmenta la

largeur de ces couloirs, et on arriva, à la fin du XVe siècle, à en

faire de véritables promenoirs. Cet usage fut adopté définitivement au

XVIe siècle, comme on peut le voir aux châteaux de Blois, de

Fontainebleau (galerie de François Ier), de Chambord, etc. Alors on les

enrichit de peintures, de sculptures, on les garnit de bancs. Les

galeries remplacèrent ainsi fort souvent la grand'salle du château

féodal.

Sauval rapporte[6] «qu'en 1432 le duc de Bethfort fit faire, au palais

des Tournelles, une galerie longue de dix-huit toises et large de deux

et demie: on la nomme la _gallerie des Courges_, parce qu'il la fit

peindre de courges vertes; elle étoit terminée d'un comble peint de ses

armes et de ses devises, couverte de tuiles assises à mortier de chaux

et ciment, et environnée de six bannières rehaussées de ses armoiries et

de celles de sa femme. Mais dans les siècles passés, ajoute cet auteur,

il n'y en a point eu de plus magnifique que celle qu'acheva Charles V

dans l'appartement de la reine à l'hôtel Saint-Pol.» Cette galerie était

peinte depuis le lambris jusqu'à la voûte, de façon à représenter un

bosquet tout rempli de plantes, d'arbres fruitiers, de fleurs, parmi

lesquels se jouaient des enfants; la voûte était blanc et azur. «Outre

cela, continue Sauval, le roi Charles V fit peindre encore une petite

allée par où passoit la reine pour venir à son oratoire de l'église

Saint-Paul. Là, de côté et d'autre, quantité d'anges tendoient une

courtine des livrées du roi: de la voûte, ou pour mieux dire d'un ciel

d'azur qu'on y avoit figuré, descendoit une légion d'anges, jouant des

instrumens et chantant des antiennes de Notre-Dame. Le ciel, au reste,

aussi bien de l'allée que de la gallerie, étoit d'azur d'Allemagne

(outremer) qui valoit dix livres parisis la livre, et le tout ensemble

coûta six-vingt écus.»

Les galeries des habitations privées, destinées à desservir plusieurs

pièces se commandant, étaient habituellement disposées en forme

d'appentis donnant un portique à rez-de-chaussée, propre à abriter les

provisions de bois de chauffage, à faire sécher le linge, etc. Ces

galeries, légèrement construites en bois sur des colonnes de pierre ou

sur des poteaux, n'avaient que la largeur d'un corridor, 1m,00 à 1m,50

c. (voy. MAISON).

[Illustration: Fig. 10.]

[Note 6: _Hist. et Antiq. de la ville de Paris_. T. II, p.

281.]

GALETAS, s. m. Étage d'une maison, sous le comble, destiné à garder des

provisions, à tendre le linge. Beaucoup de maisons du moyen âge,

particulièrement dans le midi de la France, où le besoin de fraîcheur se

fait sentir, possédaient leurs galetas sous les combles (voy. MAISON).

GARDE-CORPS, GARDE-FOUS, s. m. (voy. BALUSTRADE).

GARGOUILLE, s. f. _Gargolle_, _guivre_, _canon_, _lanceur_. Ce n'est

guère que vers le commencement du XIIIe siècle que l'on plaça des

chéneaux et, par suite, des gargouilles à la chute des combles.

Jusqu'alors, dans les premiers siècles du moyen âge, l'eau des toits ou

des terrasses s'égouttait directement sur la voie publique au moyen de

la saillie donnée aux corniches (voy. CHÉNEAU). À la cathédrale de

Paris, du temps de Maurice de Sully; c'est-à-dire lors de l'achèvement

du choeur en 1190, il n'y avait point de chéneaux et de gargouilles;

plus tard, dans le même édifice, vers 1210 encore, les eaux des chéneaux

s'écoulaient sur la saillie des larmiers, au moyen de rigoles ménagées

de distance en distance. Nous voyons apparaître les gargouilles, vers

1220, sur certaines parties de la cathédrale de Laon. Ces gargouilles

sont larges, peu nombreuses, composées de deux assises, l'une formant

rigole, l'autre recouvrement (1). Déjà cependant ces gargouilles

affectent la forme d'animaux fantastiques, lourdement taillés, comme

pour laisser voir leur structure. Bientôt les architectes du XIIIe

siècle reconnurent qu'il y avait un avantage considérable à diviser les

chutes d'eau. Cela, en effet, évitait les longues pentes dans les

chéneaux et réduisait chacune des chutes à un très-mince filet d'eau ne

pouvant nuire aux constructions inférieures. On multiplia donc les

gargouilles; en les multipliant, on put les tailler plus fines, plus

sveltes, et les sculpteurs s'emparèrent de ces pierres saillantes pour

en faire un motif de décoration des édifices. La variété des formes

donnée aux gargouilles est prodigieuse; nous n'en connaissons pas deux

pareilles en France, et nos monuments du moyen âge en sont couverts.

Beaucoup de ces gargouilles sont des chefs-d'oeuvre de sculpture; c'est

tout un monde d'animaux et de personnages composés avec une grande

énergie, vivants, taillés hardiment par des mains habiles et sûres. Ces

êtres s'attachent adroitement aux larmiers, se soudent à l'architecture

et donnent aux silhouettes des édifices un caractère particulier,

marquant leurs points saillants, accusant les têtes des contre-forts,

faisant valoir les lignes verticales. On peut juger de l'habileté des

architectes et des sculpteurs dans la combinaison et l'exécution de ces

lanceurs par la difficulté qu'on éprouve à les combiner et les faire

exécuter. Dans les pastiches modernes que l'on a faits des édifices

gothiques, il est fort rare de voir des gargouilles qui se lient

heureusement à l'architecture: elles sont ou mal placées, ou lourdes, ou

trop grêles, ou molles de forme, pauvres d'invention, sans caractère;

elles n'ont pas cet aspect réel si remarquable dans les exemples

anciens; ce sont des êtres impossibles, ridicules souvent, des

caricatures grossières dépourvues de style.

Certains calcaires du bassin de la Seine, comme le liais-cliquard, se

prêtaient merveilleusement à la sculpture de ces longs morceaux de

pierre en saillie sur les constructions. Il fallait, en effet, une

matière assez ferme, assez tenace pour résister, dans ces conditions, à

toutes les causes de destruction qui hâtaient leur ruine. Aussi est-ce à

Paris ou dans les contrées où l'on trouve des liais, comme à Tonnerre,

par exemple, que l'on peut recueillir encore les plus beaux exemples de

gargouilles. D'ailleurs l'école de sculpture de Paris, au moyen âge, a

sur celles des provinces voisines une supériorité incontestable, surtout

en ce qui touche à la statuaire.

Les gargouilles sont employées systématiquement à Paris vers 1240; c'est

à Notre-Dame que nous voyons apparaître, sur les corniches supérieures

refaites vers 1225, des gargouilles, courtes encore, robustes, mais

taillées déjà par des mains habiles (2). Celles qui sont placées à

l'extrémité des caniveaux des arcs-boutants de la nef, et qui sont à peu

près de la même époque, sont déjà plus longues, plus sveltes, et

soulagées par des corbeaux qui ont permis de leur donner une très-grande

saillie en avant du nu des contre-forts (3).

À la Sainte-Chapelle du Palais à Paris, les gargouilles sont plus

élancées, plus développées: ce ne sont plus seulement des bustes

d'animaux, mais des animaux entiers attachés par leurs pattes aux

larmiers supérieurs; leurs têtes se détournent pour jeter les eaux le

plus loin possible des angles des contre-forts (4). Quelques-unes de ces

gargouilles sont évidemment sculptées par des artistes consommés.

Nous avons indiqué, à l'article GÂBLE, comment les constructeurs

gothiques, lorsqu'ils élevaient les grandes voûtes des nefs,

ménageaient, provisoirement, des cuvettes dans les reins de ces voûtes,

avec gargouilles extérieures pour rejeter les eaux pluviales dans les

caniveaux des arcs-boutants jusqu'à l'achèvement des combles définitifs.

Ces gargouilles provisoires devenaient définitives elles-mêmes, lorsque

les chéneaux supérieurs étaient posés, au moyen d'une conduite presque

verticale, descendant du chéneau jusqu'à ces gargouilles. Voici (5) une

de ces gargouilles à double fin, provenant des parties supérieures de la

nef de la cathédrale d'Amiens (1235 environ).

Les gargouilles sont doublées de chaque côté des contre-forts, comme à

la Sainte-Chapelle de Paris, comme autour de la salle synodale de Sens,

autour des chapelles du choeur de Notre-Dame de Paris; ou elles

traversent l'axe de ces contre-forts, comme à Saint-Nazaire de

Carcassonne et dans tant d'autres édifices des XIIIe et XIVe siècles, et

alors elles portent sur une console (6); ou elles sont appuyées sur la

tête même de ces contre-forts, comme autour des chapelles du choeur de

la cathédrale de Clermont (7) (fin du XIIIe siècle).

C'est vers ce temps que la composition des gargouilles devient plus

compliquée, que les figures humaines remplacent souvent celles

d'animaux, ainsi qu'on le voit dans ce dernier exemple, qui nous montre

un démon ailé paraissant entraîner une petite figure nue.

Il existe autour des monuments de cette époque bon nombre de gargouilles

qui sont de véritables morceaux de statuaire. L'église Saint-Urbain de

Troyes porte, au sommet des contre-forts de l'abside, des gargouilles

fort remarquables; nous donnons l'une d'elles (8).

Pendant le XIVe siècle, les gargouilles sont généralement longues, déjà

grêles et souvent chargées de détails; au XVe siècle, elles

s'amaigrissent encore et prennent un caractère d'étrange férocité. Bien

que les détails en soient fins et souvent trop nombreux, cependant leur

masse conserve une allure franche, d'une silhouette énergique; les

pattes, les ailes des animaux sont bien attachées, les têtes étudiées

avec soin (9 et 9 bis). Ces parties importantes de la sculpture du moyen

âge ont toujours été traitées par des mains exercées; elles conservent

très-tard leur caractère original, et encore, aux premiers temps de la

Renaissance, on voit, sur les édifices, des gargouilles qui conservent

le style du XVe siècle. Ce n'est que pendant la seconde moitié du XVIe

siècle que les sculpteurs repoussent absolument les anciennes formes

données aux lanceurs, pour adopter des figures de chimères rappelant

certaines figures antiques, ou des consoles, ou de simples tuyaux de

pierre en forme de canons.

Pendant le moyen âge on n'a pas toujours sculpté les gargouilles;

quelquefois, dans les endroits qui n'étaient pas exposés à la vue, les

gargouilles sont seulement épannelées. Il en est un grand nom cette

sorte qui affectent une forme très-simple (10)[7]. Les gargouilles sont

fréquentes dans l'Île-de-France, dans la Champagne et sur les bords

basse Loire; elles sont rares en Bourgogne, dans le centre et le midi de

la France; ou si l'on en trouve dans les monuments d'outre-Loire, c'est

qu'elles tiennent à des édifices élevés aux XIIIe, XIVe et XVe siècles,

par des architectes du Nord, comme la cathédrale de Clermont, celle de

Limoges, celle de Carcassonne (Saint-Nazaire), celle de Narbonne. Là où

les matériaux durs sont peu communs, comme en Normandie, par exemple,

les gargouilles sont courtes, rarement sculptées, ou manquent

absolument, les eaux s'égouttant des toits sans chéneaux.

Les chéneaux en plomb, posés sur les édifices civils ou religieux,

portaient aussi leurs gargouilles de métal. Nous en possédons fort peu

aujourd'hui de ce genre d'une époque antérieure au XVI siècle. En voici

une (11) qui se voit à l'angle d'une maison de Vitré; elle date du XVe

siècle et est faite en plomb repoussé (voy. PLOMBERIE). Nous ne

connaissons pas de gargouilles du moyen âge en terre cuite. Dans les

édifices en brique, les gargouilles sont en pierre, ainsi qu'on peut le

voir aux Jacobins de Toulouse, au collége Saint-Rémond, et dans beaucoup

d'autres édifices anciens de la même ville.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 9. bis.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Note 7: Notre-Dame de Paris.]

GAUFRURE, s. f. Application de pâtes sur la pierre ou le bois, formant

des ornements saillants, des _fonds gaufrés_, ordinairement dorés (voy.

APPLICATION, PEINTURE).

GIRON, s. m. Est la largeur d'une marche d'escalier. Le giron est dit

_droit_, lorsque la marche est d'une égale largeur dans toute sa

longueur; _triangulaire_, lorsque la marche est renfermée dans une cage

circulaire. Alors on mesure le giron de la marche au milieu de sa

longueur.

GIROUETTE, s. f. _Wire-wire_. Plaque de tôle ou de cuivre munie d'une

douille ou de deux anneaux, et roulant sur une tige de fer placée au

sommet d'un comble. Les girouettes sont destinées à indiquer d'où vient

le vent. Pendant le moyen âge, il n'était pas permis à tout le monde de

placer des girouettes sur les combles des habitations. La girouette

était un signe de noblesse, et sa forme n'était pas arbitraire. «Les

gentilshommes, dit le Laboureur[8], ont seuls droit d'avoir des

girouettes sur leurs maisons; elles sont en pointes comme les pennons,

pour les simples chevaliers, et carrées comme les bannières, pour les

chevaliers bannerets.»--«On sait, dit encore Sainte-Palaye[9], que le

premier acte de possession d'un fief, d'une seigneurie, d'une place

prise à la guerre, était marqué par la bannière du nouveau seigneur,

arborée sur le lieu le plus éminent, sur la tour la plus élevée.» Les

girouettes anciennes sont rares; habituellement elles étaient peintes

aux armes du seigneur ou découpées de façon à figurer les pièces de ces

armes; quelquefois on les surmontait d'une couronne, mais cela vers la

fin du XVe siècle. La plupart des girouettes ou _wire-wire_ anciennes

sont disposées de telle façon que la partie pleine est maintenue en

équilibre par des contre-poids, de manière à faciliter le roulement sur

le pivot de fer (1). Les girouettes du moyen âge sont petites, haut

montées sur les tiges de fer et accompagnées d'épis en plomb (voy. ÉPI).

L'Hôtel-Dieu de Beaune conserve encore les anciennes girouettes de ses

combles, peintes aux armes de Nicolas Rollin, chancelier de Bourgogne

(1441); ces girouettes sont carrées, avec un seul contre-poids, et

décorées aux deux angles extrêmes de feuilles découpées. Voici l'une

d'elles (2). Nous avons encore vu au château d'Amboise, en 1833, des

girouettes du commencement du XVIe siècle, aux armes de France découpées

et couronnées (3). Il y a longtemps que tous les bourgeois de France

peuvent mettre des girouettes sur leurs maisons, et ne s'en font-ils pas

faute.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Note 8: _Origines des armoiries_, p. 93. (Voy. Salvaing,

Chambolas, et la Peirère.)]

[Note 9: _Mémoires sur l'ancienne chevalerie_, t. I. p. 360

(Notes).]

GNOMON, s. m. Style scellé dans une dalle et donnant l'heure du jour par

l'ombre qu'il projette sur un cadran. Nous voyons, dans les _Olim_,

qu'au XIIIe siècle il y avait des gnomons sur les grands chemins. Louis

IX, en 1267, fait faire une enquête par un certain chevalier, Guiters de

Vilète, bailli de Tours, et un chanoine de Loches, Théobald de Compans,

pour savoir si le roi a le droit de faire enlever les stalles de chevaux

fixées à terre et les cadrans solaires supportés par des colonnes,

toutes choses qui obstruent les chemins. Nous voyons des cadrans

solaires des XIVe et XVe siècles aux angles de certains édifices du

moyen âge, notamment à l'angle du clocher vieux de la cathédrale de

Chartres et à l'angle du cloître de la cathédrale de Laon (voy. CLOÎTRE,

fig. 16).

GOND, s. m. Morceau de fer coudé, dont la patte est scellée dans la

pierre et dont le mamelon cylindrique ou légèrement conique entre dans

l'oeil de la penture d'une porte (voy. SERRURERIE).

GORGE, s. f. Moulure concave. On donnait aussi le nom de _gorge_,

autrefois, à la partie de la hotte d'une cheminée comprise entre la

tablette et la corniche de couronnement sous le plafond.

GOTHIQUE (ARCHITECTURE). Voy. ARCHITECTURE.

GOUSSET, s. m. Pièce de bois horizontale posée diagonalement pour

maintenir le roulement d'une enrayure composée de pièces assemblées

d'équerre (1). A est un gousset (voy. CHARPENTE).

[Illustration: Fig. 1.]

GOÛT, s. m. Un homme d'esprit a dit: «Le manque de goût conduit au

crime.» Le mot étant vrai, à notre sens, nous sommes entourés de

criminels ou de gens disposés à le devenir. Le goût est l'habitude du

beau et du bien; pour être homme de goût, il est donc essentiel de

discerner le bien du mal, le beau du laid. Le goût (car les définitions

ne manquent pas, si la qualité est rare) est encore le respect pour le

vrai; nous n'admettons pas qu'on puisse être artiste de goût sans être

homme de goût, car le goût n'est pas un avantage matériel, comme

l'adresse de la main, mais un développement raisonné des facultés

intellectuelles. C'est ce qui fait que nous rencontrons dans le monde

nombre d'artistes habiles qui, malgré leur talent, n'ont pas de goût, et

quelques amateurs qui sont gens de goût, sans pour cela pratiquer les

arts. On considère, en général, parmi les artistes, les amateurs comme

un fléau, comme des usurpateurs dont l'influence est pernicieuse.

Non-seulement nous ne partageons pas cette opinion, mais nous croyons

que si le goût tient encore une place en France, c'est principalement au

public que nous devons cet avantage. Nous prétendons ne parler ici que

de l'architecture. Nous ne saurions admettre qu'un architecte obéissant

à des intérêts étroits, à des passions mesquines, dont le caractère

n'est ni respectable ni respecté, puisse mettre du goût dans ses

oeuvres. L'homme de goût ne ment pas à sa conscience, il exprime ses

pensées par les moyens les plus naturels. Avoir du goût dans les arts,

c'est aimer le vrai, c'est savoir l'exprimer simplement; c'est repousser

l'exagération, toujours fausse; c'est laisser voir le côté moral de

l'homme, sa raison, ses affections, ses tendances et son but. Si donc ce

côté moral est faible, si la raison est obscure, si les affections sont

basses et le but vulgaire ou odieux, il est difficile que le goût soit

satisfait.

Le bon goût, comme la vérité, ne s'impose pas, il persuade; et le jour

où l'on vient dire: «Voici l'expression du bon goût», on ne se

contentera pas de votre affirmation, il faudra plus que cela; il faudra

que cette expression du _bon goût_ soit discutée, prouvée par un accord

intime entre vos principes et la forme qu'ils adoptent. Vos principes

étant vicieux, si belle que soit la forme, le goût fait défaut. Faites

que la forme soit le langage de l'idée, et vous serez artiste de goût;

encore faut-il avoir des idées, les avoir bonnes et les exprimer en bon

langage.

On a pensé, depuis longtemps déjà, qu'il suffisait, pour faire preuve de

goût, d'adopter certains types reconnus beaux et de ne jamais s'en

écarter. Cette méthode, admise par l'Académie des Beaux-Arts en ce qui

touche à l'architecture, nous a conduits à prendre pour l'expression du

goût certaines formules banales, à exclure la variété, l'invention, et à

mettre hors la loi du goût tous les artistes qui cherchaient à exprimer

des besoins nouveaux par des formes nouvelles, ou tout au moins soumises

à de nouvelles applications.

Depuis le XVIIe siècle, on a mis en honneur bien des hypocrisies, et

nous avons l'hypocrisie du goût, comme nous avons l'hypocrisie

religieuse. Ce sont des découvertes dont, à la rigueur, nous nous

serions passés. Mais de même que l'hypocrisie religieuse, c'est-à-dire

l'observation extérieure des formules sans les principes, conduit à

l'incrédulité et à la débauche, de même l'hypocrisie du goût amène à la

dépravation, et pendant que l'Académie des Beaux-Arts contraint ses

initiés à se soumettre à des formules dont elle n'explique même pas le

sens, nous voyons, autour de nous, l'architecture se livrer au plus

étrange dévergondage, non-seulement en dehors du sanctuaire des initiés,

mais dans leur sanctuaire même. Le goût (en architecture), au lieu

d'être une loi découlant d'un principe vrai, général, admis par tous et

applicable à toute chose, est devenu le privilége d'une école exclusive.

Il a été convenu, par exemple, que les ordres de l'antiquité romaine

étaient oeuvres de goût; ce que nous admettons sans difficulté, si ces

ordres ont une raison d'être; ce que nous n'admettons pas, si rien ne

justifie leur emploi. L'art, réduit à certaines pratiques, déclarées

seules orthodoxes en matière de goût, s'est atrophié, descendant d'un

degré à chaque génération d'initiés; on est devenu architecte de goût en

suivant une ornière de plus en plus étroite et profonde, et à la

condition de n'en jamais sortir. Quelques architectes trouvent peut-être

à cela un avantage, car rien n'est plus doux et facile, dans les arts,

que de faire partie d'une coterie puissante; mais on peut affirmer que

l'art y a perdu. Avec l'Académie des Beaux-Arts, gardienne jalouse du

goût depuis un assez long temps, dit-elle, l'architecture, encore si

vivace au milieu du XVIIe siècle, est tombée peu à peu dans un

affaissement qui nous a conduits de chute en chute à l'anarchie, à

l'obéissance aveugle ou à la révolte. Mais quant au goût, au bon goût,

c'est-à-dire à cette connaissance exacte des besoins, des idées, du

génie de notre civilisation, à cette expression vraie et tempérée de ce

qu'elle a droit de nous demander, il faut chercher longtemps pour le

trouver; et si, par aventure, ce goût du vrai se fait jour, il étonne la

foule, et excite la censure, sinon les colères de ceux qui se donnent

comme les seuls dépositaires des saines doctrines.

Toute forme d'architecture qui ne peut être donnée comme la conséquence

d'une idée, d'un besoin, d'une nécessité, ne peut être regardée comme

oeuvre de goût. S'il y a du goût dans l'exécution d'une colonne, ce

n'est pas une raison pour que la colonnade dont elle fait partie soit

une oeuvre de goût; car, pour cela, il faut que cette colonnade soit à

sa place et ait une raison d'être. Si l'on vient dire: «Ce palais est

mal distribué, incommode; les services ne sont pas à leur place, les

pièces sont obscures, la construction est vicieuse, mais il est décoré

avec goût»; c'est à peu près comme si on prétendait qu'un livre est

rempli d'erreurs, que les idées de l'auteur sont confuses, son sujet mal

développé, mais qu'il est écrit avec élégance. La première loi, pour un

écrivain, c'est de savoir ce qu'il veut dire et de se faire comprendre;

la clarté est une des conditions du goût en littérature comme en

architecture. Pour exprimer ses idées avec clarté, avec élégance,

faut-il avoir des idées, faut-il que ces idées précèdent la forme qui

devra servir à les exprimer. Mais si, au contraire, nous nous

préoccupons de la forme avant de savoir ce qu'elle devra exprimer, nous

ne faisons pas preuve de goût. Si les portiques des Romains, élevés près

des places publiques; si ces vastes promenoirs couverts, accessibles à

la foule, laissant circuler l'air et la lumière sous un beau climat,

marquaient le goût des maîtres du monde en fait de constructions

urbaines, la colonnade du Louvre, élevée sur un rez-de-chaussée,

inaccessible au public, n'abritant les rares visiteurs qui la parcourent

ni du soleil ni de la pluie, n'étant pas en rapport de proportions et de

dimensions avec les autres parties du palais, ne peut raisonnablement

passer pour une oeuvre de goût. Nous admettrons bien, si l'on veut, que

l'ordre est étudié avec goût, c'est-à-dire qu'il est en rapport

harmonieux de proportions avec lui-même; mais ce portique, comme

portique appliqué à un palais, est de très-mauvais goût.

« Sed nunc non erat bis locus...»

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 1 / 32 段